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[Critique] Le règne animal de Thomas Cailley

Par Mespetitesvues
[Critique] règne animal Thomas Cailley

L'histoire officielle: Dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux, François (Romain Duris) fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce phénomène mystérieux. Alors que la région se peuple de créatures d'un nouveau genre, il embarque Émile (Paul Kircher), leur fils de 16 ans, dans une quête qui bouleversera à jamais leur existence.

Sortie en salle au Québec: 9 février 2024.

D'ordinaire, le cinéma fantastique français - et plus généralement le cinéma de genre - se cantonne à des moyens limités, à des circuits de salles restreints et à des recettes aux guichets maigrichonnes. C'est tout l'inverse pour Le règne animal, qui se démarque d'emblée par un budget de presque 25 millions de dollars, 60 jours de tournage, et des résultats probants, autant dans la réception critique dithyrambique que l'accueil favorable du public (plus d'un million d'entrées lors de sa sortie à l'automne 2023 en France).

Présenté en première mondiale en ouverture de Un Certain Regard à Cannes en 2023, Le règne animal est le deuxième long métrage de Thomas Cailley, qui nous avait épaté en 2014 avec Les combattants, récipiendaire de 3 César, dont celui du Meilleur premier film. Les auteurs (Cailley et Pauline Munier) abordent plusieurs sujets de l'heure par le biais d'une chronique futuriste inusitée dans laquelle les humains retournent à l'état de bêtes sauvages, sans pour autant perdre conscience de ce qu'ils étaient avant. Alors que la plupart d'entre elles a été exterminée ou placée dans des centres de réhabilitation, certaines ont réussi à se réfugier dans les denses forêts du sud de la France.

La proposition - quelque part entre la poésie de Vincent n'a pas d'écailles, mais avec 20 fois plus de budget, et l'aspect graphique de Le loup-garou de Londres, mais campé dans les forêts de Gascogne - se distingue par l'ampleur et la richesse de son scénario, porteur de métaphores intéressantes. L'intrigue peut en effet se voir sous différents angles, à commencer par une puissante fable écologique dans laquelle les autorités font usage de la force pour museler les " créatures ", qui à ce rythme-là n'en ont plus pour très longtemps, à l'instar de bon nombre d'espèces animales aujourd'hui.

Mais, la bête ce n'est pas seulement la mutation corporelle. C'est l'étranger, l'autre qu'il faudrait garder hors de la vue. La volonté du héros de reconnecter avec sa femme et protéger son fils (qui est progressivement en train de muer lui aussi), semble nous dire que l'humain est capable de vivre en harmonie avec des monstres, tout en faisant en sorte que chacun garde ses différences. D'évidence, on a droit ici à un rappel au fameux " vivre ensemble ", sujet de plus en plus présent dans la société française et que l'on ne cesse de mettre à toutes les sauces.

Des détours vers la comédie sentimentale adolescente, le récit de passage à l'âge adulte et le drame familial viennent se greffer à l'intrigue. La relation père-fils est aussi plausible que touchante (Romain Duris et le jeune Paul Kircher sont épatants), les ruptures de ton sont efficaces et les surprises bien ménagées. Au final, le pari est largement relevé, à l'exception de quelques passages prévisibles, ou vite évacués en raison d'une intrigue foisonnante, un peu à l'étroit dans les deux petites heures du film. En format minisérie, cela fonctionnerait sans doute mieux.

Reste que, tel quel, Le règne animal est l'un des films de genre français qui m'a le plus marqué depuis des lustres. En premier lieu pour sa gestion efficace du suspense (les 20 dernières minutes, presque sans dialogue, sont remarquables), pour le soin apporté aux images, passant de la grisaille parisienne aux couleurs chaudes de la campagne du Sud, avant de se transformer en une sorte de féérie visuelle dans les séquences nocturnes teintées de bleu et de vert.

Les maquillages, prothèses et effets spéciaux, particulièrement ceux de l'homme-oiseau ou de l'espèce de sasquatch sur quatre pattes qui sert de mère au gamin, sont pareillement impressionnants et rehaussent la dimension spectaculaire de ce film étonnant, à nul autre pareil.

❤❤❤❤


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