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Peuple de colères, essai de Christophe Barbier

Par Mpbernet

Il souligne le cocktail explosif commun aux mouvements de rébellion : récrimination fiscale, contestation du pouvoir central et des élites, affirmation identitaire.

Violence antinobiliaire, agression de dépositaires de charges royales, attaque de « sachants », la jacquerie d’ancien régime demeure un mouvement antiélitiste comme préfiguration de la lutte des classes. La dimension religieuse intervient plus tard, contestant l’ordre écclésiastique, social, terrestre et féodal. Elle s’assortit aussi parfois d’une dimension antisémite – les pastoureaux en 1320, encore – provoquant alors des pogroms.

Pour les Gilets jaunes, leurs héritiers issus de la France périphérique, les élus sont forcément corrompus, les technocrates forcément incompétents, les médias forcément stipendiés, avec ici aussi un zeste d’antisémitisme (les quenelles).

Christophe Barbier

Mais la France silencieuse, sauf rares exceptions qui deviennent révolutions, ne suit pas : la République, oui ; la chienlit, surtout pas.

Pour Jean-Luc Mélenchon, leader contemporain des Insoumis, il faut aujourd'hui réussir la Commune, accomplir le rêve conventionnel (le principe de révocation des élus par le peuple) et pour ce faire, il faut organiser la destruction de la gauche réformiste, celle qui descend de la IIIème République, raser les restes du Front populaire. Lénine en tirera la conclusion qu'il faut éliminer les révolutionnaires modérés si on veut renverser l'ordre établi.

Mélenchon recherche donc l’électorat le plus agressif et le soutien des banlieues musulmanes : c’est par la rue qu’il espère conquérir le pouvoir.

Cependant, les mobilisations ne se produisent plus de nos jours quand la crise écrase tout le monde – famine, suspicion d’accaparement des denrées vitales, nécessité de financer une guerre – mais quand la conjoncture repart et qu’il y a des richesses à partager. Le "prolétariat" ne supporte plus la propriété non partagée et se montre inflexible sur les acquis sociaux.

Et le pouvoir central, à travers les siècles, utilise les mêmes outils : d’abord le bâton (la répression, qui fut parfois extrême) puis la carotte (nouvelles enveloppes budgétaires, amnistie).

Un document tout à fait éclairant est donné en annexe : la frise des révoltes, page 311 : Tuchins, Maillotins, Cabochiens, Griffarins, Pitauds, Cascaveus, Croquants, Fronde, Bonnets rouges, journée des tuiles, Penn sardin ...entre autres.Etonnante énumération.

Raconter les soulèvements d’hier permet de comprendre celles de demain. Mais ne les empêchera pas.

Peuple de révoltes, essai de Christophe Barbier, édité chez Fayard, 318 p., 20€


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