Lorsque les Beatles se sont séparés en 1970, les attentes du public envers chaque membre étaient immenses. Pourtant, il était évident que chaque ex-Beatle allait suivre un chemin artistique différent, et Ringo Starr, en particulier, n’était pas destiné à rivaliser avec les projets ambitieux de John Lennon, Paul McCartney ou George Harrison. Avec son deuxième album solo, Beaucoups of Blues, Ringo a démontré une approche unique et sincère, choisissant la musique country pour s’exprimer. Retour sur ce disque souvent méconnu mais empreint de sincérité et de charme.
Sommaire
- Le contexte de la séparation et les débuts en solo de Ringo Starr
- Beaucoups of Blues : un hommage sincère à la country
- L’avis de John Lennon : entre franchise et reconnaissance
- Un héritage discret mais significatif
- Un album à redécouvrir
Le contexte de la séparation et les débuts en solo de Ringo Starr
Après l’éclatement des Beatles, chacun des Fab Four a tenté de trouver sa voie artistique. Si Lennon a exploré des thèmes profondément personnels avec Plastic Ono Band, Harrison a ébloui le monde avec l’ambitieux All Things Must Pass, et McCartney s’est lancé dans une pop expérimentale avec McCartney, Ringo Starr, lui, semblait être le membre le plus en retrait. Dès ses débuts, Ringo a souvent été perçu comme “le batteur des Beatles”, un rôle discret mais essentiel. Lorsqu’il s’est lancé dans une carrière solo, il a préféré s’éloigner des attentes démesurées en proposant quelque chose de plus accessible, loin des prétentions de ses anciens camarades.
Son premier album, Sentimental Journey (1970), a surpris en s’orientant vers des reprises de standards jazz et pop. Ce projet, presque insolite, montrait déjà que Ringo préférait explorer les musiques qu’il aimait personnellement plutôt que de chercher à plaire au grand public. Ce penchant pour les expériences personnelles s’est confirmé avec Beaucoups of Blues, un album résolument country enregistré à Nashville.
Beaucoups of Blues : un hommage sincère à la country
Pour son deuxième album solo, Ringo Starr a décidé de plonger dans un genre qu’il avait toujours apprécié en secret : la musique country. Ce n’était pas un hasard. Dès 1965, Ringo avait démontré son affinité pour ce style avec Act Naturally, un morceau enjoué interprété sur l’album Help!. Avec Beaucoups of Blues, il a fait appel à des musiciens de premier plan de la scène country à Nashville, comme Pete Drake, un célèbre joueur de pedal steel guitar. Cette collaboration authentique a permis à l’album de respirer la sincérité et de capturer l’essence même du genre.
Loin d’être une simple aventure de vanité, Beaucoups of Blues reflétait un amour profond pour la culture musicale américaine. Dans cet album, Ringo ne cherchait pas à s’imposer comme un innovateur, mais plutôt à s’inscrire dans une tradition musicale. Les morceaux, bien que simples, témoignaient d’une production soignée et d’un respect évident pour le genre.
L’avis de John Lennon : entre franchise et reconnaissance
Malgré son affection pour Ringo, John Lennon n’a jamais été avare de commentaires critiques envers ses anciens camarades, y compris lorsqu’il évoquait leurs projets musicaux. Concernant Beaucoups of Blues, Lennon a déclaré : « Je pense que c’est un bon disque, mais je n’en achèterais pas un seul. » Ces paroles, bien que teintées d’un certain humour, montrent que Lennon, tout en reconnaissant la qualité de l’album, considérait qu’il ne rivalisait pas avec les productions plus ambitieuses des autres ex-Beatles.
Pour autant, Lennon a également avoué avoir été agréablement surpris par la chanson titre Beaucoups of Blues, la trouvant authentique et plaisante. Ce témoignage démontre une certaine reconnaissance envers l’effort de Ringo, même si le disque restait, selon lui, dans l’ombre des autres grandes œuvres de l’après-Beatles.
Un héritage discret mais significatif
Si Beaucoups of Blues n’a pas connu un immense succès commercial, il s’est imposé comme un projet authentique et respecté. Il préfigurait aussi des explorations futures dans la musique country par d’autres membres des Beatles, notamment Paul McCartney, qui a flirté avec ce genre sur des morceaux comme Sally G pendant l’époque des Wings. Bien que Ringo n’ait pas révolutionné le genre, son incursion dans la country montre sa volonté de suivre ses propres envies musicales, loin des pressions de l’industrie ou des comparaisons avec ses camarades.
Un album à redécouvrir
Avec le recul, Beaucoups of Blues représente une facette attachante de Ringo Starr : celle d’un artiste qui a toujours privilégié la simplicité et l’honnêteté dans sa musique. Ce disque, bien qu’éclipsé par les grandes œuvres des autres Beatles, mérite une place dans la discographie solo des Fab Four pour son caractère sincère et son hommage à un genre qui tenait une place spéciale dans le cœur de Ringo. C’est une œuvre qui témoigne de son charme discret et de son plaisir à faire de la musique pour le simple amour de l’art.
