Parmi les figures majeures de l’entourage des Beatles, Peter Brown occupe une place particulière. Confident de Brian Epstein, organisateur des affaires du groupe et témoin de leur ascension fulgurante, il a été un acteur discret mais influent dans l’univers des Fab Four.
Mentionné dans “The Ballad of John and Yoko”, il est l’un des rares membres du cercle rapproché des Beatles à avoir connu toutes les coulisses de leur carrière, du succès triomphal des années 60 à la désintégration du groupe.
Mais qui était réellement Peter Brown ?
Sommaire
- Un protégé de Brian Epstein
- Un homme-clé dans l’ombre des Beatles
- Le bras droit des Beatles chez Apple Corps
- L’erreur fatale d’Allen Klein : virer Peter Brown
- L’après-Beatles : un magnat du divertissement
- “The Love You Make” : La trahison qui a mis fin à son amitié avec Paul McCartney
- Un architecte de l’empire Beatles
Un protégé de Brian Epstein
Peter Brown rencontre Brian Epstein au début des années 60. À cette époque, il est responsable du rayon disques du magasin Lewis’s à Liverpool. Il impressionne rapidement Epstein, qui l’engage pour gérer l’un des magasins NEMS (North End Music Stores), son entreprise.
Jeune, élégant, dandy dans son style, il est souvent comparé à Epstein, notamment à cause de son apparence soignée et de son goût pour les costumes sur-mesure. Issu d’une famille catholique stricte, il est rejeté en raison de son homosexualité, ce qui renforce son attachement à Epstein, lui-même homosexuel.
« Il avait beaucoup d’influence sur moi. Je l’admirais énormément. »
— Peter Brown
Lorsque la Beatlemania explose, Epstein lui confie davantage de responsabilités. Il devient directeur du NEMS de Whitechapel, l’un des magasins les plus importants de Liverpool.
Un homme-clé dans l’ombre des Beatles
En 1965, Epstein l’emmène à Londres pour l’aider à gérer les affaires du groupe. La notoriété croissante des Beatles demande une organisation rigoureuse, et Brown devient rapidement l’un des seuls hommes de confiance du manager.
À cette période, Epstein sombre dans la dépression, l’alcool, les drogues et des relations personnelles dangereuses. Brown devient alors son principal confident et “problème solver”.
Il est l’un des rares à avoir assisté aux derniers jours d’Epstein. En août 1967, alors que le manager des Beatles se rend à sa maison de campagne dans le Sussex, Brown doit le rejoindre.
Mais ce jour-là, Cynthia Lennon manque son train pour Bangor, où les Beatles sont réunis avec Maharishi Mahesh Yogi. Brown doit organiser son voyage en voiture, ce qui l’empêche de rejoindre Epstein immédiatement.
Le lendemain, Epstein l’appelle, sous l’emprise de médicaments, lui annonçant qu’il compte prendre le train pour le Sussex. Le jour suivant, il ne donne plus signe de vie.
Brown est dans un pub lorsqu’on tente de le joindre. Lorsqu’il appelle l’appartement d’Epstein, un médecin est en train d’examiner le corps sans vie du manager.
« C’est moi qui ai dû annoncer la nouvelle aux Beatles. »
Le bras droit des Beatles chez Apple Corps
Après la mort de Brian Epstein, Peter Brown devient l’un des piliers de la gestion des Beatles. Un nouveau holding, Nemperor Holdings, est créé pour administrer NEMS, et Brown s’installe dans la maison londonienne d’Epstein pour prendre en charge les affaires du groupe.
Lorsque les Beatles créent Apple Corps en 1968, il rejoint le conseil d’administration et devient l’un des principaux décideurs.
C’est lui qui organise le mariage de John Lennon et Yoko Ono en 1969, voyageant avec eux à Gibraltar et assistant à l’événement en tant que témoin. Il joue également un rôle clé dans l’annonce de la séparation des Beatles, en rédigeant les questions qui seront envoyées à Paul McCartney pour le communiqué de presse.
Mais avec l’arrivée d’Allen Klein, tout bascule.
L’erreur fatale d’Allen Klein : virer Peter Brown
Lorsque Klein prend les rênes d’Apple en 1969, il entame une purge des proches des Beatles pour restructurer l’entreprise. Peter Brown est l’une de ses premières victimes.
« Nous pensions que les Beatles nous soutiendraient, mais ils ne l’ont pas fait. »
— Peter Brown
En se débarrassant d’un homme aussi proche du groupe, Klein affaiblit encore plus Apple Corps, précipitant ainsi sa propre chute.
L’après-Beatles : un magnat du divertissement
Après son départ d’Apple, Peter Brown ne disparaît pas pour autant. En 1971, il devient PDG du Robert Stigwood Organisation, une société influente dans le monde du spectacle.
En 1977, il crée Entertainment Development Company, puis Brown & Powers, une société de relations publiques qui évoluera pour devenir BLJ Worldwide, l’une des agences de communication les plus influentes du secteur.
Mais c’est en 1983 qu’il refait parler de lui, avec un livre qui suscite la polémique.
“The Love You Make” : La trahison qui a mis fin à son amitié avec Paul McCartney
En 1983, Peter Brown coécrit avec Steven Gaines “The Love You Make: An Insider’s Story of The Beatles”, un livre dévoilant les coulisses des Beatles comme jamais auparavant.
Il affirme que John et Paul avaient donné leur accord pour que l’histoire définitive du groupe soit enfin racontée, mais le couple McCartney désavoue immédiatement l’ouvrage.
« C’était un ami. C’est lui qui m’a présenté à Paul. Un homme en qui j’avais confiance. Mais il a trahi cette confiance. »
— Linda McCartney, Playboy (1984)
Linda va même jusqu’à brûler un exemplaire du livre, photographiant chaque page en train de partir en fumée.
Malgré la controverse, le livre devient un best-seller et reste une référence majeure sur l’histoire du groupe.
Un architecte de l’empire Beatles
Sans Peter Brown, les Beatles n’auraient jamais fonctionné aussi efficacement dans les années 60.
Confident de Brian Epstein, témoin des moments les plus intimes du groupe, il a joué un rôle fondamental dans la structuration de leur succès.
Son éviction par Allen Klein a été un tournant décisif dans l’histoire des Beatles, prouvant que même les hommes les plus loyaux peuvent être sacrifiés lorsque le pouvoir change de mains.
Mais son nom reste gravé à jamais dans l’histoire du rock, immortalisé par John Lennon dans “The Ballad of John and Yoko” :
« Peter Brown called to say, you can make it okay, you can get married in Gibraltar near Spain… »
