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Sakuran

Par Rob Gordon
Il y a deux façons de tourner un film sur l’univers des geishas : en faire une américonnerie avec des acteurs même pas japonais – Mémoires d’une geisha, pour ceux qui n’auraient pas reconnu le chef d’œuvre décrit ci-dessus – ou faire ça comme il se doit, au Japon, avec une précision d’orfèvre et un respect de tous les instants pour les traditions de ces dames de compagnie. Mika Ninagawa, elle, fait ça d’une troisième manière. Pour son premier long, cette photographe renommée entend dépoussiérer le mythe sans pour autant le déposséder de ses charmes et mystères. Très coloré, Sakuran est un film à la direction artistique assez recherchée, mais ne sombre jamais dans l’arty comme on pouvait le craindre.
Bien que sa réalisatrice s’en défende, Sakuran est un film plus visuel que littéraire. Adapté d’un manga, le film est bâti sur une trame des plus classiques, retraçant l’existence d’une jeune femme amenée à devenir une célèbre oiran, sorte de very important geisha. Grandeur et décadence, amours impossibles, tout y passe. Et c’est la force de la mise en scène que de parvenir à nous faire oublier que l’on a déjà vu ça mille fois, dans le monde des courtisanes ou ailleurs. Le film bénéficie également d’une bande originale étrangement cosmopolite et hétéroclite, du rock’n roll au tango en passant par des musiques plus traditionnelles.
À la tête du film, l’actrice-chanteuse-starlette Anna Tsuchiya, vue notamment dans Kamikaze girls, confirme un tempérament explosif et transmet son énergie débordante à l’ensemble du casting. Sans rien montrer ou presque, Sakuran est un grand moment d’érotisme, notamment par les charmes de son interprète principale. Toutefois, on aurait pu espérer que la présence de femmes derrière la caméra et à l’écriture fournisse un regard un peu plus singulier que cela sur la drôle de condition des courtisanes. Il faudra se contenter d’une métaphore animalière – oiran = poissons rouges, qui courent à leur perte s’ils se risquent hors du bocal – pour toute réflexion. Cela constitue les limites d’un film plein de fraîcheur mais manquant d’épaisseur.
7/10

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LES COMMENTAIRES (1)

Par Mina
posté le 24 décembre à 03:15
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"Il y a deux façons de tourner un film sur l’univers des geishas"...

Sakuran met en scène des courtisanes habitant une maison close à Tokyo, ce qui n'a rien à voir avec les geisha qui sont des artistes et dont les quartiers sont à Kyoto.

Les maisons de thé ne sont pas à confondre avec les bordels, aussi luxieux soient-ils... Bon film en tout cas, plus appreciable pour sa forme que pour son fond c'est vrai, mais la ravissante Anna fait presque oubblier les lacunes de cette oeuvre : )

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