![[Critique] Tótem Lila Avilés](https://mespetitesvues.files.wordpress.com/2024/01/totem_lila-aviles_affiche.jpg?w=450&h=651&crop=1)
L'histoire: Sol, sept ans, passe la journée dans la grande maison de famille où se prépare une fête pour son père. Alors que les invités arrivent, une atmosphère étrange et chaotique s'installe.
Un père atteint du cancer en phase avancée, un grand-père qui n'en a plus pour très longtemps, des enfants, jeunes, qui demandent beaucoup d'attention, des tantes débordées, des problèmes d'argent, des esprits qui rôdent dans la maisonnée. Au centre de tout, une fillette qui, à la fin de la journée, ne verra plus le monde des adultes comme avant.
On exorcise la maison pour conjurer les mauvais esprits, on fait appel à la thérapie quantique, on évoque les légendes autochtones, on se dit ses quatre vérités, ou on noie son désespoir dans l'alcool et la fête. Les invités n'en verront que du feu, le lendemain, il n'en sera plus rien. Par moments, on se croirait presque dans le joyeux foutoir d'une comédie à l'italienne des années soixante.
- coproduction Mexique, Danemark, France - est le deuxième film de la quarantenaire Lila Avilés, metteure en scène de théâtre et d'opéra et auteure de La Camarista, premier long à la belle réputation qui n'est pas sorti Québec, mais qui eut droit à une petite distribution en France en avril 2019.
Représentant du Mexique dans la course à l'Oscar du meilleur film international et récipiendaire du prix de la presse internationale à Berlin en 2023, Tótem est une oeuvre d'autant plus étonnante qu'elle semble avoir été filmée à l'épaule et improvisée au gré d'une journée (pas) comme les autres dans une famille tout ce qu'il y a de plus (extra)ordinaire. Pourtant, dans la précision des plans, dans la composition des espaces et dans les mouvements de caméra, on sent à quel point le travail de préparation a dû être complexe et minutieux.
Étonnant, disais-je, tant ce film à hauteur d'enfant(s) réussit à transcender l'apparente simplicité de sa forme et la banalité de son sujet, qui se résume essentiellement à un récit initiatique comme tant d'autres. La fluidité de sa mise en scène d'un huis clos étouffant est palpable, tout comme la sincérité et le réalisme ressortant de ces petits et grands moments, portés par des comédiens d'une grande justesse, comme s'ils interprétaient leur propre rôle (les enfants sont incroyables!). Attachant, touchant et délicat malgré sa forte charge émotionnelle, Tótem est un beau film de coeur et d'esprit.
En salle à Montréal: 2 février 2024. En France: 27 mars 2024.
