![[Critique] Yannick Quentin Dupieux](https://mespetitesvues.files.wordpress.com/2024/01/yannick_quentin-dupieux_affiche_france.jpg?w=450&h=651&crop=1)
Même si je ne suis pas un inconditionnel des univers de Quentin Dupieux, j'aime sa façon de manier l'absurde et le sérieux et je reconnais que ses mélanges de cinéma de genre et de drame plus conventionnel apportent toujours quelque chose d'inattendu et d'intéressant à ses histoires. Incroyable mais vrai (le refus de vieillir dans un monde superficiel traité à la sauce fantastique) et Fumer fait tousser (la rectitude politique et les rapports humains engoncés dans les " wetsuits " fluo des superhéros japonais des années 1980), pour ne citer qu'eux, sont les parfaits exemples de cette capacité de faire évoluer le spectateur dans des registres diamétralement opposés, quelque part entre l'anodin et le profond.
Beaucoup plus sérieux dans son sujet et beaucoup moins drôle que les oeuvres précédentes de son auteur, Yannick, qui sort en salle aujourd'hui, ne m'a pas inspiré grand chose. Si ce n'est une indifférence d'autant plus circonspecte qu'il s'agit - et de loin - du film de Dupieux le plus vu et le plus unanimement encensé par les critiques hexagonaux.
Cela dit, je reconnais que l'irruption de ce " nobody " dans un théâtre guindé et froid a de quoi surprendre. Au moins au début. Lors de son intervention initiale, le modeste veilleur de nuit explique qu'il a pris une journée de congé et a fait une heure de transport (en commun, bien sûr) pour sortir de sa banlieue afin d'assister à un spectacle comique supposé lui faire oublier la banalité de son quotidien. Déçu, le jeune célibataire, incarné par un Raphaël Quenard étonnant, renverse les rôles et remet à leur place les trois comédiens (Blanche Gardin, Pio Marmaï, Sébastien Chassagne) qui sont en train de jouer machinalement un vaudeville constipé devant une salle quasi déserte.
Hélas, coincé dans un huis clos vieillot, le scénario peine à développer son énoncé. Ne sachant trop quoi faire de sa satire sociale un brin cynique mâtinée de " revenge movie " subversif, Dupieux cherche, en vain, à développer son propos pas si absurde que ça, mais certainement assez populiste. Le discours (qui soutient l'idée saugrenue que l'art devrait coller à la réalité pour être signifiant) tourne en rond, ne sachant amorcer un débat valable sur la soi-disant culture égocentrée (parisienne cela va de soi) ou sur la pertinence d'un art élitiste, aux antipodes des besoins de divertissement des masses laborieuses.
S'il faut lui reconnaître une certaine audace (d'ordinaire on ne tire pas sur la culture), la proposition n'est pas suffisamment fouillée pour pouvoir soutenir les pourtant très courtes 62 minutes (hors générique) du film. L'humour ne grince pas, la mise en scène n'a rien à faire valoir et le dénouement, brutal, est trop déconnecté de ce qui précède.
Espérons que ne soit qu'une petite erreur de parcours dans la filmo inclassable de son inénarrable auteur, filmo qui s'est d'ores et déjà enrichie d'une nouvelle entrée: avec Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche et Edouard Baer qui sortira en France dans un mois tout juste.
Sortie en salle au Québec: 5 janvier 2023
