« Tu ne dis rien, tu as compris ? »
Voilà les mots prononcés par la mère juste après le drame. Le père, lui, n’a de toute façon jamais dit grand-chose. Depuis, Jeannot, neuf ans, à l’origine de l’accident, ne prononce plus un seul mot. Il est pourtant le seul à savoir comment son petit frère de trois ans est mort…
L’éclat rouge, survenu le 10 août 1957, est celui du sang de ce petit frère que sa famille doit dorénavant enterrer, tout comme le terrible secret qu’ils décident de taire. Un silence qui ne manque pas de faire jaser au sein de ce petit village d’agriculteurs où tout se sait normalement très vite, mais surtout un immense chagrin bien difficile à porter quand on décide de ne pas en parler…
Pour son premier roman, Clémentine Biano nous plonge dans une époque où la parole n’est déjà pas connue comme le plus grand remède des problèmes familiaux. Alors, quand la mère décide d’enfouir une tragédie sous le silence, que le père est déjà particulièrement taiseux à la base et que l’enfant qui a survécu devient mutique, le deuil devient très lourd à porter et la famille se fissure lentement, rongée par la culpabilité, par la colère et par la tristesse…
Muni d’une ardoise, d’un cahier et d’un stylo, Jeannot communique le moins possible. Confronté à un mur de silence alors qu’il a surtout besoin d’affection, le gamin se retrouve perdu et entièrement seul face à sa détresse. Au fil des pages, l’autrice nous plonge à l’intérieur de ce petit bonhomme de neuf ans, partageant ses pensées, ses angoisses, son chagrin et sa solitude. Inévitablement, le lecteur s’attache, aimerait tellement l’aider à briser le silence, lui parler pour le consoler…
Un premier roman merveilleux, plein de tendresse et d’émotions, qui laisse le lecteur sans voix… afin de mieux accompagner ce pauvre gamin qui affronte son chagrin en silence.
Un éclat rouge, Clémentine Biano, Calmann-Lévy, 256 p., 18,90€
Elles/ils ne sont pas encore assez à en parler : Kitty
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