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Live In New York City : le dernier concert de John Lennon en solo

Publié le 06 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1986, l’album posthume Live In New York City immortalise le seul concert intégral de John Lennon en solo, donné le 30 août 1972 au Madison Square Garden. Organisé pour soutenir la Willowbrook School, ce show militant voit Lennon, accompagné d’Elephant’s Memory et de Yoko Ono, interpréter un répertoire mêlant titres solo et classiques. L’enregistrement, marqué par des choix éditoriaux discutables, reste un témoignage rare du Lennon performeur, offrant une ultime vision scénique de l’ex-Beatle engagé.


En 1986, plus de cinq ans après l’assassinat de John Lennon, paraît Live In New York City, un album posthume qui capture l’unique concert intégral donné par Lennon avec sa formation solo. Documentée le 30 août 1972 au Madison Square Garden, cette prestation constitue la seule performance live complète de Lennon après la fin des tournées des Beatles en 1966. Publié à la fois en disque et en format vidéo, Live In New York City offre le témoignage rare d’un Lennon sur scène à l’apogée de ses convictions politiques, accompagné par le groupe Elephant’s Memory et entouré de Yoko Ono.

Sommaire

Contexte : un concert caritatif pour la Willowbrook School

En 1972, John Lennon et Yoko Ono sont en pleine période Some Time In New York City, imprégnée de militantisme politique. Ils décident de s’associer au journaliste et animateur de télévision Geraldo Rivera pour organiser des concerts au profit de la Willowbrook State School, institution pour enfants handicapés mentaux située à Staten Island. Les conditions y étant déplorables, Rivera avait diffusé un reportage-choc pour dénoncer la situation. Lennons et Ono s’engagent alors pour lever des fonds.

Deux représentations se tiennent le même jour, le 30 août 1972 : l’une l’après-midi, l’autre en soirée. Chaque show réunit Lennon, Ono et Elephant’s Memory, mais aussi une pléiade de stars en première partie : Roberta Flack, Stevie Wonder ou encore Sha Na Na. Les tickets, vendus à prix modique (5, 7,50 et 10 dollars), génèrent plus d’1,5 million de dollars pour la cause. Lennon achète lui-même 60 000 $ de billets à distribuer, preuve de son investissement personnel.

Les deux sets : matinée et soirée

Le premier show de la journée, ajouté pour satisfaire la demande de places, est surnommé par Lennon « the rehearsal » : le groupe est moins à l’aise, et la prestation est un peu moins solide musicalement. La setlist y est plus longue, comportant plusieurs titres d’Ono absents le soir. Parmi ces morceaux, figurent par exemple « Power to the People », « Well Well Well », « Born In A Prison », « Imagine », etc.

Le spectacle du soir est plus concis et plus maîtrisé : Lennon, plus confiant, aborde un répertoire qui oscille entre ses trois derniers albums (Plastic Ono Band, Imagine, Some Time In New York City), tout en revisitant des classiques comme « Come Together » des Beatles ou « Hound Dog » d’Elvis Presley. Il conclut avec « Give Peace A Chance », chanté en chœur avec l’ensemble des participants.

Ces deux concerts restent à ce jour les seules prestations scéniques véritables de Lennon en solo, avec répétitions et setlist longue, hormis Live Peace in Toronto 1969, qui était plus improvisé et moins “officiel”.

Un enregistrement chaotique et un montage ultérieur

Les bandes audio furent captées aux deux représentations. Toutefois, lors de la préparation de Live In New York City en 1986, Yoko Ono et l’équipe technique ont fait un choix hybride : l’album privilégie, pour la plupart des chansons, les prises de l’après-midi, jugées moins abouties musicalement, mais présentant moins de problèmes de souffle et d’enregistrement. Seuls « Cold Turkey », « Hound Dog » et « Give Peace A Chance » proviennent du show du soir, avec quelques extraits d’introduction pour « Mother », « Come Together », etc.

Cela suscite des critiques : de nombreux musiciens d’Elephant’s Memory estiment que la performance nocturne était bien meilleure, et regrettent que Ono n’ait pas davantage exploité ces pistes. Il y aurait eu des soucis de “hiss” (souffle) sur l’enregistrement du soir, rendant difficile l’utilisation de ces bandes.

