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Mon Harry Palmer préféré

Par Mespetitesvues
Harry Palmer préféré

L'histoire en bref : Après avoir quitté les services secrets britanniques, Harry Palmer (Michael Caine) accepte de reprendre du service pour donner un peu de piquant à sa miteuse petite vie de détective privé aux maigres émoluments. Il est envoyé en Finlande pour une mission a priori simple et sans risque. Là, il est accueilli par un agent américain ami (Karl Malden) et par sa sensuelle maîtresse (Françoise Dorléac). Passé les jeux de séduction, Palmer se retrouve au centre d'un complot de grande ampleur, dirigé par un milliardaire texan (Ed Begley). Celui-ci s'est donné comme mission d'exterminer les méchants soviétiques en fomentant un soulèvement militaire en Lettonie. Pour mener à bien son plan, il s'est doté d'un cerveau électronique extrêmement puissant et d'un virus mortel contenu dans des oeufs de poule.

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En 1965, le producteur Harry Saltzman, ne se contentant pas d'avoir à produire les James Bond, se lance dans une autre histoire d'espion anglais à la solde du gouvernement. Issu du cerveau foisonnant du romancier londonien Len Deighton, le stoïque Harry Palmer voit le jour dans The Ipcress File (Ipcress danger immédiat), généralement considéré comme les débuts probants d'une franchise vouée au succès.

Dès l'année suivante, les choses se gâtent avec Funeral in Berlin (Mes funérailles à Berlin), pourtant réalisé par le Guy Hamilton de Goldfinger, jugé trop brouillon et trop complexe. Puis vient, en 1967, ce baroque Billion Dollar Brain (Un cerveau d'un milliard de dollars), qui, on le sait désormais, a planté le dernier clou dans le cercueil des aventures d'Harry Palmer. Les deux dérivés mercantiles produits dans les années 1990 étant pour leur part totalement anodins.

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Donc, Un cerveau d'un milliard de dollars fut la fin d'une belle aventure mettant en scène un espion british parfaitement cool, incarné par un Michael Caine débonnaire, se posant plus que quiconque en une antithèse assumée du célèbre agent 007. À ses côtés, on retrouve quelques pointures aussi efficaces que délectables. Oscar Homolka en colonel russe jovial, mais intraitable, Karl Malden en agent américain opportuniste, Ed Begley en roi du pétrole aux visées despotiques et la ravissante Françoise Dorléac (qui disparaitra dans un accident de voiture quelques semaines avant la sortie du film) en femme fatale animée de sombres desseins complètent la surprenante basse-cour de ce suspense filmé en partie en Finlande et dans les locaux de la compagnie Honeywell par un Ken Russell disjoncté - quoique réticent envers ce produit qu'il avait contractuellement obligation de réaliser -, qui, pour son deuxième long métrage, faisait déjà preuve de l'audace formelle et de la folie qui éclateront par la suite dans des oeuvres incomparables, telles que The Devils, Savage Messiah, Tommy ou Altered States.

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Un cerveau d'un milliard de dollars fut un échec au box-office américain. Ni les critiques ni les spectateurs n'ont digéré que l'atrabilaire texan, puisant son animosité dans des valeurs républicaines très américaines, soit comparé à un nouveau führer et, surtout, que ses envies de grandeur se fassent rabrouer par les communistes, véritables héros du film comme le soulignait Russell quelques années plus tard (" As far as I know, this is the only Hollywood film in which Soviet Russians are the heroes and Americans the enemies. Nobody seemed to notice! " ).

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Pour son esprit frondeur, son côté foutraque, son générique de Maurice Binder et pour les présences de comédiens inoubliables, Billion Dollar Brain est sans aucun doute mon préféré des Harry Palmer. Le revoir aujourd'hui, c'est avant tout se replonger dans une époque de guerre froide inimaginable et tellement cinématographique, mais c'est aussi redécouvrir la pertinence de son propos, appelant à la vigilance face aux discours populistes des wanna-be libérateurs du monde occidental. La copie restaurée se trouve actuellement sur tubi.tv. En France, le film est disponible en Blu-ray depuis début 2023 (catalogue BQHL BQ7214).


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