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[Critique] Club Zero de Jessica Hausner

Par Mespetitesvues
[Critique] Club Zero Jessica Hausner

L'histoire officielle: Miss Novak (Mia Wasikowska, Only Lovers Left Alive, Maps To the Stars) rejoint un lycée privé où elle initie un cours de nutrition avec un concept innovant, bousculant les habitudes alimentaires. Sans qu'elle éveille les soupçons des professeurs et des parents, certains élèves tombent sous son emprise et intègrent le cercle très fermé du mystérieux Club Zéro.

En salle à Montréal: le 29 mars 2024

En un mot ...: Satire glaçante, déstabilisante et parfois excessive sur des thèmes contemporains pertinents.

...Comme en cent (ou un peu plus): Amateurs de " propositions " radicales réjouissez-vous car voici le nouveau long métrage de l'Autrichienne Jessica Hausner, autrice de Little Joe, qui avait permis à Emily Beecham de remporter le Prix d'interprétation féminine à Cannes en 2019.

Chirurgical, déroutant, déstabilisant, glaçant (ne rayez rien, tout est applicable), l'histoire de Club Zero part de thématiques sociales contemporaines tout à fait pertinentes. On y parle d'éco-anxiété, de troubles alimentaires et d'apparences. On montre également une jeunesse ultra-conscientisée, une bourgeoisie prise dans ses carcans et un sectarisme idéologique inquiétant et de plus en plus présent autour de nous.

Pour aborder ces sujets largement débattus sur la place publique, Hausner a choisi l'approche la plus radicale et la plus difficile; celle de la satire. Avec pour résultat un regard implacable et malaisant pointant sur une société de consommation au bord de la rupture.

Club Zero nous présente cinq jeunes et leur prof, trentenaire célibataire, adepte du principe de l' "alimentation consciente ". Pour vivre mieux, il faut manger moins, prône-t-elle dans la première scène. Rien n'est plus vrai, tout le monde embarque. Mais ce que leur entourage va finir par découvrir, c'est qu'elle a poussé son concept dans ses derniers retranchements. Pour elle, vivre mieux veut dire ne plus rien manger du tout et remplacer les calories par la méditation et la recherche du vrai soi, loin de toutes contingences matérielles. Ses jeunes élèves - plus ou moins compris par leurs parents rendus aveugles par le confort et les vieilles mentalités -, vont la suivre jusqu'au bout.

Plans millimétrés, espaces cloisonnés et froids en dépit de leurs couleurs criardes... l'esthétique participe au caractère intemporel de cette société dénuée d'humanité disséquée au scalpel par Hausner, visiblement très inspirée par les Canine ou The Lobster de Lanthimos. Au niveau des genres, son film n'est pas moins perturbant. Aux côtés de l'humour noir omniprésent, on retrouve quelques touches de drame familial, de chronique sociale ou de récit initiatique adolescent, et vers la fin, on verse carrément dans le cinéma d'horreur ou fantastique.

Jouissif, excessif jusqu'à en être parfois odieux et, forcément, polarisant, m'a surtout donné l'impression de revivre les mêmes sensations que celles procurées par cette autre satire hénaurme qu'est La grande bouffe, dans lequel des hommes dans la cinquantaine (des bourgeois opulents cela va sans dire) s'abandonnaient, avant de sombrer corps et âmes, à leurs ultimes plaisirs orgiaques.

Comme cela avait été le cas pour le film de Marco Ferreri, l'absence de juste milieu fait la force de Club Zero mais est également ce qui le rend vulnérable, voire insupportable. On déteste ou on adore, pour exactement les mêmes motifs, comme en atteste le (très) grand écart qui séparait les appréciations des critiques à la suite de sa présentation à Cannes l'an dernier, où il était inscrit en compétition officielle. Pour ma part, passé le premier quart d'heure, j'étais déjà clairement du côté des amateurs.


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