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[Critique] L’abbé Pierre de Frédéric Tellier

Par Mespetitesvues
[Critique] L’abbé Pierre Frédéric Tellier

L'histoire officielle: Né dans une famille aisée, Henri Grouès a été à la fois résistant, député, défenseur des sans-abris, révolutionnaire et iconoclaste. Des bancs de l'Assemblée nationale aux bidonvilles de la banlieue parisienne, son engagement auprès des plus faibles lui a valu une renommée internationale. La création d'Emmaüs et le raz de marée de son inoubliable appel de l'hiver 54 ont fait de lui une icône. Pourtant, chaque jour, il a douté de son action. Ses fragilités, ses souffrances, sa vie intime à peine crédibles sont restées inconnues du grand public. Révolté par la misère et les injustices, souvent critiqué, parfois trahi, Henri Grouès a eu mille vies et a mené mille combats. Il a marqué l'Histoire sous le nom qu'il s'était choisi : l'abbé Pierre.

C'est bien connu, derrière chaque grand homme se cache une grande femme. Les auteurs de ce L'abbé Pierre - une vie de combats, biopic tout ce qu'il y a de plus conventionnel réalisé par Frédéric Tellier (, Sauver ou périr, L'affaire SK1) l'ont bien compris puisqu'ils ont choisi d'accorder une bonne part de temps écran à Lucie Coutaz (1899-1982), assistante dévouée de l'abbé Pierre, qu'elle a compris (et supporté!) mieux que quiconque.

Pendant près de 40 ans, elle a été à ses côtés, partageant autant les bons coups que les tempêtes. Elle l'a aidé quand il était abattu, a tenu à bout de bras la gestion de la fondation, lui a fait savoir ce qu'elle pensait de ses choix parfois problématiques, bref, elle a été l'un des piliers de son oeuvre. Bien incarnée par Emmanuelle Bercot, Lucie Coutaz entre de belle manière dans la liste des petits et grands réhabilités de l'histoire française.

Seule véritable bonne idée du scénario, sa présence justifie à elle seule le visionnement de L'abbé Pierre - une vie de combats. Car pour le reste, le film ne se démarque guère de l'hagiographie officielle, même s'il ose s'aventurer dans quelques aspects plus délicats de la personnalité de l'abbé. L'alternance du spectaculaire et de l'intimiste est un peu mécanique, tandis que l'enchaînement des grandes étapes de la vie de ce véritable héros des français, incarné en 1989 par Lambert Wilson dans de Denis Amar, s'avère très académique et pâtit d'une trame musicale exagérément épique. Le film se rattrape sur le tard en faisant le pont entre passé et présent dans un dénouement aussi juste que pertinent.

On soulignera enfin la prestation de Benjamin Lavernhe, acteur dans Un beau dimanche de Nicole Garcia, Le goût des merveilles d'Éric Besnard ou Le sens de la fête d'Éric Toledano et Olivier Nakache, qui, grâce à des maquillages de qualité, parvient à être crédible tout du long.

Sortie en salle au Québec: 22 décembre 2023.


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