Par ailleurs, l’album final efface entièrement ou mixe en retrait les interventions vocales d’Ono sur des morceaux comme « Hound Dog ». Les chansons qu’elle interprétait en solo ou en duo sont purement supprimées du disque (par exemple « We’re All Water », « Open Your Box », « Move On Fast »), pour livrer une setlist centrée uniquement sur Lennon. En revanche, la version vidéo conserve quelques titres d’Ono (dont « Sisters, O Sisters » et « Born In A Prison »).

Contenu musical et ambiance

L’album comprend donc 11 titres, chroniquant l’ouverture fracassante sur « New York City », la reprise d’Elvis (« Hound Dog »), l’hymne antibelliciste « Give Peace A Chance », mais aussi des extraits forts comme « Woman Is The N—-r Of The World » ou « Well Well Well ». Au-delà de l’aspect purement musical, on ressent l’atmosphère militante de 1972, marquée par le Vietnam et le féminisme, Lennon adoptant un ton combatif tout en offrant des morceaux plus classiques : « Imagine », « Instant Karma! », « Mother ».

Le groupe Elephant’s Memory assure un soutien rythmé, agrémenté du sax de Stan Bronstein et d’un double batteur (Jim Keltner et Richard Frank Jr), renforçant le son assez brut, proche d’un rock militant. Lennon, parfois nerveux, explique ses chansons ou, comme sur « Mother », s’investit vocalement avec intensité.

Reception et sortie

Live In New York City paraît en janvier 1986 aux états-Unis et en février au Royaume-Uni, simultanément au format vinyle, cassette et CD, ainsi qu’en vidéo VHS, Betamax et Laserdisc. La pochette met en avant une photo de Bob Gruen, prise aux répétitions. L’album est produit par Yoko Ono, qui supervise le montage audio et le mixage final.

Commercialement, c’est un demi-succès : numéro 41 aux états-Unis, certifié disque d’or, mais seulement 55ᵉ au Royaume-Uni, où il quitte rapidement les classements. Les fans y voient un document important — l’unique concert solo complet de Lennon — mais la critique note un son inégal, une performance parfois brouillonne et surtout l’absence de nombre de titres d’Ono, romançant le récit au profit d’une “version Lennon only”.

En 1998, la sortie du coffret John Lennon Anthology inclut trois titres enregistrés lors du deuxième show (la soirée) : « Woman Is The N—-r Of The World », « It’s So Hard » et « Come Together », aux prises audio plus satisfaisantes, démontrant qu’il y avait moyen de mieux exploiter cette performance.

Un témoignage rare et une conclusion scénique

Malgré les polémiques, Live In New York City garde un statut unique : c’est la seule trace officielle d’un concert complet de John Lennon en solo, hors des Beatles. Il n’organisera jamais de tournée, n’aimant pas spécialement la foule et se tenant à l’écart du show-biz scénique depuis 1966. Les deux représentations du 30 août 1972 demeurent donc l’unique occasion de le voir sur scène, entouré d’une formation cohérente, avec un répertoire qui puise autant dans ses classiques solo que chez les Beatles.

Pour beaucoup, ce n’est pas un chef-d’œuvre live : le mix peut sembler bancal, les musiciens manquent de cohésion par instants, Lennon lui-même n’a pas la sérénité d’un performer en pleine forme. Pourtant, l’énergie déployée, la ferveur de l’instant, et le contexte caritatif insufflent à ce concert une aura spéciale. Lennon dira plus tard que c’était « le meilleur moment musical qu’il a vécu depuis le Cavern ou Hambourg », évoquant l’excitation de remonter sur scène face à un public conquis, pour une noble cause.

En définitive, Live In New York City n’est peut-être pas la captation la plus parfaite techniquement, mais elle revêt une importance historique : on y voit l’ex-Beatle redevenir, le temps d’une journée, un rocker engagé, fièrement new-yorkais, dénonçant le sexisme, la guerre, et réaffirmant ses idéaux de paix. C’est la dernière fois que Lennon se produit en concert avec un groupe aussi structuré, la conclusion scénique de sa carrière en solo. Publié tardivement en 1986, ce live reste un témoignage précieux, malgré les choix d’édition discutables : c’est l’occasion d’entendre John Lennon en chair et en os, s’adresser à la foule new-yorkaise et retrouver, le temps de quelques titres, la flamme qui animait jadis les Beatles sur scène.


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