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John Lennon et le « Lost Weekend » : secrets, excès et la chanson qui a tout changé

Publié le 07 janvier 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Au milieu des années 1970, John Lennon traverse l’une des périodes les plus tumultueuses de sa vie : un étrange intermède, plus connu sous le nom de « Lost Weekend ». Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, ce « week-end perdu » s’étire sur près de 18 mois. Quelque part entre la fuite éthylique éperdue et la retraite spirituelle bancale, la légende décrit Lennon se plongeant dans l’alcool, les frasques, l’expérimentation musicale et des relations sentimentales hors du commun. Mais cette phase, volontiers associée à l’image d’un Lennon désorienté et volage, dévoile aussi un versant plus sentimental, dominé par une chanson tout à fait singulière : « Reminiscing », du Little River Band. Voici le récit d’un épisode méconnu, dans lequel se mêlent inconduites joyeuses et prises de conscience discrètes, au cœur de la vie d’un artiste en pleine mutation.

Sommaire

  • Le Lost Weekend : entre excès et introspection
  • Les compagnons de route : fête, amitiés et colère enfouie
    • Harry Nilsson, l’alter ego festif
    • L’étrange équilibre
  • Bande-son d’un chaos : le rock moelleux et la soul suave
    • Le DJ Lennon : un passionné de soul
    • Une exploration apaisée
  • L’épilogue : une chanson inattendue pour sceller leur histoire
    • Un retour à la tendresse
    • Le symbole d’un paradoxe
    • Un testament d’instabilité… et de sincérité
  • Cet article répond aux questions suivantes :

Le Lost Weekend : entre excès et introspection

Un plongeon dans l’inconnu

En 1973, alors que son mariage avec Yoko Ono bat de l’aile, John Lennon entame un séjour prolongé sur la côte ouest des États-Unis. Il se retrouve à Los Angeles, s’entoure de compagnons de beuverie tels que Harry Nilsson et sillonne les bars californiens. Cette dérive alcoolisée, parfois irresponsable, ressemble à un long break : Lennon fuit le stress, l’attention médiatique et même, en partie, l’ombre envahissante de son passé avec les Beatles. Pendant cette parenthèse, il se livre à des batailles d’ego, à des altercations mémorables et à une exploration musicale désordonnée.

Le rôle inattendu de Yoko Ono

Ce qui surprend quand on s’intéresse aux détails du Lost Weekend, c’est le rôle joué par Yoko Ono elle-même. Dans son livre Loving John, May Pang — jeune assistante de Lennon et future compagne de ses errances — soutient que c’est Ono qui l’a encouragée à se rapprocher de John, comme pour maîtriser et canaliser une infidélité potentielle. Selon le récit de Pang, Ono aurait dit : « Je préfère qu’il sorte avec toi plutôt qu’avec quelqu’un d’autre qui pourrait lui faire du mal », orchestrant ainsi à demi-mot la liaison la plus décriée de la vie de Lennon. Cette complicité assumée révèle la complexité d’un couple hors normes, où Yoko, loin de subir le départ de John, participe à l’écrire.

Les compagnons de route : fête, amitiés et colère enfouie

Harry Nilsson, l’alter ego festif

Durant cette période, Harry Nilsson, célèbre pour ses succès pop comme « Without You », se révèle un ami de beuverie et un confident déluré. Ensemble, ils écument les soirées et se lancent dans des éclats alcoolisés qui ponctuent la rumeur. Mais sous cet étendard festif, Lennon demeure un artiste profondément introspectif, entre plaisir momentané et besoin d’échapper à une réalité pesante. Il navigue entre un comportement tapageur et une sensibilité à vif qui se manifeste parfois lors de crises de mélancolie.

L’étrange équilibre

Si la presse parle de cette période comme d’un abandon effréné, May Pang décrit un homme divisé : certes, Lennon se laisse aller aux plaisirs de la nuit, mais il garde un sens aigu de la discrétion lorsqu’il s’agit d’aborder ses véritables combats intérieurs. Il préfère fuir la confrontation avec des déclarations tapageuses et se réfugie dans un cercle de proches, où ses frasques passent pour des anecdotes savoureuses. Un défi herculéen, quand on est l’un des hommes les plus célèbres au monde.

