Sommaire
- Les Beatles, un phénomène en perpétuelle évolution
- 1966 : La fin des tournées et le début des expérimentations
- 1967 : L’essor psychédélique avec Sgt Pepper et Magical Mystery Tour
- 1968 : Le White Album et la fracture qui se dessine
- 1969 : La sortie incongrue de Yellow Submarine
- George Martin : des chansons “de remplissage”
- Un album qui a tout de même sa place
- l’incontournable “parenthèse” dans leur discographie
Les Beatles, un phénomène en perpétuelle évolution
Dans l’histoire de la musique populaire, rares sont les groupes qui ont su se réinventer aussi rapidement et aussi souvent que les Beatles. Entre 1963 et 1970, le quatuor de Liverpool a publié pas moins de douze albums au Royaume-Uni (en comptant les standards de l’époque), bouleversé les codes de la pop music, puis du rock, et essuyé les plâtres de nouvelles techniques de production en studio. Tout cela, rappelons-le, sans jamais cesser de surprendre leur public. Pourtant, derrière ces succès fracassants, se cache parfois un album moins évident, plus discret, ou même considéré comme un “remplissage” par leur propre producteur : Yellow Submarine.
1966 : La fin des tournées et le début des expérimentations
En août 1966, après un ultime concert au Candlestick Park de San Francisco, les Beatles décident de mettre un terme à leurs tournées. Épuisés par le rythme effréné des concerts, fatigués par l’hystérie du public et souhaitant s’éloigner des polémiques (souvenons-nous des propos de John Lennon sur Jésus, qui avaient choqué l’Amérique conservatrice), ils choisissent de se concentrer sur le travail en studio.
- Rubber Soul (fin 1965) et Revolver (1966) marquent ainsi un virage artistique majeur. Les Beatles y explorent de nouveaux sons, testent des techniques d’enregistrement inédites, et se rapprochent de plus en plus de la contre-culture montante.
- C’est également à cette époque qu’ils s’initient de plus en plus aux drogues psychédéliques, notamment le LSD, qui influenceront fortement leur musique, en particulier sur des titres comme “Tomorrow Never Knows” ou encore “Lucy in the Sky with Diamonds” plus tard.
1967 : L’essor psychédélique avec Sgt Pepper et Magical Mystery Tour
L’année 1967 est probablement l’une des plus prolifiques et audacieuses pour les Beatles. Ils sortent en juin l’album Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, considéré par beaucoup comme un tournant culturel et musical majeur du XXe siècle, tant par son concept que par ses innovations techniques.
Quelques mois plus tard, ils enchaînent avec Magical Mystery Tour (fin 1967) – d’abord un double EP au Royaume-Uni, un album complet pour le marché américain, qui se transforme ensuite en une version internationale. L’emprise du LSD est alors encore très présente et l’imagerie psychédélique se retrouve tant dans les chansons que dans le film (relativement expérimental) diffusé à la télévision britannique.
1968 : Le White Album et la fracture qui se dessine
En 1968, les Beatles se replient en Inde, à Rishikesh, pour suivre l’enseignement du Maharishi Mahesh Yogi. Cette retraite spirituelle leur permet d’écrire de nombreux titres, mais révèle aussi des tensions internes grandissantes. À leur retour, ils enregistrent le fameux White Album (officiellement intitulé The Beatles), un double album sorti en novembre 1968 qui reflète leurs divergences artistiques et personnelles.
- Georges Harrison s’y affirme avec des morceaux comme “While My Guitar Gently Weeps”.
- John Lennon et Paul McCartney ne travaillent presque plus ensemble.
- Ringo Starr, lassé de certaines disputes, quitte brièvement le groupe lors des sessions.
Cette période de création intense, mais chaotique, aura sans doute permis de faire émerger une grande variété de styles, du folk à l’expérimental, mais elle marque aussi le début du délitement qui conduira à la séparation officielle en 1970.
