En avril 1982, Paul McCartney sort Tug Of War, son troisième album solo. Parmi les morceaux, “The Pound Is Sinking” se distingue par sa satire des fluctuations économiques. Inspiré par les journaux financiers, McCartney moque l’obsession pour les variations monétaires à travers une composition audacieuse. Mélange de parodie et de moments dramatiques, la chanson critique l’hystérie des marchés financiers, tout en offrant une réflexion ironique sur la nature changeante de l’économie.
En avril 1982, Paul McCartney publieTug Of War, son troisième album solo, produit par l’incontournable George Martin. Au sein de cet opus méticuleusement arrangé, se cache un morceau singulier : “The Pound Is Sinking”. Inspiré par l’absurdité des fluctuations monétaires et l’agitation qu’elles suscitent, McCartney livre ici une pièce aux multiples facettes, aussi ironique que musicalement inventive.
Sommaire
- Une inspiration venue des journaux financiers
- Une construction musicale audacieuse
- Un regard moqueur sur la panique financière
- Une pièce méconnue mais inventive
Une inspiration venue des journaux financiers
Dans les années 1980, le monde est témoin de bouleversements économiques majeurs. L’inflation, les variations du marché des changes et la volatilé des devises sont des thèmes récurrents dans les médias. McCartney, qui ne s’est jamais prétendu spécialiste de l’économie, est toutefois amusé par cette obsession des financiers pour les cours des monnaies. Dans une interview pourThe Beatles – The Dream Is Over: Off The Record 2, il explique :
“Quand on feuillette les journaux, on voit toujours des gros titres comme ‘La livre a reculé de quelques centièmes’ ou ‘Le mark a connu une fluctuation inattendue sur les marchés’. Je trouve fascinant que tant de gens prennent tout cela très au sérieux, alors qu’il s’agit d’un élément intrinsèquement changeant.”
Ainsi naîtThe Pound Is Sinking, un morceau qui moque cette obsession pour les variations des devises, comparant cette agitation incessante à une pièce de théâtre dont les acteurs suivent aveuglément un scénario absurde.
Une construction musicale audacieuse
L’un des aspects les plus intrigants du morceau réside dans sa structure. En effet,The Pound Is Sinkingrésulte de la fusion de deux fragments distincts : l’un portant ce titre et l’autre, intitulé “Something That Didn’t Happen”. L’enregistrement se déroule en février 1981 aux AIR Studios de Montserrat, sous la supervision de George Martin, qui prend la décision de fusionner ces deux segments lors d’une session d’overdubs le 10 février.
Musicalement, la chanson oscille entre des passages aux intonations presque parodiques et des moments plus solennels. Le début, rythmé par une ligne de basse imposante signée Stanley Clarke et des guitares acoustiques jouées par McCartney et Denny Laine, donne le ton : il s’agit d’un commentaire satirique, mais porté par une composition soignée. L’intensité du morceau s’accroît progressivement, jusqu’à une rupture marquante qui donne lieu à une deuxième section beaucoup plus lyrique.
Paul McCartney y adopte alors une voix différente, plus dramatique, et chante des paroles empreintes d’une résonance quasi philosophique : “Your father was an extraordinary man, but you haven’t inherited a single portion of his wit” (Ton père était un homme extraordinaire, mais tu n’as hérité d’aucune parcelle de son esprit). Cette transition abrupte confère à la chanson une dynamique inhabituelle, qui la distingue au sein de l’album.
Un regard moqueur sur la panique financière
McCartney conçoitThe Pound Is Sinkingcomme une fable humoristique sur l’hystérie des marchés financiers. Il décrit l’avidité et la peur qui gouvernent les spéculateurs, toujours prêts à paniquer au moindre soubresaut des indices boursiers.
Dans une interview pourClub Sandwichen 1982, il explique ainsi :
“Pour moi, c’est juste un écho amusant de ces experts financiers qui nous donnent des mises à jour quotidiennes afin que tous ceux qui ont de l’argent puissent se rassurer ou s’affoler, un peu comme la météo. Il y a quelque chose de très drôle dans cette obsession de mesurer une réalité constamment changeante.”
Cette critique sous-jacente, bien que légère, donne une profondeur supplémentaire au morceau, qui se distingue de nombreuses compositions plus introspectives deTug Of War.
Une pièce méconnue mais inventive
SiThe Pound Is Sinkingn’a pas bénéficié de la même exposition que certains autres titres de l’album (Ebony and Ivory,Take It Away), elle demeure une illustration parfaite du génie de McCartney. En combinant satire sociale, composition audacieuse et performance vocale variée, il offre un titre atypique, témoignage de son talent inépuisable pour fusionner musique et commentaire culturel.
Quarante ans après sa sortie,The Pound Is Sinkingconserve toute sa pertinence. Dans un monde toujours obsédé par les indices économiques et les fluctuations financières, cette chanson résonne comme un rappel ironique que la valse des monnaies est, après tout, une danse sans fin.
