Magazine Culture

La fin d’une ère pour les Beatles

Publié le 19 février 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1966, épuisés par des tournées incessantes et une popularité dévorante, les Beatles décident de ne plus jamais se produire en public. Leur ultime tournée, qui s’achève au Candlestick Park de San Francisco, porte encore l’ombre de la fameuse controverse déclenchée par John Lennon lorsqu’il déclare que le groupe est « plus populaire que Jésus ». Cette simple phrase, passée inaperçue en Angleterre, provoque un tollé de l’autre côté de l’Atlantique. La lassitude gagne alors les quatre musiciens, submergés par les cris des fans, la sécurité omniprésente et des tensions nouvelles. Pour eux, c’est un soulagement de rompre avec la folie des concerts afin de se consacrer aux enregistrements studio, terrain de jeu où ils vont repousser les limites de la musique pop.

Entre expérimentations en studio et tensions internes
Au terme de cette décision radicale, les Beatles plongent tête baissée dans des sessions créatives qui donnent naissance à des disques majeurs commeSgt. Pepper’s Lonely Hearts Club BandouThe White Album. Pourtant, l’atmosphère n’est pas toujours au beau fixe. John Lennon amène Yoko Ono dans le studio, ce qui déplaît à certains, tandis que Paul McCartney cherche à maintenir une discipline qu’il juge nécessaire. Au cours de l’enregistrement duWhite Album, Ringo Starr quitte brièvement le groupe, épuisé par les dissensions. Les quatre musiciens semblent avancer en ordre dispersé, chacun apportant ses idées ou ses frustrations, et la cohésion d’antan paraît vaciller.

Le projet “Get Back” : un retour aux sources contrarié
Déterminé à ressouder l’équipe, Paul McCartney imagine un nouveau projet baptisé “Get Back”, censé renouer avec l’énergie brute du rock des débuts. L’idée initiale consiste à filmer les répétitions pour un spectacle télévisé, montrant au monde que les Beatles peuvent de nouveau se produire devant un public. Les répétitions ont lieu en janvier 1969 aux studios de Twickenham, mais se révèlent désastreuses. George Harrison, irrité par l’omniprésence de McCartney dans la direction musicale, finit par quitter les lieux et rentrer à Liverpool. Devant les caméras, les musiciens laissent transparaître leur exaspération. John, de son côté, ne se sépare plus de Yoko Ono, suscitant l’incompréhension voire l’agacement de ses collègues. Très vite, l’idée d’un grand concert scénarisé tombe à l’eau, et le groupe se replie dans ses studios Apple, à Savile Row, pour poursuivre l’enregistrement d’un album qui deviendra finalementLet It Be.

Un concert improvisé sur un toit
En dépit des désillusions, Paul McCartney parvient à convaincre les autres de donner un dernier concert, même sous forme réduite. Le 30 janvier 1969, à l’heure du déjeuner, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, rejoints par le pianiste Billy Preston, prennent place sur le toit de l’immeuble Apple Corps, au cœur de Londres. L’idée semble spontanée, mais il aura fallu de longues discussions pour en arriver là. Au moment décisif, le réalisateur Michael Lindsay-Hogg se souvient que John s’est exclamé : « F**k it – let’s go do it », comme un baroud d’honneur pour ces musiciens en fin de parcours collectif. Les passants stupéfaits, et bientôt les employés de bureaux voisins, entendent alors les notes de “Get Back”, “Don’t Let Me Down”, “I’ve Got a Feeling”, “One After 909” et “Dig a Pony”, exécutées dans la fraîcheur d’un début d’après-midi.

L’intervention de la police et la fin d’une histoire
Le son résonne si fort dans le quartier que des plaintes sont aussitôt déposées. La police londonienne finit par monter sur le toit pour exiger l’arrêt du concert. Les Beatles, loin de se démonter, enchaînent un dernier “Get Back”. Paul improvise même quelques paroles pour ironiser sur la présence des agents : il mentionne la police et une possible arrestation, tandis que les amplificateurs rugissent encore. C’est alors la dernière performance publique du groupe : John conclut avec humour : « Merci au nom du groupe… J’espère qu’on a réussi l’audition. » Quelques semaines plus tard, ils se lancent dansAbbey Road, mais dès septembre 1969, Lennon annonce vouloir quitter la formation. La séparation devient officielle au printemps 1970, lorsque Paul en informe la presse. L’albumLet It Be, publié en mai, apparaît dès lors comme l’épilogue d’une aventure prodigieuse.

Cette prestation sur le toit d’Apple Corps marque l’histoire du rock d’un sceau indélébile. Elle illustre à la fois l’envie de liberté et de spontanéité qui animait encore les Beatles, et l’urgence d’une fin proche, inévitable au vu des tensions accumulées. Ce jour-là, la police s’invite dans la légende, John Lennon lâche son désormais célèbre « F**k it » et les Beatles concluent symboliquement leur chapitre le plus exaltant. Quelques mois plus tard, la magie s’évapore, laissant un héritage incommensurable et l’image indélébile de quatre musiciens jouant à ciel ouvert sur un toit londonien.


Retour à La Une de Logo Paperblog