![[Cinemania] L’histoire Souleymane Boris Lojkine](https://mespetitesvues.wordpress.com/wp-content/uploads/2024/11/histoire-de-souleymane_boris_lojkine_cienmania.jpg?w=1440&h=653&crop=1)
L'histoire: Du petit matin à tard le soir, Souleymane (Abou Sangare), venu de Guinée, parcoure les rues de la capitale sur son vélo pour livrer des repas à domicile. N'ayant pas le droit de travailler, il utilise l'identité d'un camarade régularisé, qui lui reverse ensuite son salaire, après avoir retiré sa commission. Mais, suite aux plaintes d'une cliente en colère et d'un restaurateur exaspéré, le permis de livraison est révoqué par les gestionnaires de l'application. Souleymane se retrouve dans l'incapacité de payer un conseiller qui doit lui délivrer des documents qui étayeront l'histoire qu'il s'apprête à raconter aux services d'immigration lors de son entretien de demande d'asile. Le temps presse, car il ne reste à Souleymane que deux jours pour se préparer.
Passage à Cinemania: les 11 et 12 novembre 2024 - Sortie en salle au Québec: 24 janvier 2025 (K-Films Amérique)
Mon avis
Primé à Cannes, L'histoire de Souleymane est une saisissante évocation de la triste réalité vécue par les migrants clandestins. Intense et rigoureuse, c'est à mon avis l'une des oeuvres les plus pertinentes faites sur le sujet. I faut dire que le réalisateur, scénariste et monteur français Boris Lojkine connait bien son sujet, lui qui a déjà à son actif deux films traitant des réalités africaines contemporaines, très bons, mais inédits au Québec.
D'abord le très beau , réalisé en 2015, dans lequel un jeune Camerounais et son amie Nigériane traversaient le Sahara pour remonter vers l'Europe. Puis, en 2019, , hommage à la photoreporter Camille Lepage, dans lequel l'idéaliste jeune femme, tuée en 2014 en Centrafrique, partait dans cette ancienne colonie française située entre le Tchad et le Soudan pour témoigner des combats violents qui déchiraient le pays.
Pour aborder ce sujet délicat sans tomber dans le misérabilisme, mais sans non plus oublier qu'il s'agit de cinéma, Lojkine a trouvé l'équilibre parfait entre le vérisme et le fictionnel, entre le drame social et le suspense, entre l'austérité et a noirceur du regard des frères Dardenne (Tori et Lokita, 2022) et le faste hollywoodien déployé par Matteo Garrone dans .
En ressort une œuvre dense, qui imbrique dans à peine plus de 90 minutes diverses facettes de son sujet, dont l'illustration des conditions de vie dans les refuges, des transports organisés qui n'attendent pas les retardataires, l'évocation de tous ces petits réseaux de débrouillardise qui exploitent ceux qu'ils sont censés aider, ou encore la solidarité pas si évidente que ça entre diverses communautés. On est assez loin de l'angélisme, sans non plus tomber dans le mélodrame.
Haletante (les scènes de vélo filmées en caméra embarquée) et anxiogène (présence permanente de la police), cette course contre le temps permet à Lojkine d'égratigner au passage l'inhumanité de nos société où tout va toujours trop vite (les applications mobiles anonymes, le dédale de petits boulots mal payés), ainsi que le racisme ordinaire ou la froideur des autorités.
Au final, le spectateur se retrouve comme le protagoniste, enchâssé dans un étau de clandestinité qui semble ne jamais vouloir s'ouvrir. Tout est crédible sans être excessif. On a même l'impression que le scénario est à peine romancé tant il vise juste. Et pourtant, il y a quand même quelques passages plus sensibles, notamment lorsque Souleymane parle avec sa fiancée restée au pays qui se voit obligée d'épouser un ingénieur qu'elle ne connaît guère. Entre les lignes, on remarquera que le vrai méchant de l'histoire, celui qui exploite Souleymane sans vergogne, se prénomme Emmanuel... Ce n'est certainement pas le fruit du hasard.
