
Après un drame inédit au Québec ( Instinct, 2019) et un suspense horrifique remarqué ( Bodies Bodies Bodies, 2022), la réalisatrice néerlandaise Halina Reijn change de registre avec , un audacieux drame psycho-sexuel se déroulant à New York pendant les fêtes de fin d'année. Le film suit Romy (Nicole Kidman), directrice d'une entreprise de robotique, mariée à un metteur en scène attentionné (Antonio Banderas) et mère de deux adolescentes attachantes. Sa vie bien ordonnée bascule lorsqu'elle entame une liaison toxique avec l'un de ses jeunes employés (Harris Dickinson).
Le thème exploré par ce troisième long-métrage de Reijn n'est pas inédit. De Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950) au récent Dernier été (Catherine Breillat, 2023), en passant par The Graduate (Mike Nichols, 1967), Harold et Maude (Hal Ashby, 1971) ou Dangerous Liaisons (Stephen Frears, 1988), le cinéma a souvent abordé les relations transgressives entre des personnages d'âges et de statuts opposés. Ce qui distingue , cependant, est sa capacité à aller au bout de sa proposition avec audace, refusant les compromis.
Dans un contexte où les récits tendent à privilégier le bien-pensant, les portraits édifiants et les discours #MeToo souvent consensuels, Halina Reijn se démarque. Elle ose représenter des rapports charnels explicites, proches du sadomasochisme, tout en évitant les pièges du voyeurisme et des clichés. Ce choix donne au film son caractère troublant. Ici, il ne s'agit pas d'un énième jeu érotique à la Cinquante nuances de Grey, mais d'une histoire perturbante : celle d'une cheffe d'entreprise, femme de pouvoir, qui se laisse entraîner dans une dynamique de domination-dégradation orchestrée par un homme plus jeune, entreprenant et sûr de lui.
À travers ce basculement d'une femme dominatrice à un objet sous emprise, Babygirl explore intensément le désir féminin, les dynamiques sociales et les mécanismes subtiles de contrôle qui opèrent au sein du couple. Le film aborde aussi les notions de consentement, tout en s'interrogeant sur le poids des stéréotypes imposés aux femmes dans le monde professionnel. La directrice doit à la fois incarner une image de succès implacable pour ses collègues masculins condescendants, et servir de modèle inspirant pour ses jeunes collaboratrices.
Sous les apparences d'une cinquantenaire riche et puissante, séduisante et performante, se cache une femme marquée par le vieillissement, les fantasmes inavoués et les pulsions enfouies. Ces contradictions donnent lieu à une œuvre percutante, qui, même si elle reste relativement classique dans son propos et un peu lisse dans sa mise en scène, fait preuve de finesse et de profondeur psychologique dans ses portraits. C'est à mes yeux eux qui font toute la force du film. Vingt-cinq ans après l'inoubliable Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, Nicole Kidman trouve ici un rôle majeur, qu'elle habite avec une intensité rare. À ses côtés, l'Anglais Harris Dickinson, révélé dans Triangle of Sadness (Ruben Östlund), incarne un trentenaire glaçant et parfaitement antipathique.
En salle au Québec: le 25 décembre 2024 (Entract Films) - En salle en France: 15 janvier 2025
