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« I’ll Get You » : Une face B aux accents singuliers de The Beatles

Publié le 11 février 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 23 août 1963 au Royaume-Uni, puis le 16 septembre de la même année aux États-Unis, un single allait marquer l’histoire du rock : She Loves You. Porté par une énergie contagieuse et ses fameux « yeah yeah yeah », ce titre devint l’un des plus emblématiques de la première période des Beatles. Pourtant, sur la face B, une autre chanson dévoilait une facette plus subtile du tandem Lennon-McCartney : I’ll Get You.

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Un titre à l’origine d’une succession de tubes

I’ll Get You était initialement prévue comme la suite de From Me to You, autre succès des Fab Four. Loin d’être simplement une composition de seconde zone, cette chanson illustre le soin que Lennon et McCartney apportaient à leurs morceaux, qu’ils soient destinés à une face A ou B.

D’après John Lennon, I’ll Get You était une tentative d’écriture qui n’avait pas entièrement abouti. Dans une interview accordée à David Sheff, il expliquait : « C’était Paul et moi qui essayions d’écrire une chanson, mais ça n’a pas vraiment fonctionné. » Pourtant, si Lennon minimisait son importance, McCartney gardait une affection particulière pour ce morceau, le reconnaissant comme l’un de ses favoris parmi les premières compositions des Beatles.

Une écriture marquée par l’influence de Lewis Carroll

Composée dans la maison de la tante Mimi, sur Menlove Avenue à Liverpool, I’ll Get You révèle une approche narrative qui trahit les influences littéraires de ses auteurs. Paul McCartney a souvent souligné l’importance de l’imaginaire et de la narration dans leur processus de composition, rappelant que John et lui étaient fascinés par l’univers de Lewis Carroll. Ce goût pour les images poétiques et oniriques se retrouve notamment dans l’introduction de Lucy in the Sky with Diamonds (« Picture yourself…»), ainsi que dans l’utilisation du verbe imagine dans I’ll Get You, préfigurant déjà le classique Imagine de John Lennon.

Un jeu harmonique inspiré de Joan Baez

Musicalement, I’ll Get You se distingue par une progression d’accords inhabituelle, en particulier sur la phrase « It’s not easy to pretend… ». McCartney avoua plus tard s’être inspiré d’une chanson folk intitulée All My Trials, présente sur un album de Joan Baez. Le passage harmonique D vers A mineur, au lieu du classique D vers A majeur, confère à la chanson une touche singulière, voire mélancolique, tranchant avec la tonalité habituellement joyeuse des Beatles de cette époque.

Un enregistrement rapide mais efficace

Le 1er juillet 1963, dans les studios d’Abbey Road, I’ll Get You fut enregistré le même jour que She Loves You. L’organisation des archives d’EMI étant encore approximative à cette époque, le nombre exact de prises n’a pas été conservé. Cependant, l’erreur de John Lennon sur la ligne « I’m gonna make you mine » au lieu de « gonna change your mind » laisse penser que l’enregistrement fut mené tambour battant, avec peu de retouches.

John Lennon y overdubba une partie d’harmonica, tandis que l’ensemble du groupe ajouta des claquements de mains, renforçant le côté percussif et enjoué du titre. L’énergie dégagée par cette production minimaliste mais efficace montre à quel point The Beatles étaient déjà des professionnels aguerris, capables de donner une vie unique à leurs morceaux en studio.

Une présence marquante sur scène

Si I’ll Get You ne connut pas le même destin international que She Loves You, elle fit partie intégrante du répertoire scénique des Beatles. Une version enregistrée le 13 octobre 1963 lors d’une prestation au London Palladium figure sur Anthology 1, témoignant de son importance pour le groupe.

Cette chanson est aussi significative d’une époque où The Beatles, encore en pleine ascension, soignaient leurs performances live pour conquérir un public de plus en plus large. Le fait qu’elle ait été jouée aussi fréquemment atteste de sa popularité auprès des fans de la première heure.

L’empreinte de I’ll Get You dans l’histoire des Beatles

Si elle n’est pas restée comme l’une des compositions majeures des Beatles, I’ll Get You possède tous les ingrédients qui allaient faire la force du groupe : une écriture soignée, des harmonies vocales travaillées et un sens aigu de la mélodie. Elle préfigure à bien des égards certaines explorations harmoniques et poétiques qui prendront leur envol dans les années suivantes.

Par son côté à la fois insouciant et inventif, I’ll Get You illustre parfaitement la transition entre le rock à succès du début des années 60 et la sophistication qui allait caractériser l’œuvre des Beatles. Elle reste ainsi un témoin précieux de leur évolution musicale et un véritable plaisir à redécouvrir pour tout amateur du groupe de Liverpool.


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