On a ce collègue au bureau qui tient beaucoup à s'intégrer à nous. Les loups sauvages.
Il est relativement nouveau, occupe l'un des 4 cubicules qui fait notre coin de quartier. Le mien est le plus isolé, le plus loin des regards. C'est parfait pour le grand indépendant que je suis qui a presque toujours ses air pods sur les oreilles. Sacrez moi la paix. Sur ma gauche un mur, sur ma droite mon voisin de bureau, Poncho, dont le cubicule est visible de la fenêtre du bureau de Fernandez (oui, ce sont deux Mexicains d'origines), donc Poncho ne peut pas beaucoup errer sur ses deux écrans puisque des yeux peuvent se planter sur ce qu'il consulte tous les jours. Tandis que mois, sur sa droite, personne ne peut vraiment voir ce que je fais derrière mes 4 écrans. Martin est de l'autre côté de moi, est plus discret et le nouveau en diagonale de moi.
Puisque je suis souvent à l'abri des regards, je l'avoue, je vous écris parfois. Je préfère dire que je gère bien mon temps pour ce qu'on me paie. Cet isolement joue un peu contre moi car personne ne comprend vraiment ce que je fais. Mais on voit que je suis occupé.

Non. Rien ne nous unit. Je le méprise secrètement. Il me fait penser à Pierre Polièvre. Il n'était probablement pas très populaire à l'école ou ailleurs et il essaie gauchement de s'intégrer dans toutes sortes de rôles qu'il ne connait pas. Comme on se parle souvent de sports, il essaie de s'intéresser à nos discussions et nous approche.
Atrocement mauvais. Comme Polièvre.

"J'ADORE LE FOOTBALL"
"Le football américain ? Tu connais les joueurs ?"
"J'aime beaucoup Aaron Roberts..."
"Rodgers" j'ai corrigé.
"C'était le quart arrière des Jets cette année..."
"Comme Aaron Roberts !"
Rodgers est un parfait American idiot, j'aurais dû tout de suite comprendre le ravin entre nous deux.
"Qui d'autres aimes tu ?"
"J'aime Patrick McHomes..."

"C'est mon homie aussi, je connais aussi les 10 équipes de la NFL"
"Il y en a 32" j'ai corrigé.
"Je peux quand même toutes les nommer "
"Vas-y"
"Il y a le Texas"

"Il y a la Virginie"
"Non" j'ai corrigé.
"New Jersey"
"Non, laisse moi t'aider: Chicago, les quoi de Chicago, ça commence par B" j'ai corrigé.
"B ! les Bubblebaths, les Bumblebees, les Birds, les Beagles..."
"C'est un animal, certains sont bruns, d'autres sont blancs, d'autres sont noirs..."
"The Big Population of Chicago !"

"Ladybug, Ladies, Laserguns..."
"Non, Lions, allons-y avec Cleveland, ça commence par la lettre B, c'est une couleur en anglais..."
"Blue, beige, brick red..."

"Football Kickers ? Trump Towers"
"New England ?"
"Sinkers, Touchdown Makers..."
"Cincinnati ?"
"Tacklers ?"
"Tampa Bay ?"

"Tennessee ?"
"Catchers ?"
"San Francisco ?"
"Jokers ?"
"Baltimore ?"

"T'en as a pas eu un calisse"
Il a retraité, penaud à son bureau.
Quand on parlait hockey il a encore essayé.
"J'aime le hockey"
"Non" J'ai dit

"Ça c'est au football, ce sont les Panthers de la Floride, au hockey" j'ai corrigé.
"Les Rangers du Texas"
"Ça c'est au baseball, ce sont les Rangers de New York, au hockey" j'ai corrigé.
"Les Nets de New York !"
"Ça c'est au basketball, ce sont les Rangers ou les Islanders, au hockey" j'ai corrigé.

"Rien à voir, tu connais quand même les Canadiens ?"
"OUIIIIII, je les ai étudié pour le devenir, j'ai chanté l'hymne national"
"Non, les... ha je dois travailler, dégage!"
"Refusé"
"Hein ?"
"J'ai entendu ça l'autre fois, on peut refuser les dégagements"

"Je sors du coin comme Bustin Matouze"
"Austin Matth....TA GUEULE!"
La matin maintenant, quand il entre et me dit "Bon matin" je lui dis "moins maintenant".
