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George Harrison : L’influence cachée derrière les succès des Beatles

Publié le 02 janvier 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Dès les débuts des Beatles, l’écriture et la renommée du groupe se sont largement focalisées sur le tandem formé par John Lennon et Paul McCartney. Bien que George Harrison ait amené des classiques incontestables tels que « Something » ou « While My Guitar Gently Weeps », il est longtemps demeuré dans l’ombre de ses deux camarades, dont la dynamique d’écriture semblait monopoliser l’attention. Avec le recul, de nombreux indices et témoignages suggèrent néanmoins que Harrison aurait pu contribuer à davantage de morceaux que ne l’indiquent les crédits officiels.

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Des allusions à une participation de Harrison sur des titres majeurs

Les questions autour de la coécriture ont émergé d’une interview réalisée en 1987 dans le cadre de la série télévisée W. 57th Street, où George Harrison laisse entendre qu’il aurait participé aux paroles de quelques chansons, sans être crédité. Il cite ainsi « Come Together » ou « Eleanor Rigby » comme exemples possibles, tout en reconnaissant qu’il ne s’en formalisait pas outre mesure. Il explique qu’il ne voulait pas énumérer ses interventions, préférant laisser l’histoire se charger d’apporter un éclairage, même s’il dit également qu’il aurait pu « en avoir plus à leur reprocher ».

Les échanges entre membres des Beatles semblent confirmer que George était régulièrement impliqué, parfois dans l’écriture de certaines phrases clés. Dans le documentaire Get Back de Peter Jackson, il est montré que chacun pouvait apporter idées ou couplets, même si Lennon et McCartney restaient les principaux piliers du répertoire. McCartney, dans des déclarations plus tardives, souligne qu’à partir d’une certaine période, Harrison commençait à écrire des chansons de la même qualité que celles de Lennon/McCartney.

L’exemple de « Eleanor Rigby » et d’autres collaborations incertaines

La question de la coécriture de « Eleanor Rigby » s’illustre parmi les débats les plus notables. Des sources rapportent que Lennon aurait affirmé n’avoir que peu contribué au texte, tandis que McCartney se souvient d’un partenariat 80/20. Certains indices laissent entendre que Harrison aurait pu inspirer l’une ou deux lignes, ou qu’il assistait au moment décisif où l’idée de la phrase « look at all the lonely people » a émergé. Toutefois, la documentation et les témoignages demeurent trop flous pour établir formellement le rôle de Harrison.

De même, la chanson « She Said She Said » sur Revolver a été officiellement décrite par Harrison lui-même comme une collaboration musicale entre Lennon et lui, en vue de transformer des bribes en un morceau cohérent. Dans ce cas précis, il est clair que Harrison a joué un rôle plus actif en tant que cosignataire potentiel, même si les crédits finaux restent attribués à Lennon/McCartney. Cette situation illustre bien la marge d’incertitude entourant le degré de participation de chaque Beatle dans les chansons de l’époque.

L’éveil tardif de la reconnaissance pour Harrison

Malgré ces cas de coécriture éventuelle, la reconnaissance formelle de Harrison a longtemps tardé au sein des Beatles. Il devait souvent se contenter d’une ou deux chansons par album, et le partenariat Lennon/McCartney formait une entité quasi intouchable. Cette dynamique a fini par susciter des tensions, aboutissant notamment au bref départ de George en janvier 1969, lorsqu’il se sentait sous-estimé. Paul McCartney a plus tard reconnu, dans des déclarations publiques, que les chansons de Harrison étaient devenues aussi bonnes que les leurs, au point qu’il fallait leur faire plus de place.

Le temps a ensuite donné raison aux observations sur la montée en puissance de Harrison : « Something » est saluée comme l’une des plus belles chansons d’amour jamais écrites, et Frank Sinatra l’a qualifiée de « plus belle chanson d’amour des 50 à 100 dernières années ». Bien après la séparation du groupe, Harrison a commencé à briller dans une carrière solo, dès All Things Must Pass (1970), se libérant du carcan Beatles pour affirmer pleinement son identité artistique.

Des paroles indicibles et le respect mutuel dans la discographie

Les crédits complexes de l’ère Beatles révèlent la subtilité des interactions créatives. Les membres du groupe reconnaissent eux-mêmes que certaines idées ou contributions pouvaient surgir spontanément en studio, rendant difficile une attribution précise. Les discussions autour de « Come Together » et d’autres morceaux témoignent de cette zone grise : George Harrison n’a jamais fait valoir de revendication explicite, préférant regarder en avant. Pour lui, la finalité était la musique produite, plutôt que le pourcentage exact de participation.

John Lennon lui-même, dans certaines interviews, a fait des déclarations contradictoires sur l’ampleur de l’aide de McCartney ou d’Harrison sur différentes chansons. Il reprochait parfois à l’un ou à l’autre un manque de reconnaissance, tout en admettant que l’intervention de George à certains moments était précieuse. Les mêmes contradictions se retrouvent chez McCartney, qui décrit parfois un Lennon omniprésent, parfois mentionne des séances d’écriture isolées. Au milieu de ces échanges, Harrison, plus discret, a laissé entrevoir qu’il avait participé à quelques lignes par-ci, par-là, sans forcément recevoir de crédit officiel.

L’héritage laissé par George Harrison et l’émancipation post-Beatles

La carrière solo de George Harrison et ses succès critiques et commerciaux (en particulier All Things Must Pass) sont venus prouver sa grande aptitude à porter seul un projet musical d’envergure. S’il a pu se sentir sous-estimé au sein des Beatles, la reconnaissance publique de ses talents, tout comme l’hommage répété de ses anciens partenaires, réaffirment qu’il a joué un rôle bien plus important que l’étiquette standard de « troisième Beatle ».

En définitive, il demeure difficile de déterminer la contribution exacte de Harrison à l’ensemble du répertoire des Beatles. Les témoignages fragmentaires, les souvenirs contradictoires et l’esprit souvent informel dans lequel les chansons prenaient forme rendent impossible une répartition précise. Ce qui est sûr, c’est que George Harrison a manifestement aidé à façonner plus de chansons que les crédits officiels ne le laissent paraître, sans pour autant provoquer de disputes majeures ou de rancunes déclarées — même si, à la longue, le besoin de Harrison d’exister en tant que compositeur à part entière a nourri son désir d’émancipation. Ainsi, le riche héritage musical des Beatles réside non seulement dans l’incomparable alchimie Lennon/McCartney, mais aussi dans l’apport subtil, parfois invisible, de George Harrison, cette force tranquille qui émergea finalement en tant qu’auteur-compositeur de premier plan.


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