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Paul McCartney : Quand un ex-Beatle se réconcilie avec ses propres albums

Publié le 20 février 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En tant que passionné de l’histoire des Beatles et de Paul McCartney depuis plus de trois décennies, j’ai eu l’occasion d’entendre bien des récits sur la façon dont Macca appréhende sa propre discographie. À soixante ans, j’ai vu passer nombre de témoignages qui décrivent les ambivalences de l’ancien Beatles face à son catalogue musical, entre souvenirs joyeux et parfois douloureux. Après toutes ces années à expérimenter, à composer et à enregistrer, Paul McCartney traîne forcément un certain bagage émotionnel lorsque vient le moment de réécouter ses albums — que ce soit avec les Fab Four, avec Wings ou dans son travail en solo.

Dans les lignes qui suivent, revenons en détail sur son rapport complexe à ses classiques. Nous verrons comment ses souvenirs sont autant influencés par les tensions et les moments de grâce vécus durant la période Beatles que par l’accueil critique et public de ses disques solos. Nous évoquerons également la façon dont le temps agit comme un filtre permettant à Paul — et à nous tous — de redécouvrir et de réévaluer son œuvre.

Sommaire

Les Beatles : un héritage chargé d’émotions

Lorsque l’on pense à Paul McCartney, la première image qui vient à l’esprit est bien souvent celle de la période Beatles, entre 1962 et 1970. Il est impossible de nier l’impact de ce groupe sur la culture pop mondiale. Des albums comme Rubber Soul (1965) et Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) ont redéfini la musique de leur époque et influencé plusieurs générations d’artistes. Pour Paul McCartney, ces disques sont avant tout les témoins d’une aventure collective avec John Lennon, George Harrison et Ringo Starr.

« Il a passé plus d’une vie avec les Beatles », note-t-on dans l’article d’origine, rappelant à quel point cette expérience a pu forger son identité artistique et personnelle.

De plus, réécouter ces morceaux peut faire ressurgir des sentiments contrastés. Par exemple, Let It Be (1970), le dernier album publié par les Beatles (bien qu’enregistré avant Abbey Road), renvoie à une période extrêmement houleuse pour le groupe, notamment à cause de la production controversée de Phil Spector. Paul n’a jamais caché son malaise face à l’orchestration imposante ajoutée par Spector sur certaines chansons (la version originelle de « The Long and Winding Road » en est l’exemple le plus connu), ce qui fait de la réécoute de ces sessions un rappel parfois amer des tensions de fin de parcours.

De l’éclatement des Beatles à la solitude de la création

Après la séparation officielle du groupe en 1970, Paul entame sa carrière solo avec un certain nombre de difficultés juridiques liées à Apple Records, le label que les Beatles avaient fondé. Les batailles autour des droits de distribution et de la gestion du catalogue ont longtemps parasité sa vie personnelle et son travail, à tel point qu’il était compréhensible qu’il préfère délaisser ces « vieux » disques des Beatles pour avancer dans une autre direction.

« L’idée qu’il puisse allumer “Please Please Me” avec désinvolture appartenait au passé », souligne l’article source, rappelant l’impossibilité pour Paul, alors en plein démêlés juridiques, de se plonger simplement et innocemment dans les souvenirs de la première période des Beatles.

C’est à ce moment précis qu’il réalise son tout premier album solo, McCartney, publié en avril 1970. Un disque enregistré en grande partie chez lui, sur un magnétophone quatre pistes, dans l’esprit « fait maison ». Contrairement à l’image de perfectionniste qui lui collait à la peau au sein des Beatles, il livre ici un album minimaliste, parfois qualifié de « brouillon », qui renferme malgré tout la perle « Maybe I’m Amazed ».

Les expérimentations de McCartney : du meilleur au plus déconcertant

Avec les années, Paul McCartney a exploré de multiples directions, certaines célébrées par le public, d’autres beaucoup plus confidentielles. Si des albums comme Ram (1971) et Band on the Run (1973) sont aujourd’hui reconnus à leur juste valeur, on ne peut en dire autant de tous les projets plus audacieux qu’il a entrepris en solo. Parmi ces tentatives, on compte :

  1. Liverpool Sound Collage (2000) : un assemblage musical expérimental réalisé pour l’ouverture de la Tate Gallery Liverpool. On y trouve des bribes de conversations, des samples de vieux enregistrements des Beatles, et divers sons électroniques.
  2. Press to Play (1986) : marqué par une production typique des années 80, coproduit avec Hugh Padgham, ce disque a parfois dérouté les fans et les critiques. McCartney lui-même a reconnu l’aspect daté de certains morceaux.

