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Bolt et les limites des records

Publié le 16 août 2008 par Marbor

Tous les journaux titrent deja: "Bolt l'extraterrestre". Il est vrai que la faon dont il a battu le record du monde, en passant sous la barre des 9"70, a paru surnaturelle. Surnaturelle ou simplement naturelle?

Depuis quelques temps le debat a ete relance sur les limites physiologiques des records du monde. Des chercheurs de l'IRMES (Institut de Recherche bioMedicale et d'Epidemiologie du Sport) ont analyse l'evolution des records et calcule quel etait le maximum possible en tenant compte de l'evolution de l'espece humaine. Cette etude publiee debut 2008 montre que les records sont actuellement a plus de 90% de l'optimum et que ce seuil sera atteint vers 2027. Au-dela, on est effectivement dans le surnaturel ... ou le dopage.

Dans certaines disciplines on observe deja une stagnation, voire une regression: 100m feminin et lancers en general. L'explication est evidente: ces records sont imbattables parce qu'ils ont ete obtenus de maniere non "naturelle".

Comment la performance de Bolt s'inscrit-elle dans cette analyse? Premier constat, elle se rapproche sensiblement du maximum envisage pour le 100m: 9"65 et quand on voit comment Bolt a deroule sur la fin, on peut penser qu'il etait quasiment a ce maximum. Il aurait donc de l'avance sur l'histoire et aurait deja mis en fait un terme a la course au record, comme Powell (pas Astafa...) a peut-etre atteint depuis longtemps la limite du saut en longueur avec 8m92 et Sotomayor celle du saut en hauteur avec 2m45. Bolt illustre effectivement l'analyse de l'IRMES en ce sens qu'il presente un gabarit exceptionnel et la combinaison des qualites physiques requises pour atteintre le maximum: sa taille lui permet d'avoir la foulee la plus longue jamais vue, avec une frequence egale a celle des meilleurs. L'inconvenient lie a sa taille, a savoir la difficulte a s'elancer, est deja entierement gomme, puisqu'il est en tete des les 20 premiers metres. On peut s'attendre a ce qu'on se tourne desormais vers ce genre de gabarits, comme a une certaine epoque on recherchait (et fabriquait) uniquement d'enormes tracteurs musculeux.

La marge de progression liee a la physiologie des coureurs est donc limitee. En revanche, plus il y aura de sprinteurs de ce morphotype, plus on risquera de tomber sur un coureur encore plus rapide: simple loi statistique. Le gain envisageable de cette maniere reste de toute faon reduit. L'accroissement de la taille et de la musculature humaine a ete spectaculaire au cours des deux derniers siecles, mais il a deja grandement ralenti et on ne trouvera pas dans un proche avenir des sprinteurs nettement plus grands ou plus veloces. Peut-etre que la masse de la population chinoise offrira un reservoir interessant, apres l'Afrique, pour les chercheurs de pepites sportives.

Ce que l'etude ne prend pas en compte - et c'est normal, parce que hors de leur domaine-, c'est l'evolution du materiel. L'aerodynamique a ete a la mode: il importe d'abord de definir la meilleure position a chaque phase de la course, mais on peut eventuellement travailler aussi sur les combinaisons. Ce fut fait, avec un gain plus financier pour les marques que sportif pour les coureurs. Reste les pistes et les chaussures. L'episode Pistorius (le coureur handicape monte sur ressiorts) pourrait redonner des idees aux fabriquants de chaussures. De meme on sait que certaines pistes "rendent" mieux que d'autres: le gain en elasticite du materiau serait autant de gagne en vitesse. Un tel inflechissement ne devrait pas tarder, et ce pour deux bonnes raisons:

- c'est deja fait dans des disciplines comme le saut a la perche: l'amelioration rapide des performances a ete liee aux recherches sur les materiaux composites (fibre de verre, puis de carbone). En natation, le travail sur les fluides, puis sur les combinaisons explique l'explosion actuelle des records, puisque meme les records des Allemandes de l'Est ont ete battus;

- les organisateurs de spectacles sportifs ne voudront pas se contenter de competitions sans records du monde a la clef; sans l'argent des sponsors et des televisions l'athletisme mourrait de faim. Il faut absolument que la course aux records continuent.


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