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[Critique] Le successeur de Xavier Legrand

Par Mespetitesvues
[Critique] successeur Xavier Legrand

L'histoire: Heureux et accompli, Ellias devient le nouveau directeur artistique d'une célèbre maison de Haute Couture française. Quand il apprend que son père, qu'il ne voit plus depuis de nombreuses années, vient de mourir d'une crise cardiaque, il se rend au Québec pour régler la succession. Dans le sous-sol de la maison du défunt, il découvre un secret inavouable.

Sept ans après Jusqu'à la garde, le Français Xavier Legrand poursuit son exploration de la violence masculine avec Le successeur, coproduction France-Québec-Belgique présentée en primeur l'an dernier à San Sebastian. Surprenant, déroutant parfois, bien construit dans sa seconde moitié, le mélange des genres divisera sans doute l'auditoire. Pour ma part, je ne me suis laissé convaincre qu'à moitié.

Le scénario de Legrand et de la dramaturge québécoise Dominique Parenteau-Lebeuf (librement adapté du très court roman " L'ascendant " publié par Alexandre Postel chez Gallimard en 2015) prend son envol sous la forme d'un drame intime mettant en scène un fils, un deuil dans sa famille, et un retour au bercail révélateur. Les auteurs abordent un terrain (trop) connu avant d'effectuer à mi-parcours - suite à la découverte macabre - une rupture de ton radicale menant vers un autre terrain trop balisé, celui du film d'horreur.

Le successeur se démarque assez aisément du drame psychologique traditionnel " à la française ". L'art de ménager le suspense est aussi de la partie. Devant et derrière la caméra, le talent est là également. La direction photo de Nathalie Durand ( Jusqu'à la garde, Un monde plus grand) rend adéquatement justice à la solitude et au désarroi du " héros ", défendu avec vigueur par l'impeccable Marc-André Grondin. À ses côtés Yves Jacques s'avère aussi juste que touchant dans le rôle de l'ami fidèle du défunt, ignorant tout de la réalité.

En revanche, l'intrigue est trop longue à se mettre en place, à force de s'appesantir sur des éléments anecdotiques (la couverture d'un magazine, une maladie de coeur imaginaire, le comportement étrange d'une voisine, la liquidation des affaires du défunt...). On outre, et sans même parler de la réaction du protagoniste (qui fait un choix très peu plausible dans la mesure où son père lui est devenu totalement étranger), les petites et grandes incohérences sont nombreuses.

Cela n'est rien en comparaison avec la notion de filiation de l'horreur, trop ténue pour être réellement convaincante. C'est pourtant ce qui est mis de l'avant par la promotion du film. Or, c'est à mes yeux son défaut le plus important. Les agissements sadiques et volontaires du père et ceux d'Ellias - qui tiennent plus du réflexe maladroit et de la crise de panique -, traduisent assez maladroitement l'idée avancée qu'il y aurait une transmission " naturelle ", un héritage en quelque sorte, de comportements violents.

Le successeur tient surtout sur trois scènes clé: le défilé de mode en forme de dédale du générique d'ouverture), le " jump scare " bien préparé et très efficace du milieu, et dans sa foulée, l'instant où tout bascule. Des moments visuellement très forts, certes, mais qui ajoutent à des effets un tantinet lourdauds (ledit dédale comme métaphore clinquante aux troubles mentaux d'Ellias, des larmes et des cris en veux-tu en voilà, etc.).

En somme, malgré ses audaces formelles et narratives, Le successeur peine à s'ancrer durablement dans son sujet, à l'inverse de Jusqu'à la garde, qui restera pour longtemps encore comme une puissante illustration de la violence paternelle.

Sortie en salle au Québec: 2 février 2024. En France: 21 février 2024.


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