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Un fin stratège

Publié le 31 août 2008 par Malesherbes
Nos médias vous ont appris que notre Président avait convoqué pour ce lundi 1° septembre un sommet des vingt-sept pays membres de l’Union européenne. Une nouvelle fois, ils cèdent à la fascination des grands mots, au sensationnel, en un mot, à l’enflure. Les institutions de l’Union européenne comprennent un Parlement, siégeant alternativement à Bruxelles et à Strasbourg, un gouvernement, la Commission européenne, basée à Bruxelles, composée de commissaires, mais pas de Président. A tour de rôle, chacun des États membres assure pendant six mois la Présidence du Conseil européen, qui réunit les chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne. En pratique, le Conseil européen se réunit à Bruxelles quatre fois par an et des Conseils exceptionnels sont également organisés ponctuellement. Ce que par amour de la boursouflure on appelle un sommet n’est en fait rien d’autre qu’une réunion extraordinaire du Conseil européen.
Les orientations et déclarations du Conseil y sont prises par consensus mais n’ont cependant pas de valeur juridique. Pour être effectivement mises en œuvre, elles doivent suivre la procédure normale des textes juridiques communautaires : propositions formulées par la Commission européenne, votes du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne (à la différence du Conseil européen, il réunit des ministres des États membres) et, le cas échéant, exécution au niveau national. Même si elles n’ont pas de valeur juridique, les décisions élaborées au cours de ces conseils sont le fruit de négociations engagées au préalable entre les pays membres et pendant ces conseils.
Ce serait tout à la fois inélégant et inefficace d’annoncer avant ce Conseil quelle sera la position de l’Union européenne sur la crise entre l’URSS et la Géorgie, d’autant plus qu’il y a des divergences entre les États sur l’attitude à adopter. Malheureusement, l’année écoulée nous a déjà bien renseignés sur l’élégance et l’efficacité de notre Président. Ce vendredi, l'Élysée a fait savoir : « Au stade actuel, nous ne prévoyons pas de sanctions décidées par le Conseil européen ». Et pourquoi, s’il vous plaît ? Eh bien, c’est très simple : « Nous n'en sommes pas à ce stade et pour une raison très simple : nous sommes dans une phase de mise en œuvre, qui pour le moment est partielle et doit être complétée, de l'accord en six points conclu le 13 août par la Russie et la Géorgie sous l'égide du président Nicolas Sarkozy. ». La chose la plus importante à ce stade de l’affaire, c’est de démontrer que notre grand leader, inflexible face à la Chine, a lui tout seul su poser les bases du règlement de cette crise, avec le succès que chacun peut constater.
Tout joueur de cartes sait qu’il ne faut pas montrer son jeu à l’adversaire. Non content de blesser nos partenaires en annonçant dès maintenant la position qu’ils doivent adopter au cours de ce Conseil, le Président Sarkozy clame à l’intention des Russes : « ne vous gênez pas, l’Europe ne bougera pas ». Si nous étions sous la menace imminente d’un feu nucléaire, il pourrait être sage de dire : «excusez-nous, nous ne voulions pas vous indisposer, nous sommes là, la corde au cou ». Mais je ne pense pas que ce soit le cas. Alors pourquoi diable leur donner un blanc-seing ! Certes, nous n’avons peut-être guère de moyens d’action. Mais toutefois, réfléchissons un peu. Si les Russes peuvent nous couper le gaz, les pipe-lines, à la différence des bateaux, étant fixes, est-on si sûr qu’ils tiennent à se priver de nos devises ?

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