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Reprise du $ : une bonne nouvelle...vraiment ?

Publié le 12 août 2008 par Loïc Abadie

Dans l'article précédent, je me suis "attaqué" une première idée reçue sur les liens entre or (et plus particulièrement les mines d'or) et récession.

Les partisans qui comptaient sur les mines d'or pour les protéger de la récession en sont en tout cas pour leur frais, le principal indice minier (HUI) ayant subi comme annoncé ici fin 2007 un véritable krach, l'addition s'élevant à présent à -36% sur les plus hauts de 2008 en euros...donc bien pire que les indices généraux.

Dans cet article, je donnerai mon avis sur une autre idée reçue, que l'on entend actuellement beaucoup dans la sphère économique. Selon cette idée "en vogue",  la reprise du $ et la baisse du pétrole et des matières premières irait dans le sens d'une fin de la crise, ou tout du moins d'une amélioration de la situation. La réalité risque d'être très différente

Pour comprendre ce qui se passe actuellement, voyons les causes de la baisse passée du $ et de la hausse passée des matières premières de 2007 et début 2008 :

1) L'économie US était vue (à juste titre) comme en danger à cause de la crise de l'immobilier et du crédit qui touchait ce pays.

2) Pendant ce temps, le reste du monde (zone euro) restait peu touché, et les émergents poursuivaient leur rapide croissance.

3) Le différentiel de taux entre zone dollar et zone euro devenait de plus en plus favorable à l'euro.

4) Comme peu de pays hors US étaient atteints par la crise, la demande en matières premières continuait de progresser rapidement.

5) Un déficit commercial important était observé aux USA.

Toutes ces données incitaient les investisseurs à quitter le dollar pour l'euro et les matières premières, les deux étant vus comme "valeurs refuges".

Depuis le 2ème trimestre 2008, cette situation commence à changer.

1) La crise reste toujours aussi grave aux USA.

Mais 

2) La zone euro et le Japon sont en train de basculer vers la récession, suivis par d'autres pays.

3) Le différentiel de taux entre $ et euro risque de diminuer (la récession en zone euro conduisant à des baisses de taux en Europe).

4) La conjoncture sur les matières premières se retourne, de plus en plus de pays entrant en récession, ce qui diminue la pression sur la demande...même la Chine n'échappe plus complètement au phénomène : les importations de pétrole y ont chuté de 7% en juillet.

Cet article de Spiegel Online résume bien la situation en Chine. Bien entendu, ce pays est parfaitement armé pour repartir rapidement de l'avant en fin de crise (endettement faible de l'état, épargne abondante)...Mais en attendant, il n'est pas à l'abri de la conjoncture mondiale, loin de là.

5) Le déficit commercial US pourrait être diminué par la crise (même si c'est pour le moment loin d'être fait !) pour trois raisons :

- les consommateurs US ayant moins de pouvoir d'achat importeront moins.

- la chute précédente du $ rendra les produits US plus attractifs à l'export.

- La baisse des matières premières (pétrole en particulier) diminuera le déficit lié aux importations pétrolières.

Voir cet article de calculated risk

Du coup, l'euro et les matières premières perdent en partie leur aspect de "valeur refuge" aux yeux des investisseurs, et le dollar en profite...ça ne va pas mieux aux USA, ça va moins bien ailleurs, ce qui n'est pas du tout pareil.

La hausse du $ n'est donc en aucun cas un signe d'amélioration de la situation : la baisse des matières premières et la hausse du $ nous avertit au contraire que la crise s'étend au reste du monde et s'aggrave !


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