Lorsque John Lennon écrit « Beautiful Boy (Darling Boy) » pour son plus jeune fils, Sean Ono Lennon, il est à un tournant de sa vie. Après la folie des années Beatles, puis une première tentative de vie de famille pendant la Beatlemania, Lennon s’est offert une parenthèse plus calme, plus domestique, qu’il partage désormais avec Yoko Ono et leur fils de cinq ans. Sur Double Fantasy (1980), son dernier album publié de son vivant, cette chanson cristallise la joie retrouvée d’un père déterminé à ne plus reproduire les erreurs du passé.
Sommaire
- Un nouveau départ pour John Lennon, père de deux fils
- Genèse de « Beautiful Boy (Darling Boy) »
- L’esprit de Double Fantasy : une nouvelle vie familiale
- Une phrase inoubliable : « Life is what happens to you while you’re busy making other plans »
- Un héritage qui perdure
Un nouveau départ pour John Lennon, père de deux fils
John Lennon a deux enfants nés à plus de dix ans d’intervalle : Julian, né en 1963 de son premier mariage avec Cynthia, et Sean, né en 1975 de son union avec Yoko Ono.
- Julian : L’année de sa naissance coïncide avec l’explosion de la Beatlemania. Complètement absorbé par son succès, John Lennon n’accorde pas à son fils la présence qu’il aurait souhaité.
- Sean : Né en 1975, ce second enfant intervient à une période où Lennon se retire temporairement de la scène musicale. Il veut se consacrer à sa vie de famille et être un père différent de celui qu’il a pu être pour Julian.
À la fin des années 1970, lorsqu’il revient dans les studios d’enregistrement, Lennon est plus disponible et cherche à faire de son foyer son havre de paix. Il s’installe avec Yoko dans une routine plus tranquille et s’occupe activement de Sean. C’est dans ce contexte qu’émerge la chanson « Beautiful Boy (Darling Boy) », un véritable hymne à la paternité.
Genèse de « Beautiful Boy (Darling Boy) »
Lennon entame l’écriture de « Beautiful Boy (Darling Boy) » environ un an avant la sortie de Double Fantasy. Très tôt, il enregistre une première démo, dans laquelle il improvise mélodie et paroles. On retrouve déjà le message central de la chanson : protéger son fils, l’accompagner dans les épreuves simples du quotidien, comme traverser la rue, et lui transmettre de la confiance.
Au moment d’entrer en studio pour finaliser Double Fantasy, Lennon garde à l’esprit l’idée directrice : tout faire pour que Sean ressente son amour et sa présence. Il place d’ailleurs une photo de son fils entre les haut-parleurs du studio, afin de ne jamais perdre de vue la raison d’être de cette chanson (et, plus largement, de sa démarche). Il l’avouera lui-même :
« J’étais coupable tout au long du tournage de Double Fantasy. On avait sa photo accrochée dans le studio parce que je ne voulais pas perdre le contact avec ce que j’avais. Nous avions la photo là-haut en permanence, entre les haut-parleurs. »
Ainsi, « Beautiful Boy (Darling Boy) » ne se réduit pas à un simple morceau dédié à l’enfance ou à la paternité : c’est avant tout la réconciliation de Lennon avec sa propre responsabilité de père, après des années d’absence et de tournées.
L’esprit de Double Fantasy : une nouvelle vie familiale
Double Fantasy marque le retour de Lennon après cinq ans loin de l’industrie musicale. Plus mûr, il souhaite y célébrer la vie de famille qu’il partage maintenant avec Yoko et Sean. Plusieurs chansons de l’album – dont « Woman » ou « (Just Like) Starting Over » – illustrent le bonheur conjugal qu’il retrouve ; « Beautiful Boy (Darling Boy) » est, de son côté, le manifeste de son amour pour son fils.
Yoko Ono et John Lennon avaient déjà chacun un enfant (Kyoko, pour Yoko ; Julian, pour John). Mais ils ressentent le besoin de vivre ensemble l’expérience d’une parentalité plus « normale », sans l’étouffante pression qu’ils ont pu connaître antérieurement.
« Nous voulions tous les deux être parents pour la première fois. Même si nous avons tous les deux eu des enfants dans des incarnations précédentes, nous étions tellement occupés par nous-mêmes, » explique Lennon en 1980.
En conséquence, Lennon prend le temps de nourrir, d’éveiller et de protéger Sean, désirant offrir à ce fils ce qu’il n’avait pas pu donner à Julian : l’attention, la tendresse et la disponibilité.
Une phrase inoubliable : « Life is what happens to you while you’re busy making other plans »
La chanson est traversée par une citation devenue l’une des plus connues de Lennon :
« Life is what happens to you while you’re busy making other plans. »
Cette ligne, incluse dans les paroles, résonne comme un écho à toute son histoire. Les Beatles, puis l’activisme politique, la vie à New York, les années de retraite consacrées à Sean… Lennon confirme ici qu’on peut faire des projets de carrière, imaginer sa vie, mais que c’est souvent quand on ne s’y attend pas que surviennent les bouleversements majeurs.
Ce vers marquant a séduit Paul McCartney et Yoko Ono, qui l’ont tous deux cité lors de leur participation respective à l’émission Desert Island Discs de la BBC. McCartney, deux ans après la mort de Lennon, s’émeut de « Beautiful Boy (Darling Boy) », la décrivant comme « une très belle chanson » et « très émouvante ».
Un héritage qui perdure
Malheureusement, John Lennon n’aura pas le temps de vivre pleinement la promesse de cette chanson : il est assassiné le 8 décembre 1980, trois semaines après la sortie de Double Fantasy. Dès lors, « Beautiful Boy (Darling Boy) » devient un témoignage poignant d’un père voulant transmettre au plus jeune de ses fils l’assurance de son amour et de sa protection, quels que soient les aléas de la vie.
Aujourd’hui, la chanson demeure l’un des sommets de la discographie post-Beatles de Lennon. Elle est une touchante déclaration de paternité, symbolisant le tournant pris par l’ancien Beatle dans les dernières années de sa vie, lorsqu’il choisit de s’éloigner de la frénésie médiatique pour se consacrer à l’intimité familiale. Les fans, comme la famille Lennon, la conservent comme une précieuse lettre d’amour à l’enfant qu’il ne verra pas grandir.
En définitive, Beautiful Boy (Darling Boy) incarne la quintessence de cette facette apaisée, presque sereine, de John Lennon, père aimant et artiste au cœur tendre. Et si, dans l’imaginaire collectif, il reste le révolutionnaire musical, le militant pour la paix, cette chanson nous rappelle surtout qu’il était, malgré tout, un homme, avec ses regrets, ses espoirs et ses inébranlables élans d’amour pour son fils.
Soyez donc ému comme McCartney l’a été en écoutant ” Beautiful Boy (Darling Boy) ” ci-dessous.
