Sommaire
- Un morceau contemplatif et intime
- Une chanson codée sur l’après-Beatles ?
- Le ukulélé comme symbole de liberté musicale
- Un écho jusqu’àRed Rose Speedway
- Une composition qui traverse les décennies
- Enregistrement et production
- Un appel à la liberté et à la continuité
Un morceau contemplatif et intime
Sorti en 1971 surRam, l’album co-signé par Paul et Linda McCartney,Ram Onest l’un des titres les plus introspectifs du disque. Court, minimaliste et dominé par le son délicat d’un ukulélé, il apparaît en deux versions sur l’album, une première partie sur la face A et une brève reprise sur la face B.
À la fois mystérieux et apaisant,Ram Onsemble être une invitation à l’ouverture et au renouveau. Si les paroles peuvent sembler anodines à première vue, elles prennent une dimension bien plus profonde lorsqu’on les replace dans le contexte post-Beatles.
« Ram on, give your heart to somebody soon, right away »
McCartney utilise ici l’expressionRam On, qui est à la fois une référence au titre de l’album et un jeu de mots sur son propre pseudonyme de jeunesse, Paul Ramon. Il l’avait utilisé en 1960 lors de la tournée écossaise des Silver Beetles avec Johnny Gentle et l’avait repris en 1969 lorsqu’il avait enregistré la batterie surMy Dark Hourde Steve Miller.
« À l’époque, nous étions de vrais professionnels. Nous avons décidé de nous donner des noms de scène. Je suis devenu Paul Ramon, ce que je trouvais exotique. Les filles écossaises disaient : ‘C’est son vrai nom ? C’est génial.’ C’est français, Ramon. Ra-mon, c’est comme ça qu’on le prononce. »
—Paul McCartney, Anthology
Ce clin d’œil à son passé chez les Silver Beetles suggère une volonté inconsciente de revenir à une époque plus simple et insouciante, avant la célébrité et les tensions qui ont mené à la séparation des Beatles.
Une chanson codée sur l’après-Beatles ?
Au-delà de cette référence autobiographique,Ram Onpeut être interprété comme un message adressé à lui-même, une sorte de mantra destiné à l’encourager à aller de l’avant après l’épreuve douloureuse du démantèlement des Beatles.
« Je me suis demandé si ce morceau n’était pas un message que je m’adressais à moi-même. Beaucoup de mes chansons de cette période parlaient de la rupture avec les Beatles, du calme que j’avais trouvé en dehors de la ville, et de l’amour que je partageais avec Linda. Dans ce contexte, ‘Ram on, give your heart to somebody soon’ pourrait être une manière de me dire : ‘Avance, tourne la page.’ »
—Paul McCartney, The Lyrics: 1956 To The Present
Après des mois de dépression et d’incertitudes, McCartney commence à trouver un équilibre dans sa nouvelle vie à la campagne avec Linda. Ce morceau doux et rêveur reflète cet état d’esprit, où l’artiste semble se parler à lui-même pour se convaincre de continuer.
Le ukulélé comme symbole de liberté musicale
L’un des aspects les plus marquants deRam Onest l’instrument principal qui l’accompagne : un ukulélé. McCartney, qui jusqu’alors n’avait jamais utilisé cet instrument dans un enregistrement, l’avait adopté comme compagnon de route à New York.
« ‘Ram On’ est un petit morceau mignon au ukulélé. J’en avais toujours un sur moi quand je prenais des taxis à New York, histoire d’avoir de la musique avec moi en permanence. Les chauffeurs me prenaient pour un fou. »
—Paul McCartney, Mojo, 2001
Cette approche minimaliste et nomade du songwriting illustre bien l’esprit de l’albumRam, qui privilégie une spontanéité musicale brute, loin des productions ultra-travaillées des Beatles.
Un écho jusqu’àRed Rose Speedway
McCartney, qui avait déjà expérimenté l’utilisation de motifs récurrents surAbbey Road, applique ici une approche similaire. Après une première apparition sur la face A de l’album,Ram Onrevient brièvement sur la face B. Ce retour inattendu crée un effet de continuité et inscrit la chanson dans une boucle temporelle.
Plus surprenant encore, les derniers mots deRam On:
« Who’s that coming round that corner? Who’s that coming round that bend? »
McCartney réutilisera cette phrase quelques années plus tard dansBig Barn Bed, qui ouvriraRed Rose Speedwayen 1973. Une façon pour lui de prolonger les thématiques explorées dansRamet d’offrir un clin d’œil subtil à ceux qui suivent son évolution musicale de près.
Une composition qui traverse les décennies
Malgré sa brièveté,Ram Ona continué à résonner dans l’œuvre de McCartney. En 1993, l’introduction au piano du morceau a été utilisée comme musique d’ouverture pour ses concerts duNew World Tour.
John Lennon, malgré son aversion pour l’albumRam, a reconnu apprécier certains passages, dont celui-ci :
« Je trouvais cet album atroce ! McCartney était meilleur, au moins il y avait quelques mélodies, comme ‘Junk’. J’aimais bien le début de ‘Ram On’, le début de ‘Uncle Albert’, et certains passages de ‘My Dog’s Got Three Legs’. Mais l’ensemble partait dans tous les sens, je n’aimais pas ça du tout. »
—John Lennon
Enfin, en 1977, l’albumThrillington, qui réimaginaitRamen version orchestrale, reprit la mélodie deRam Onen la confiant à un hautbois, lui donnant ainsi une nouvelle dimension sonore.
Enregistrement et production
McCartney enregistraRam Onle 22 février 1971 aux studios A&R Recording à New York, marquant ainsi son retour en studio après plusieurs mois d’inactivité musicale.
« J’ai placé un micro sur chacun de ses pieds, un pour sa voix, et deux pour son ukulélé. J’ai appuyé sur le bouton d’enregistrement et il a joué ‘Ram On’. C’était un moment magique, tellement personnel. Et le plus beau, c’est que c’était la première prise ! »
—Dixon Van Winkle, The McCartney Legacy – Volume 1: 1969-73
McCartney ajouta ensuite un second ukulélé, un rythme léger sur un tom-tom, et quelques harmonies vocales avec Linda.
Lors du mixage final, l’ingénieur Eirik Wangberg suggéra de diviser la chanson en deux parties, avec une reprise intégrée plus tard sur l’album. Cette décision renforça l’effet cyclique deRam Onet accentua la cohésion de l’ensemble du disque.
Un appel à la liberté et à la continuité
Plus qu’une simple transition instrumentale,Ram Oncapture l’essence même de l’albumRam: une œuvre intime, introspective et résolument tournée vers l’avenir. Avec son instrumentation simple mais sincère, la chanson incarne la liberté musicale retrouvée par McCartney après les tourments de la séparation des Beatles.
SiRam Onreste un morceau discret du répertoire de McCartney, il n’en demeure pas moins un élément clé de son univers musical, réapparaissant sous différentes formes au fil des décennies. En refusant de s’attarder sur le passé et en embrassant un avenir incertain, McCartney nous offre ici une de ses plus belles déclarations de foi en la musique et en l’amour.
