
L'histoire: Après dix ans d'absence, Rona (Saoirse Ronan), 29 ans, diplômée en biologie, revient chez elle sur la terre des Orcades (Orkney), la plus grande des 70 îles de l'archipel au nord de l'Écosse. Oscillant entre le passé et le présent, l'histoire révèle comment sa consommation d'alcool est devenue un poids insoutenable, la privant de tout, de son emploi prometteur dans un laboratoire à sa relation avec son petit ami (Paapa Essiedu). Désormais sobre, Rona a du mal à vivre normalement avec ses parents. Sa mère (Saskia Reeves) s'est convertie à la religion et son père (Stephen Dillane) est bipolaire, sujet à de fréquentes crises épisodiques. Elle l'aide de temps en temps à prendre soin de ses moutons. Elle finit par accepter un travail consistant à surveiller les îles pour y trouver des râles d'eau, une espèce d'oiseau en voie de disparition. Après une première rechute, Rona s'isole sur la minuscule île de Papay.

La performance de Saoirse Ronan, également productrice, est le principal atout de The Outrun ( L'Écart en version sous-titrée), drame de l'Allemande Nora Fingscheidt adapté du roman éponyme de la Britannique Amy Liptrot publié en 2016. Il s'agit d'un récit autobiographique puisque l'autrice avait elle-même passé deux hivers seule sur Papay pendant qu'elle écrivait son roman. Elle est d'ailleurs coscénariste avec Fingscheidt et Daisy Lewis.
Le film suit une alcoolique en voie de rédemption qui s'abandonne aux pouvoirs de guérison de la nature pour se remettre en selle. Outre la prestation de l'actrice américano-irlandaise, The Outrun repose beaucoup sur la puissance dégagée par ses splendides panoramas des îles Orkney ainsi que sur le folklore populaire qui entoure ce lieu en dehors du monde, dont les falaises magistrales sont sans cesse battues par des vagues impressionnantes.
La puissance de la nature, sa capacité à engendrer la rêverie et la remise en question, c'est la partie qui m'a semblé la plus convaincante. Dans ses moments campés au présent, la réalisation est contemplative à souhait, tandis que dans ses retours en arrière, elle se veut plus rythmée et incandescente.
Généralement convaincant, le voyage vers la lumière que la jeune femme traverse de peine et de misère joue sur l'alternance entre un 'avant' urbain lourd et étouffant et un 'après' plus lumineux et plus chaleureux. Captivant au début, le scénario finit toutefois par se révéler redondant. Certains flashbacks ne servent pas à grand chose, d'autres en disent trop. On aurait aimé que les mystères des îles soient plus en phase avec ceux concernant le passé de la protagoniste.
En outre, quelques bizarreries ont tendance à alourdir inutilement cette rehab écologique, comme ces passages à saveur " éducative " dotés d'images d'archive et de textes explicatifs lus hors champ, notamment une sur les effets de l'alcool dans le sang.
En somme, The Outrun est un film d'auteur de belle facture, inspirant, propice à festivals et qui finira sans doute dans pas mal de palmarès annuels, mais qui n'atteint pas la force brute de System Crasher, le précédent long métrage de Nora Fingscheidt.
Sortie en salle au Québec le 4 octobre 2024 (Métropole Films Distribution).
