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L'île d'Oléron

Publié le 26 février 2007 par Vincent Turquois

Juste avant de partir, on a un dernier doute, le pressentiment que l’idée n’est pas forcément excellente, qu’on aurait pu faire comme tout le monde et se laisser glisser lentement vers les pistes encombrées. Puis, sur la route qui conduit à l’Atlantique, on se répète que la mer en hiver, ce n’est pas plus idiot que la montagne en été. D’ailleurs, si la neige fond lorsque le soleil insiste, l’océan, lui, a l’avantage de ne pas geler entre janvier et mars. Il continue inlassablement à rouler sur lui-même, la voix un peu plus rauque et soufflant de l’écume jusque vers les herbes hautes qui jouent les vigies sur la dune. On ne peut pas l’embrasser mais il est toujours le même finalement. Comme un vieil ami enrhumé.

Alors on passe le viaduc convaincu et l’on s’installe dans des maisons dont on bouscule la convalescence, que l’on arrache à un repos qu’elles souhaitaient prolonger jusqu’à ce que le soleil soit plus intime. L’intimité, à Oléron, on croit la reconnaître, étonné, avec d’autres îles plus lointaines, caraïbes par exemple. Est-ce en raison de ce ciel noir qui surplombe la fin des courses au supermarché, juste souligné d’une bande orangée, comme une marmite qui cuit dans la cheminée ? Cela vient-il de ces terrasses de cafés dressées mais désertes à la nuit qui tombe, dès 18 heures 30 en février ? Serait-ce la limpidité de cette lumière bleue sur le phare de la Cotinière au couchant ? Bien sûr, la température rappelle à l’ordre une fois le soleil éteint mais dans la journée, on pourrait s’y croire. Presque.

La mer en hiver donc. Beaucoup d’espace et peu de monde pour en profiter. Le bruit des vagues compense le calme des jetées. Le calme des rues trop tranquilles. Le calme du sable désert. Pourtant, le matin, on ouvre les volets et un passant nous dit bonjour. On se souvient d’une tante, en vacances, à qui un quidam avait dit dans les mêmes circonstances : "– Bonjour Madame, savez-vous ce qui s’est passé ? – Non, avait répondu ma tante à peine éveillée. – Figurez-vous que monsieur le curé s’est envoyé trois religieuses en un éclair !" L’autochtone était reparti sans attendre le rire, ou les reproches, en poussant son vélo le sourire aux lèvres, s’enquérant le nez en l’air de sa future victime.

On sourit aussi à sa fenêtre, en scrutant le ciel qui décidera de la promenade du jour. Saint-Trojan, Vertbois, Château, Boyardville ou même la Tremblade. Cette dernière n’est pas sur l’île, elle la regarde en biais depuis le continent. Son port est un long chenal que bordent de multiples petites maisons ostréicoles, devant lesquelles sont amarrés autant de bateaux plats qu’utilisent les mareyeurs. L’ambiance laisse penser une nouvelle fois que l’on a franchi l’Atlantique, vers la Louisiane cette fois, ou beaucoup plus à l’Ouest. Des nuages de western chevauchent le ciel bleu et la voie d’eau centrale fait penser à l’unique rue des villages de chercheurs d’or et de cow-boys. On s’attend à voir s’organiser quelque règlement de comptes sur les pontons mais tout est calme. Chacun rentre des parcs à huîtres car la mer monte. Il est 15 heures ; on imagine que lorsque la marrée haute s’annonce à 3 heures du matin, l’activité doit battre son plein ici de la même façon, indifférente à ce pénible décalage.

A l’heure du déjeuner, un restaurant ensoleillé de Saint-Trojan accueille gentiment les quelques égarés. Au menu, un long poisson dans une assiette qui l’est plus encore, un maigre pêché dans les eaux environnantes, accompagné d’une sauce au beurre blanc et échalotes, au délicieux goût de grand-mère. Un dernier tour sur la plage et le viaduc nous condamne de nouveau à la terre ferme, après cette remise de peine. Aux pieds du phare de Chassiron, la mer se déchaîne les cheveux blancs au vent, avec pour seul public les guetteurs du sémaphore.

Turquois

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