1969 : La sortie incongrue de Yellow Submarine
Au milieu de cette effervescence créative et de ces tensions, paraît en janvier 1969 Yellow Submarine, album lié au film d’animation du même nom. Pourtant, une bonne partie du public et même certains critiques ont l’impression de faire un retour en arrière. Pourquoi ?
- Un décalage temporel : Les morceaux principaux “Yellow Submarine” (déjà présent sur Revolver en 1966) et “All You Need Is Love” (sorti en single en 1967) ne sont pas inédits. Ils semblent dater d’une ère révolue, celle du psychédélisme coloré, qui commence déjà à s’estomper.
- Une bande originale : L’album sert avant tout de bande originale au film. Sa parution dépend donc de l’achèvement et de la post-production du film d’animation, qui, de surcroît, ne met en scène les Beatles en chair et en os qu’à travers de courtes apparitions finales et des versions dessinées.
George Martin : des chansons “de remplissage”
Le propre producteur des Beatles, George Martin, souvent surnommé “le cinquième Beatle” pour son rôle déterminant, n’a jamais caché sa réserve vis-à-vis de Yellow Submarine. Il aurait qualifié certaines chansons de “la lie de leur inventaire”. Dans ses propres mots :
« Des morceaux qu’ils auraient de toute façon jetés : de la camelote, des morceaux à classer et à oublier. »
Pour George Martin, l’album ressemble plutôt à un puzzle rassemblant des chutes de studio et des morceaux psychédéliques qui ne trouvaient pas forcément leur place sur d’autres projets. Son jugement se révèle d’autant plus clair quand il ajoute :
« Je ne pense pas que vous utiliserez les nouvelles chansons comme des points forts, mais plutôt comme du remplissage. »
Un album qui a tout de même sa place
Au-delà de cette réputation d’“album oubliable”, Yellow Submarine mérite tout de même qu’on s’y attarde pour plusieurs raisons :
- Le côté expérimental : Les morceaux instrumentaux dirigés par George Martin illustrent la volonté d’explorer de nouveaux territoires sonores, en puisant dans la musique orchestrale.
- Un univers visuel unique : Le film Yellow Submarine est un OVNI visuel, symbole de la pop culture de la fin des années 60, avec des couleurs vives, des effets psychédéliques et un humour anglais décalé.
- Une photographie d’une époque : Même si le disque paraît en 1969, les chansons qu’il contient reflètent clairement les années 1966-1967, lorsque les Beatles étaient immergés dans l’univers du LSD et l’optimisme hippie.
l’incontournable “parenthèse” dans leur discographie
Au final, Yellow Submarine reste une curiosité dans l’œuvre des Beatles. Son arrivée tardive par rapport à l’effervescence psychédélique de Sgt Pepper ou de Magical Mystery Tour lui donne l’air d’une sortie “dépassée” ou en “retard”, à l’inverse de la modernité brute et avant-gardiste du White Album (1968) et des projets qui suivront (Abbey Road en 1969 et Let It Be en 1970).
Pourtant, dans une discographie aussi courte que foisonnante – douze albums en sept ans seulement – il paraît presque inévitable qu’il y ait une œuvre moins unanimement saluée. Loin d’être un chef-d’œuvre, Yellow Submarine possède néanmoins un charme singulier qui reflète, à sa manière, l’exubérance et le foisonnement artistique d’une époque révolue, mais toujours fascinante.
« Quand on fait autant en si peu de temps, il est normal qu’une sortie sur douze soit un oubli. »
– Pour reprendre l’idée que George Martin exprimait, les Beatles pouvaient bien avoir un moment de “paresse” ou d’essoufflement… et ce n’est pas forcément un mal.
En définitive, Yellow Submarine demeure un passage incontournable pour qui veut comprendre toute la palette artistique des Beatles, même si sa singularité le range souvent parmi les albums les moins cités du groupe. Une “parenthèse psychédélique sous-estimée”, assurément, mais qui ne doit pas être négligée pour autant lorsqu’on se penche sur l’héritage monumental laissé par John, Paul, George et Ringo.