Bande-son d’un chaos : le rock moelleux et la soul suave

Le DJ Lennon : un passionné de soul

« Ce qui était génial entre John et moi, c’est que nous pouvions nous asseoir et parler de musique », raconte May Pang. Pendant le Lost Weekend, Lennon se muait régulièrement en DJ, passant des disques de soul de Carla Thomas, Ann Peebles ou encore Billy Swan. Cet amour pour la scène soul et le rock plus calme était un contrepoint à la tension nerveuse et au délire alcoolisé de ses soirées. Loin des cris stridents de la Beatlemania, Lennon bascule dans une esthétique musicale plus chaude et moelleuse, se jouant des codes pop au bénéfice d’une ambiance sereine.

Une exploration apaisée

Même si Lennon avait un jour assené « le rock, c’est la rage et la rébellion », cette parenthèse reflète un attrait pour la douceur. Selon Pang, il était parfaitement capable de s’enthousiasmer pour un simple morceau de country soul, de le faire tourner en boucle et d’apprécier la chaleur d’une boucle d’orgue ou la voix puissante d’une chanteuse r’n’b. Une forme de méditation sonore au milieu du tumulte, qui éclaire son héritage : même dans ses dérives, Lennon cultivait un sens aigu de la beauté et de la musicalité.

L’épilogue : une chanson inattendue pour sceller leur histoire

Un retour à la tendresse

Si le Lost Weekend est généralement situé entre 1973 et 1975, ce n’est qu’en 1978 que Lennon et Pang adoptent « Reminiscing » du Little River Band comme « leur chanson ». Étonnamment, alors que ce morceau est sorti plus tard, il résonnait déjà comme l’hymne officieux de leur périple chaotique. Balade pop aux tonalités faciles, « Reminiscing » n’appartient pas au génie avant-gardiste habituel de Lennon. Pourtant, il a séduit le musicien au point de le faire taire Blondie ou les B-52’s pour que la berceuse australienne prenne le relais.

Le symbole d’un paradoxe

« Reminiscing » affiche une ligne mélodique douce, des paroles sentimentales. Difficile de croire qu’elle devienne le témoin sonore d’une période de beuveries et d’incertitudes. Mais c’est peut-être là le reflet de la dualité de Lennon : faire la fête frénétiquement tout en conservant en lui un foyer d’émotion tranquille. Pour May Pang, leur histoire mouvementée reste liée à ce morceau facile d’écoute, sans grandeur apparente, mais capable de rassurer l’esprit tourmenté de Lennon. Selon Graeham Goble, membre du Little River Band, l’idée que la berceuse ait pu plaire à Lennon reste « assez incroyable » et résume la nature contradictoire du génie derrière « Imagine » : un artiste auquel il arrivait de briser des guitares, mais qui s’apaisait avec une ballade sucrée.

Un testament d’instabilité… et de sincérité

Le Lost Weekend de John Lennon apparaît comme une énigme : on y voit un homme plongé dans la nuit, multipliant les excès, mais aussi un compositeur cherchant la tranquillité dans des chansons soul, des morceaux country décalés et, en fin de course, une ballade pop comme « Reminiscing ». On y discerne l’influence trouble de Yoko Ono, la complicité non moins ambiguë de May Pang et la place inhabituelle de Harry Nilsson comme compagnon de virée.

C’est à la fois la fuite la plus bruyante et la plus muette de Lennon : mise à l’écart de la presse, soirées étourdissantes, colères sporadiques. Au bout de ce détour trouble, l’ancien Beatle entame une réconciliation personnelle, à la fois avec Yoko et avec lui-même. Cette période révèle une vérité : Lennon demeurait un ensemble de contradictions, un être capable d’épouser le chaos tout en cultivant une soif inextinguible de douceur musicale. Enfin, « Reminiscing » scelle un paradoxe encore plus grand : celui d’un homme révolutionnaire, avide de folie, choisissant comme souvenir un titre éminemment calme et léger — ultime pied de nez à la logique et symbole touchant de son irréductible humanité.

Cet article répond aux questions suivantes :

  • Qu’est-ce que le « Lost Weekend » de John Lennon ?
  • Quel rôle Yoko Ono a-t-elle joué durant cette période ?
  • Qui étaient les compagnons de fête de John Lennon pendant le Lost Weekend ?
  • Quelle musique influençait John Lennon durant cette période ?
  • Pourquoi la chanson « Reminiscing » est-elle importante dans cette histoire ?

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