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50 nuances de grès

Publié le 08 juillet 2022 par Desfraises

50 nuances de grès

Je n'ai pas compté mais à la louche y a quand même plus de cinquante blocs de grès...


Ceci n'est pas une critique de cinéma. 

Mon mec et moi ironisons à propos de l'intrigue du film Certain Women. La critique est dithyrambique. Mon mec s'ennuie. Moi aussi, un peu, j'avoue. C'est vrai que le rythme est lent, très lent, certaines scènes redondantes, la photographie est imparfaite, moche diront certains. La réalisatrice a souhaité filmer sur pellicule. Je tends à mon mec la carte joker : c'est un film d'auteur 😉 je veux voir où nous emmène Kelly Reichardt (qui a reçu pour First Cow le Carrosse d'or à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, cette année), je verrai le dernier tiers de Certain Women seul. Mon mec attend avec impatience mon verdict.

Adapté de trois nouvelles de Maile Meloy, le film raconte la destinée de quatre femmes dans une petite ville du Montana. Dans le deuxième chapitre du film (pas le plus palpitant), Gina (pas la plus sympathique), l'épouse de Ryan (l'amant de Laura, avocate jouée par Laura Dern, que j'adore depuis que je l'ai vue dans la série géniale du regretté Jean-Marc Vallée, Big Little Lies) s'attache à récupérer le monticule de pierres présentes sur le terrain d'un vieux voisin. Pierres de grès, d'où le titre pété de ce billet 🤣 Le chapitre se clôt sur le regard échangé entre Gina et le vieil homme. On ne saura pas si le grès a été vendu ou donné (de plein gré). Enfin, si. Plus tard car nous coupons. 

La solitude, thème commun aux quatre portraits. Dans la routine de chacune surgit un événement, minuscule ou pas, tout est question de perspective. J'aime ces histoires ordinaires de gens ordinaires, toi, moi, ma tante Janine ou la cowgirl du film de Kelly Reichardt. Ma chère tante Janine ne détonnerait pas dans un film de Ken Loach s'il était assisté de Robert Guédiguian, en admettant que le duo se délocalise en Dordogne. Mais ma tante n'est pas une actrice.

L'histoire qui m'a le plus touché, c'est celle de la palefrenière qui s'enquiert de la femme qui a chamboulé son quotidien, au hasard d'un cours de droit scolaire pour lequel elle n'était pas inscrite. L'excellente Lily Gladstone a vu la lumière, elle est entrée. La simplicité biblique des plans qui racontent son histoire est troublante. Les retrouvailles, le retour à la routine, la sortie de route, tout est bouleversant, je trouve.

Les Cahiers du Cinéma ont classé le film 3e sur ses 10 films incontournables de 2017. Mon mec se moque parfois de moi et me surnomme "Les Cahiers du Cinéma" (isn't it ironic) quand j'argumente : regarde cette scène, on n'a pas un champ contre champ plan-plan, le cadrage, c'est un vrai tableau, la caméra est figée sur l'amant qui se rhabille, et la réaction de Laura Dern dans le coin de ce miroir. C'est beau, ça signifie quelque chose. C'est un fragment parmi d'autres du portrait de cette femme.

Au cinéma, je laisse volontiers des pièces manquantes au puzzle, j'apprécie un voyage, même flou, même inabouti. Et pour conclure cette critique qui n'en est pas une, j'offre à mon mec l'image du monticule de pierres qui a changé de camp, illustration ci-haut et justification du titre pété de ce billet.

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Le film Certain Women est visible sur Canal+ & OCS ou en location VOD à 2,99€. Essayez en vo, le doublage donne un côté un peu niais, je trouve. Suis curieux d'avoir vos impressions en commentaires sous ce billet et sur les réseaux. 

Vu récemment et aimé :

Coupez ! de Michel Hazanavicius avec Bérénice Béjo, Romain Duris (au ciné)

Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux avec Alain Chabat, Léa Drucker, Benoît Magimel (au ciné)

Us (sur Netflix) de Jordan Peele

Pretend it's a City - Fran Lebowicz (sur Netflix) réalisé par Martin Scorcese

Tellement content de m'en tenir à mon motto : lire le moins possible à propos d'un film, ne pas regarder les bandes-annonces. À propos des 3 premiers films cités plus haut, la surprise a été totale et géniale. Pour Coupez ! Il faut passer les 30 premières minutes déroutantes mais indispensables. 

Bises à Janine. 


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