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Jack Lang, L'école abandonnée, Lettre à Xavier Darcos

Par Edgar @edgarpoe

Jack Lang, L'école abandonnée, Lettre à Xavier Darcos

Bon, je ne suis pas fan de Jack Lang, pour plein de raisons, mais il faut lui reconnaître une certaine réactivité et, avec ce livre, un coup de gueule assez pertinent et bienvenu. De façon assez subreptice, le gouvernement Sarkozy s'est offert l'an dernier une réforme de l'éducation bricolée pour satisfaire les parents sans débourser un centime. La suppression des cours du samedi était censée répondre à une revendication des parents (propriétaires de résidences secondaires, parents divorcés). Comme il est difficile de décréter que le mercredi matin remplacera le samedi matin (c'est catéchisme pour un certain nombre de jeunes), nous voilà donc à la semaine de quatre jours pour les enfants.

C'est le gros titre de Libération ce matin, pas mal de gens se rendent compte que cette réforme bricolée est néfaste : on supprime 2 heures hebdomadaires pour tous, pour les remplacer par deux heures de soutien pour quelques-uns, que Darcos laisse courageusement aux collectivités le soin d'organiser. Cela pose des tonnes de difficultés pratiques qui font que ce soutien risque de passer à la trappe dans nombre d'endroits. Et la semaine de quatre jours, pour ceux qui bénéficieront d'un soutien, va se traduire par des journées encore alourdies (dans bien des cas, la demi-heure quotidienne de soutien aura lieu pendant la cantine, ce qu'un chronobiologiste qualifie d'ineptie, dans le Libé de ce matin - cf. une interview du même sur la semaine de quatre jours, il y a déjà un an). J'ai lu que Darcos, à titre personnel, était favorable à la semaine de quatre jours et demi. Je dois dire que je me contrefiche de l'avis personnel d'un ministre en ce qui concerne son domaine de responsabilité. Si sa réforme mène à une semaine de quatre jours alors même qu'il sait que c'est néfaste, il ne fallait pas la faire. Si quelqu'un lui a refusé les moyens de l'imposer, qu'il démissionne. A mon sens, il n'est déjà plus très légitime à son poste, la suppression du samedi matin s'étant déroulée avec la plus grande désinvolture.

Et Jack Lang dans tout ça ? Et bien, il consacre un tiers de sa Lettre à Xavier Darcos à la réduction du temps de l'école. Et il ajoute encore des arguments contre la semaine de quatre jours, par exemple une étude de Delvolvé et Davila, qui montre que la mémorisation est moins bonne dans le cadre d'une semaine de quatre jours que dans tous les autres cas. Lang va plus loin et enfonce le clou sur des sujets qui sont importants. Il dénonce l'appauvrissement des programmes, en parallèle à celui des horaires. Avec un horaire amoindri, toutes les activités de réflexion/expression disparaissent, au profit de tâches qui relèvent plus du "par coeur" que de la compréhension. Et dans cet horaire réduit, le calcul décimal s'introduit en CM1/CM2, alors qu'il n'était auparavant abordé qu'en 6ème. Il faut lire en détail les arguments de Lang. N'étant pas spécialiste, je ne saurais précisément dire ce qu'ils valent, mais les quelques mérites que Lang reconnaît à Darcos me font penser que l'homme est certes suprêmement habile mais aussi sans doute sincère dans ses attaques (on ne peut s'empêcher de penser, en lisant ces pages, que Lang se verrait bien remplacer Darcos. Honni soit qui mal y pense). La comparaison entre le programme détaillé concernant la lecture mis en place en 2002 (27 pages), et le successeur version Darcos (une page, qui renvoie au manuel) est tout à la fois éloquente et affligeante.

Un dernier chapitre est consacré à la réduction des moyens. Les suppressions de postes ordonnées par la droite, mises bout à bout, représentent 60 000 emplois entre 2002 et 2008. Comme les besoins n'ont pas disparu, on ira chercher des vacataires ou on entrera en maternelle de plus en plus tard. On va aussi supprimer les IUFM, qui n'étaient certes pas parfaits. Mais quand on connaît la misère des facs, on voit mal comment elles pourront, en six mois, assurer une formation professionnelle aux nouveaux enseignants. La suppression de la carte scolaire est aussi une bassesse à porter au débit de Sarkozy/Darcos (là encore, Lang cite des études montrant les méfaits de ce rêve démagogique d'école à la carte).

Le livre de Lang est à lire, et on aimerait que d'autres plumes de gauche soient à la fois aussi incisives et précises, maîtrisant leur sujet. Pour finir, une critique cependant : toutes les réformes Darcos me semblent surtout marquées au sceau d'une réduction des dépenses publiques à la sauce Bercy. Je ne suis pas sûr que le ministre de l'éducation soit pour grand chose dans les coupes budgétaires qui conduisent à la suppression de postes, par exemple (pour la réduction des programmes, c'est sans doute moins clair). Lang résume ses critiques en dénonçant justement une paupérisation de l'école. Il oublie de rattacher cela à un mouvement de paupérisation de l'Etat. Et cela nous vient directement des politiques de l'Union européenne (vous savez, la règle absurde des 3%, qui est un tabou du débat politique). En oubliant ce point, et la gauche, et Lang, sont incohérents. Il faudra, vraiment, sortir de l'Union pour en finir avec ces politiques de régression sociale. Personne ne me convaincra du contraire.


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