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Quand les Beatles réclament du papier toilette : l’anecdote méconnue d’Abbey Road

Publié le 29 décembre 2024 par John Lenmac @yellowsubnet

Les studios d’Abbey Road, inaugurés en 1931 par le compositeur Edward Elgar, constituent depuis leur origine un emblème de grandeur musicale. Du légendaire The Bends de Radiohead au récent Sometimes I Might Be Introvert de Little Simz, ces lieux magiques ont vu défiler les enregistrements les plus audacieux, marqués par l’usage d’orchestrations expansives ou d’arrangements aussi subtils qu’extravagants. Si la notoriété planétaire des studios a largement été boostée par l’album Abbey Road des Beatles (1969), l’endroit résonne également de nombreuses anecdotes cocasses. Parmi elles, l’histoire d’un groupe de rock le plus célèbre au monde… qui se plaint du papier toilette.

Sommaire

Les Beatles et le studio : un refuge devenu seconde maison

Lorsque les Beatles franchissent les portes du studio 2, en février 1969, ils sont déjà la formation la plus fameuse de la planète. Épuisés par la frénésie de leurs tournées, qu’ils ont finalement cessées en 1966, ils font des studios leur nouvelle résidence artistique. Le travail soutenu entre ces murs aboutit à la réalisation de leur dernier album enregistré ensemble : Abbey Road (publié le 26 septembre 1969). Déjà habitués des lieux depuis des années, ils y donnent naissance à une œuvre ambitieuse, qui culmine avec la face B : seize minutes de musiques enchaînées, mélangeant huit chansons et fragments dans un pot-pourri expérimental. Cette sophistication deviendra le modèle d’une génération de musiciens désirant exploiter toutes les ressources du studio comme un laboratoire sonore.

On pourrait imaginer que, dans un tel sanctuaire dédié à la créativité, les excentricités des Beatles s’exprimeraient à travers des riders compliqués, détaillant par exemple des mets exotiques ou autres accessoires futiles. Sauf que la réalité se révèle plus terre à terre… ou plutôt plus « hygiénique ».

John Lennon en porte-parole pour… le papier toilette

Dans une anecdote rapportée par Ken Townsend — ingénieur du son et directeur des opérations techniques chez EMI à l’époque — on découvre les Fab Four sur un tout autre terrain de revendication : le confort au petit coin. Townsend se souvient qu’un jour, alors qu’il vient à peine d’être promu, il reçoit un appel de Mal Evans, le road manager des Beatles, l’informant que le groupe a une plainte très sérieuse. Vite dépêché au Studio 2, l’homme redoute le pire : un problème technique de grande ampleur, un incident avec les bandes, ou une panne de matériel précieux.

Face à Townsend, dans la salle de contrôle, se tiennent les quatre Beatles, le regard sans doute impassible. John Lennon prend la parole, brandissant un rouleau de papier toilette EMI. Il s’exclame :

« M. Townsend, nous avons une réclamation très grave : le papier toilette dans cet endroit est trop dur et trop brillant, et on ne peut pas s’essuyer avec. De plus, il porte l’estampille EMI Limited sur chaque feuille. Si vous ne changez pas ça, nous irons voir le président. »

Sur le coup, Townsend est décontenancé. Son esprit technique l’a préparé à toutes sortes d’exigences liées à l’enregistrement (reverb, branchements, micros particuliers), pas à cette requête incongrue. Et comme Lennon menace de remonter l’information au président, Townsend comprend que les Beatles ne plaisantent pas. Derrière la gravité feinte, l’humour pince-sans-rire de Lennon et de ses acolytes se fait sentir. Townsend n’hésite pas : il fait immédiatement remplacer ce fameux papier toilette « d’entreprise » — trop dur, trop brillant. Et il déclare plus tard, avec amusement, qu’en fin de compte, les Beatles ont rendu service aux futurs visiteurs du studio.

Des icônes intouchables… mais toujours de grands enfants

Au-delà de la légèreté de l’histoire, l’anecdote illustre parfaitement la dynamique singulière qui régnait entre les Beatles et Abbey Road. Malgré leur statut de « superstars » intouchables à la fin des années 1960, ils demeurent, en privé, ces mêmes garçons espiègles qu’ils étaient aux débuts du groupe dans les années 1960. Cette facétie autour d’un sujet aussi trivial que le confort aux toilettes montre que, si le mythe des Beatles est immense, ils n’ont jamais perdu une certaine spontanéité ni leur humour légendaire.

Connu comme étant la maison musicale du groupe, Abbey Road est alors un lieu où ils passent de longues heures, voire des nuits entières, à peaufiner leurs morceaux. À force de temps et de travail, il est normal qu’ils réclament quelques aménagements pratiques, allant bien au-delà des légendaires pianos, orgues, et autres instruments de toutes tailles mentionnés par Paul McCartney. Finalement, cette insistance pour un papier toilette plus agréable à utiliser rappelle que le glamour du rock peut être contredit par des détails plutôt terre à terre.

Un héritage d’expérimentation et de légèreté

Ainsi, tandis que Abbey Road se distingue comme l’un des plus grands albums de l’histoire du rock, synthèse de la maturité artistique du quatuor, le souvenir de cette exigence autour du papier toilette résonne comme un clin d’œil à leur humour juvénile. John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr ont beau être des légendes musicales, ils ne cessent jamais d’être de grands farceurs, prompts à souligner les petits travers de la vie de studio.

Le résultat artistique n’en demeure pas moins grandiose. Entre la production avant-gardiste, le medley ambitieux de la face B et la beauté mélodique de morceaux tels que « Something » ou « Here Comes the Sun », les Beatles prouvent qu’un studio équipé du meilleur matériel et un collectif poussé par la créativité sont le terreau idéal pour des chefs-d’œuvre. Mais on aurait tort de croire qu’ils naviguaient dans un univers perpétuellement luxueux et éthéré : à l’image de l’histoire rapportée par Ken Townsend, leur quotidien était parfois fait de revendications aussi prosaïques que drôles.

En somme, cette anecdote emblématique rappelle que derrière la grande machinerie rock et la gloire internationale, demeurent toujours des hommes, avec leur part de fantaisie, de besoin de confort et de plaisanteries entre copains. Et c’est aussi ce qui fait la force de l’album Abbey Road : ce mélange d’innovation magistrale et de ludisme fondamental, qui, ensemble, forgent l’identité incomparable des Beatles.

Cet article répond aux questions suivantes :

  • Quelles sont les origines des studios d’Abbey Road ?
  • Pourquoi les Beatles se sont-ils installés dans ces studios en 1969 ?
  • Quelle est l’anecdote liée au papier toilette dans les studios ?
  • Comment l’humour des Beatles se reflète-t-il dans cette histoire ?
  • Quels sont les éléments qui font d’Abbey Road un album emblématique ?

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