C'était du tir groupé. Un cours de maître de l'histoire des humains à la peau noire aux États-Unis. Un fuck you au président. «They Not Like Us" a chanté Kendrick Lamar. Que je ne connaissais que de nom. Je me dis toujours que si c'est vraiment bon, ça se rendra à mes oreilles et me captera mon attention. Mais Jamais Lamar ne s'était rendu à mes oreilles.
Je ne suis pas d'emblée grand fan de rap ou de hip hop. Enfin, de plus en plus. Quand j'ai écouté le spectacle de la mi-temps, au dernier Super Bowl, en Nouvelle-Orléans, mettant en vedette Lamar & Sza, je m'y suis ennuyé sur le rythme, mais très certainement pas sur le contenu.
Qui a, tout comme la brillante cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris, échappé à la plupart. Et qui était à la fois d'une grande intelligence et très très axé au la tourmente politique actuelle, Nord-Américaine.

La performance de Lamar n'était pas que de chanter de rapper, c'était de présenter en couches lyriques subtiles une histoire subversive qui allait au delà de la musique, en nous enseignant la pensée critique, pas simplement la pensée consommée/consumée/consommable.

Le pouvoir du sous-texte : Nous sommes tous conditionnés aux pensées pré-mâchées par d'autres. Les plus puissants messages se trouvent souvent dans le sous-texte. Sa performance n'était pas une manifestation ferme et poing levé. Mais elle avait une réelle portée. Il nous apprenait à lire entre les lignes et à trouver du sens pas seulement dans ce qu'il y a de visible.
L'intelligence émotive doit surpasser l'indignation et la rage: Notre monde accéléré compte beaucoup sur la réponse impulsive. L'art et le talent de Lamar se consomment comme un livre. Lentement et petit à petit. Il ne crie aucunement ses messages. Il les verbalisent. Il a gagné un prix Pultizer pour ses textes. Oui, oui, UN PRIX PULITZER. Il livre des couches de vérités qui nous pénètrent davantage, plus elles sont précises. Ne réagissons jamais trop impulsivement. Nourrissons nous d'informations et de communications. Analysons plus profondément les motivations derrière les mots, les actes, les gestes.

Questionnons ce qui nous est présenté: Si quelque chose nous est présentée comme une vérité, Lamar nous demande, "la vérité de qui ?". Son travail défit les trames narratives dominantes. Nous forçant à regarder plus loin que les sources majeures d'informations. Soyons sceptiques de la première information nous posant la question, "à qui sert une telle présentation de cette dite vérité?"

Les meilleurs penseurs laissent de l'espace à l'interprétation: La plupart d'entre nous veulent des réponses propres mais Kendrick est ambiguïté. Son oeuvre invite à se questionner. Et à discuter. Ce que les gens font depuis sa performance de dimanche dernier. C'est très réussi. Si vous chercher "la bonne réponse" vous ne cherchez pas de la bonne manière. Les grands penseurs grappinent, questionnent, sont à l'aise avec l'inconfort.


Finalement, La culture ne bouge que si elle prend des risques: comme les affaires, l'amour, les amitiés, le travail, le sport, les sociétés. Sans risque, il ne se passe rien. Les choix rassurants ne font pas l'histoire. Kendrick a performé devant une foule de MAGA. Avec son grand représentant sur place, le triste président. Qui très vite à dit ce qu'il avait prédit : "Trop noir". Il se sont tous mis à crier l'acronyme dont je vous parlais hier. "DEI ! DEI!". Diverstié, Équité, Inclusion. Comme si c'était un grave défaut.


Sam Jackson en Oncle Sam est un rappel que les États-Unis ont été bâti par l'immigration et par l'esclavage. "Mr Lamar? Too ghetto! Do you know how to play the game ?" dira-t-il à l'artiste. Il ne parle pas football, il parle États-Unis. Lamar rapplique avec 40 acres et une mule. Autre rappel à l'esclavage. Qu'il pense désormais plus important que la musique dans les têtes de certains.

Plus de bleus
La scène rappelait le logis de trop d'humains à la peau noire: la prison. Les chorégraphies ont montré la division au détriment de l'unification. Lamar se place au milieu des couleurs qui forment le drapeau. Dans la chorégraphie, blancs et rouges circulent pendant un temps, en rond, sans les bleus, disparus. Le niveau d'imagerie ici est clair et net. Blancs caucasiens, rouges républicains, bleus démocrates. Divisés.La présence de Serena Williams sur scène, une fille de Compton, en Californie, d'où est aussi issu Lamar est un signe d'unité. Elle a aussi recréé la danse qu'elle avait faite quand elle avait été couronnée championne du tournoi de Wimbledon, en 2012. Héritage partagé, Compton, succès partagés, Lamar a 22 Grammys, Serena a 23 titres du Grand Chelem. Ils sont immenses dans leurs domaines respectifs.
Ce que Sam Jackson en oncle Sam appelle "la game" ce sont les États-Unis.
Et les États-Unis actuellement présentés, sont si horrifiants, Lamar terminent sur "Game over".
Un drapeau en soutien au Soudan et à Gaza a été brandi sur la scène et l'artiste qui l'a brandi a été arrêté et questionné avant d'être libéré. À Lincoln Park, on brandissait des drapeaux à la croix gammée Nazie, il n'y eu aucune arrestation. Pas de crime selon les autorités. Devinez qui étaient les blancs et qui étaient les noirs ? Ce sont les États-Unis de nos jours.

La révolution ne fait que naître.
Si vous étiez confus du spectacle de la mi-temps, renseignez vous.
De plusieurs sources. On a encore ce luxe.
Au travail, hier, c'est Kendrick Lamar et Sza que j'ai laissé mes oreilles découvrir dans ce mois de l'histoire des humains à la peau noire.
La présidence de Trump fera naître des milliers de nations de résistants et de bagarreurs. Le Canada ne sera jamais son Ukraine.
De toute manière l'Ukraine vaincra le sale Putin. Mais chaque fois que le clown d'en bas dit le mot Canada, une alvéole de son coeur se brûle. Continue, vieux tabarnak.
Lamar Kendrick a été le plus punk des rappeurs.
