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Le jour où George Harrison a transformé le destin de Crosby, Stills & Nash

Publié le 03 janvier 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Dans la seconde moitié des années 1960, George Harrison et David Crosby émergent chacun de leur côté comme des figures majeures qui façonnent l’évolution de la musique. Harrison, en tant que guitariste des Beatles, et Crosby, d’abord au sein des Byrds puis chez Crosby, Stills & Nash, partagent un statut de pionniers culturels marquant cette période révolutionnaire. Malgré ce socle d’admiration mutuelle, l’un des moments décisifs de la carrière de Crosby naît paradoxalement du refus essuyé auprès de George Harrison et du label Apple Records.

Lorsque Crosby, Stills & Nash s’apprêtent à enregistrer leur premier album en 1969, ils se rendent à Londres, dans l’espoir de signer avec Apple Records. À l’époque, la simple mention des Beatles – figures tutélaires de l’industrie musicale – suscite un intérêt quasi automatique. Pourtant, loin de l’accueil qu’ils espéraient, le projet est rejeté par George Harrison. Ce refus surprend d’autant plus David Crosby qu’il voue une admiration profonde aux Beatles. Avec la parution d’A Hard Day’s Night, le musicien californien se découvre une nouvelle perspective : en assistant à la projection du film, il perçoit la force créatrice du groupe et se sent stimulé à aller plus loin dans ses propres expérimentations, que ce soit avec les Byrds ou dans ses projets futurs.

Dès lors, Harrison se trouve pour Crosby à la fois héros et figure d’autorité : guitariste d’exception, le Beatle est un modèle pour un Crosby qui n’a jamais caché son sentiment d’avoir affaire à un musicien inégalable. L’amitié qu’ils tissent n’empêche pas Harrison d’écouter, puis de refuser l’album que leur propose ce nouveau groupe au son audacieux. Crosby se confiera bien plus tard sur l’amertume ressentie : « Nous avons chanté tout le premier disque, en direct, à Londres, pour George et Peter Asher… et Apple a refusé un disque numéro un… Ah, eh bien, tout le monde fait des erreurs… parions qu’ils s’en sont voulu plus tard. »

Ce rejet n’est pas le seul : Paul Simon et Art Garfunkel déclinent aussi l’album de Crosby, Stills & Nash. Au même moment, George Harrison s’est déjà forgé une réputation de musicien exigeant et de compositeur capable de discernement. Il voit dans la proposition de CSN un projet auquel il ne souhaite pas offrir la caution du label Apple. Pour Crosby, ce refus est difficile à digérer, d’autant plus qu’il est prononcé par l’un de ses plus grands modèles dans la pop music.

Mais en fin de compte, ce faux départ et la déception qui en découle vont se révéler bénéfiques. Après le refus de Harrison, Crosby, Stills & Nash signent rapidement avec Atlantic Records, dont le dirigeant, Ahmet Ertegun, les reçoit à bras ouverts. Loin de limiter leur potentiel, cette nouvelle collaboration stimule la liberté créative du trio et leur ouvre un champ d’exploration considérable. Leur premier album éponyme, sorti la même année, devient un classique incontournable et se hisse en tête des ventes.

Le refus de George Harrison et d’Apple Records, vécu sur le moment comme une gifle, agit comme catalyseur pour Crosby, Stills & Nash : l’album triomphe grâce à un label plus adapté à leur style, pendant qu’Harrison poursuit son parcours phénoménal au sein des Beatles. Si l’on réévalue ce passage avec le recul, il est clair que l’indépendance conquise par Crosby, Stills & Nash chez Atlantic leur a permis de devenir une force innovante du folk-rock. Le rejet devient alors ce geste fondateur qui aura propulsé le groupe vers une créativité inlassable et un succès durable.

Ainsi, au-delà de la déception initiale, l’épisode illustre à merveille la complexité du monde musical de la fin des années 1960 : dans ce paysage en ébullition, un acte négatif – fût-il commis par une idole telle que George Harrison – peut devenir l’étincelle nécessaire pour faire naître un tournant déterminant dans la carrière d’artistes comme David Crosby. Un rejet, parfois, ne fait que précipiter l’avènement d’une réussite qui n’attendait qu’à s’exprimer.


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