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George Harrison et la lumière du changement : “The Light That Has Lighted The World”

Publié le 16 février 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 30 mai 1973 aux États-Unis, puis le 22 juin au Royaume-Uni, George Harrison publie Living In The Material World, un album introspectif et spirituel qui succède au monument All Things Must Pass. Parmi les perles de cet opus, The Light That Has Lighted The World se distingue par sa mélancolie poignante et son message universel sur le changement et l’incompréhension qu’il suscite.

Sommaire

Une chanson née d’une frustration artistique

L’origine de The Light That Has Lighted The World remonte à 1971, lors des sessions d’All Things Must Pass. George Harrison travaille alors sur une chanson intitulée When Every Song Is Sung, qu’il souhaite faire interpréter par Ronnie Spector. Ce projet ne voit jamais le jour, mais il persiste dans son idée et enregistre une nouvelle version avec Cilla Black en août 1972. Renommée I’ll Still Love You (When Every Song Is Sung), cette version était destinée à sortir en single, avec The Light That Has Lighted The World en face B. Cependant, le projet est abandonné, et Harrison décide finalement de garder la chanson pour lui.

Dans son autobiographie I Me Mine, il revient sur le contexte d’écriture :

“J’ai essayé d’écrire une face B pour Cilla Black et je me suis demandé : ‘Comment puis-je me relier à elle ?’ Elle était de Liverpool, tout comme moi, et nous avions tous deux vécu cette expérience où, lorsqu’on commence, tout le monde est heureux pour nous : ‘L’enfant du pays réussit’. Mais ensuite, lorsque l’on part, on entend : ‘Il a changé, il n’est plus comme avant !’ C’est ainsi qu’est née cette idée.”

La chanson prend alors une nouvelle dimension et devient une réflexion personnelle sur le regard des autres face à l’évolution personnelle.

Une méditation sur le changement et l’acceptation

Avec des paroles introspectives, Harrison exprime son ressenti face à l’attente du public et des proches qui voudraient qu’il reste figé dans une image préconçue. Il commence par une constatation amère :

I’ve heard how some people have said that I’ve changed, that I’m not what I was, how it really is a shame.

Tout au long du morceau, il expose la contradiction de ceux qui rejettent le changement alors qu’il fait partie de la nature même de la vie. Harrison illustre cette pensée avec une métaphore évocatrice : la lumière qui s’illumine dans le monde, celle de la sagesse et de la compréhension.

Musicalement, la chanson se distingue par une instrumentation épurée et émouvante. La voix de Harrison, posée et vulnérable, est accompagnée par le piano inspiré de Nicky Hopkins et l’harmonium de Gary Wright. Klaus Voormann, ami de longue date, assure la basse, tandis que Jim Keltner apporte une rythmique discrète et fluide.

Living In The Material World, une continuité spirituelle

The Light That Has Lighted The World s’intègre parfaitement dans Living In The Material World, un album qui explore les tensions entre spiritualité et vie terrestre. Aux côtés de morceaux tels que Who Can See It et Be Here Now, elle forme un triptyque introspectif, mêlant sagesse et mélancolie.

Harrison aurait même envisagé de donner ce titre à l’album, soulignant ainsi son importance dans son cheminement personnel.

Une démo poignante redécouverte

Des années après sa sortie, The Light That Has Lighted The World retrouve une nouvelle vie grâce à la diffusion d’une démo inédite dans le documentaire Living In The Material World de Martin Scorsese. Cette version acoustique, enregistrée en solo avec une guitare 12 cordes, est ensuite intégrée à la compilation Early Takes Volume 1 en 2012. Elle révèle une interprétation brute et intime du morceau, renforçant son caractère introspectif et sa beauté intemporelle.

L’héritage d’une chanson intemporelle

Presque cinquante ans après sa sortie, The Light That Has Lighted The World demeure une méditation profonde sur l’acceptation du changement et l’importance de suivre son propre chemin, malgré le regard des autres. Elle reflète parfaitement la philosophie de George Harrison, tiraillé entre son passé de Beatle et sa quête d’absolu.

En fin de compte, cette chanson est bien plus qu’une simple mélodie douce-amère. Elle est une invitation à embrasser l’inéluctable mouvement de la vie, une lumière apaisante dans un monde en perpétuel changement.


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