Dans l’article, on trouve d’ailleurs une comparaison, à demi-humoristique, entre Liverpool Sound Collage et d’autres expériences avant-gardistes tentées par George Harrison (Electronic Sound, 1969) ou John Lennon (Unfinished Music No.1: Two Virgins, 1968). Ces projets témoignent tous d’une volonté d’explorer les frontières de la musique, certes, mais avec un résultat final qui peut sembler hermétique.

« McCartney » : la fierté toujours intacte

Il est intéressant de relever que Paul McCartney a mentionné à plusieurs reprises avoir un rapport singulier avec son tout premier album solo, McCartney. Dans une interview des années 1980 évoquant l’album Press to Play, il explique :

« J’aimerais n’être qu’un fan et pouvoir sincèrement aimer ma musique sans donner l’impression d’être immodeste. Je ne peux pas encore être objectif. Mais je peux écouter “McCartney”, je peux juste écouter ça. J’aime bien celle-là, elle me plaît de plus en plus. »

Cette déclaration insiste sur deux points :

  • L’impossibilité pour l’artiste de se mettre complètement à la place d’un simple auditeur.
  • Le fait que McCartney est, pour lui, l’un des rares disques qu’il parvient à réécouter avec un certain recul et même un réel plaisir.

Pour comprendre la genèse de ce premier effort solo, il faut se remettre dans le contexte troublé du début de l’année 1970 : le groupe se délite, John et Yoko attirent l’attention, George et Ringo cherchent leur voie. De son côté, Paul se réfugie dans sa famille et enregistre seul, jouant de presque tous les instruments. Sur le plan musical, l’album est certes imparfait : il est court, parfois inégal, mais il possède cette honnêteté brute qui tranche avec la sophistication légendaire des dernières productions Beatles telles que Abbey Road (1969). C’est justement ce côté dépouillé qui donne à McCartney un charme et une fraîcheur encore perceptibles aujourd’hui.

Le temps comme révélateur

On le sait, l’Histoire est souvent clémente avec les artistes prolifiques, surtout lorsque le public et la critique revisitent leur œuvre avec le recul nécessaire. Dans le cas de Paul McCartney, les réévaluations s’enchaînent régulièrement. Les critiques qui éreintaient certains de ses albums se mettent à les célébrer. Des fans se plongent dans des enregistrements qu’ils avaient pourtant délaissés. L’artiste lui-même découvre parfois, des années plus tard, qu’il apprécie un disque qu’il pensait mineur à l’époque.

Pour McCartney, cette redécouverte peut être source de joie, mais aussi d’embarras. En effet, et l’article y fait allusion, « il faut parfois des années pour que quelqu’un comprenne pleinement » ce que Paul essayait de faire. Entre la pression du public, de la maison de disques ou de ses partenaires musicaux, un album qui naît dans la contrainte ne peut souvent révéler son plein potentiel qu’à la lumière du temps.

L’héritage musical de Paul McCartney est si vaste qu’il couvre plusieurs décennies, plusieurs groupes et une myriade d’expérimentations. Cette richesse rend inévitable la coexistence de chefs-d’œuvre célébrés (Band on the Run, Ram, etc.) et d’albums plus difficiles à appréhender (Press to Play, Liverpool Sound Collage). Mais ce qui demeure fascinant, c’est l’attitude quasi pudique de McCartney lorsqu’il s’agit de réécouter ses propres créations. Il y a chez lui une volonté de se détacher de sa propre légende, sans toutefois renier ce qu’il a accompli.

En fin de compte, la musique de Paul McCartney est un reflet particulièrement vivant de son évolution personnelle. McCartney, son premier album solo, demeure un symbole du courage dont il a dû faire preuve pour se lancer seul au lendemain du plus grand groupe de l’histoire de la pop. Le fait qu’il y revienne aujourd’hui avec une certaine bienveillance est à la fois touchant et révélateur : malgré les hauts et les bas de sa carrière, l’essentiel est peut-être là, dans cette sincérité et cette spontanéité qui ont toujours nourri son art.


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