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Tigran Hamasyan rugit à Saint Malo

Publié le 19 août 2008 par Assurbanipal
http://www.tigranhamasyan.com

Tigran Hamasyan
: piano
François Moutin : contrebasse
Louis Moutin : batterie
Festival Couleurs Jazz. Saint Malo. Parc de la Briantais. Vendredi 15 août 2008. 21h.
Tigran commence oar une ballade. Le piano sonne pur et clair comme le cristal. Tout doucement il accélère. Les jumeaux Moutin le rejoignent. Tout à coup il attaque par surprise, fonce pour calmer aussitôt le jeu avec une précision de cavalier de haute école. Il alterne ainsi violence et douceur sans jamais s'emmêler. Louis Moutin tapote les tambours de ses mains. C'est ce qu'il fait de mieux à mon goût. Tigran Hamasyan est le pianiste le plus intéressant du 21e siècle naissant. Dès le premier morceau, il se trouve au delà de l'ordinaire voire de l'imaginable. Une forte odeur d'herbe mouillée monte sous le chapiteau et contribue à l'ivresse de nos sens. Dans son solo de contrebasse, François Moutin file et défile l'écheveau de ses sentiments. C'était une chanson traditionnelle arménienne arrangée par Tigran Hamasyan.
Tigran lance un standard, « Body and Soul ». Seul au piano il introduit le thème. La rythmique le rejoint avec Louis Moutin aux balais. Le trio est contemplatif. Il fouille le thème, joue avec, le cajole, le caresse. Cette musique vous ouvre les portes d'univers inconnus. Tigran passe maintenant à une comptine orientale. Les frères Moutin avec leurs mains sur les tambours et les cordes se mettent au diapason. Comme l'a expliqué Michel Goldberg, programmateur du festival Couleurs Jazz de Saint Malo, en présentant le concert, « On n'a pas l'occasion tous les soirs d'écouter un génie ». Tigran en assurément un génie de la musique. En l'écoutant, je vois une jeune fille danser, sa robe longue volant dans les hautes herbes de la montagne caucasienne. Bref cette musique nous envole. Aussi fougueuse et vive qu'elle soit, elle est toujours en place rythmiquement.
Le morceau suivant groove terrible, comme un boxeur accélérant, ralentissant, frappant quand il le veut. Il y a toujours ce charme oriental malgré le cliquetis mécanique des baguettes de Louis Moutin. Cet homme est une excellente boîte à rythmes, ferait un superbe batteur de rock'n roll mais il manque de la souplesse et de la variété nécessaire au batteur de Jazz ; Sans son frère jumeau, François, le contrebassiste talentueux, Louis Moutin n'aurait pas fait carrière dans le Jazz, à mon avis. Après un solo de contrebasse mirifique et virevoltant, Tigran réinstalle le thème, souple, tranquille ; Nul ne sait quand il relâchera les chevaux. Ca y est, il repart. Rythmiquement aucun pianiste actuel n'a sa puissance et sa variété. Après s'être déchaînée, la contrebasse repose le thème puis relance et ainsi de suite. Le morceau se finit en ostinato piano/contrebasse alors que Louis Moutin fracasse joyeusement tambours et cymbales. C'était « World passion » de Tigran Hamasyan.
Il joue ensuite « Leaving Paris » morceau qu'il a écrit dans l'avion alors qu'il quittait Paris. C'est une ballade. Louis Moutin a pris les balais. C'est tout doux. On voit la Seine couler, les feuilles des marronniers tomber. Ca sent l'automne, sympathiques lecteurs, aimables lectrices. La musique nous promène dedans Paris ville jolie. En solo Tigran creuse le piano dans le grave et le medium . Fin du morceau en trio.
Le trio enchaîne ensuite deux compositions de Tigran « Homesick» et « New Era ». Tigran commence par un scat proche de l'human beat box des rappers. Les frères Moutin s'amusent en hochant la tête puis lancent les applaudissements du public en rythme. Contrebasse et batterie accompagnent le scat. Ca groove méchamment. Après un tonnerre d'applaudissements, le trio repart sur un air virevoltant. Ce garçon enflamme le piano comme d'autres les pistes de danse. Tigran sort de scène laissant les frères Moutin discuter en musique. Les jumeaux ont toujours des choses à se dire. François saute de joie à la fin de son solo. Il part aussi laissant Louis seul face à sa batterie. Louis frappe fort certes mais c'est raide, mécanique, peu varié. Les deux autres sont revenus pour le relancer. Le trio retourne au thème en l'accélérant, le ralentissant, le déformant, le transformant.
Tigran entame seul un blues lent avec du stride des années 1930. C'est du piano bar 6 étoiles. Les frères Moutin sont joyeux comme des gamins en l'écoutant. Tigran revient à un thème planant. François puis Louis Moutin le rejoignent. C'est du velours. La musique monte en puissance. Tigran nous fait son spécial. Debout il joue ultra funky poussé par la rythmique. Il se rasseoit mais reste déchaîné. La contrebasse impulse, la batterie fracasse et le piano emporte le tout comme un fleuve en crue. Le thème se ralentit, se décompose, se désagrège mais tout reste en place. Une standing ovation salue la performance.
En rappel, Tigran joue une de ses récentes compositions en hommage à la Bretagne « Belle Ile en Mer » écrite sur place. Pour les amateurs de chanson française, on est bien loin de Laurent Voulzy. C'est une ballade qui évoque la Mer. Pas celle de Claude Debussy. Celle de Tigran Hamasyan. C'est bien l'Océan Atlantique qu'il évoque, les vagues, les marées, les mouettes, le goémon. Tigran a dédié ce morceau aux « Old people in Bretagne ». Même les « young people » sont enchantés. Le coup de grain part sans prévenir. C'est la tempête sur la pointe des Poulains. Puis l'accalmie. Même en jouant debout très vite, très fort, Tigran reste parfaitement en rythme. Il glisse mais ne tombe jamais. Il se rasseoit et reprend tout en douceur la lessive inlassable des vagues.
Si Tigran Hamasyan jouait au tennis, ses changements de rythme et de direction rendraient ses adversaires fous. Il joue du piano et pour ceux qui, comme moi, sont nés après la mort de John Cotrane et de Jimi Hendrix, il nous permet de voir et d'écouter un phénomène. Il semble que, quels soient ses accompagnateurs, ceux ci resteront à terre alors que lui aura déjà découvert d'autres univers. C'est le propre des génies . Tigran Hamasyan est un génie né en Arménie en 1987, Je le vois sur scène chaque année depuis 2003 et chaque année il m'émerveille de plus en plus. Les soixante prochaines années

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