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Ski-ing : Quand George Harrison et Eric Clapton explorent l’Acid Rock

Publié le 08 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsqu’on évoque George Harrison, son rôle de guitariste au sein des Beatles vient immédiatement à l’esprit. Cependant, dès la fin des années 1960, il s’émancipe progressivement du groupe et s’aventure dans des projets solo marqués par une grande diversité musicale. “Ski-ing”, huitième piste de son premier album solo Wonderwall Music, en est un exemple fascinant. Ce morceau instrumental d’orientation acid-rock démontre non seulement l’éclectisme de Harrison, mais aussi sa capacité à s’entourer de musiciens de renom, notamment Eric Clapton et Ringo Starr.

Sommaire

Un titre expérimental issu d’un projet avant-gardiste

Sorti le 1er novembre 1968 au Royaume-Uni et le 2 décembre 1968 aux États-Unis, Wonderwall Music est la bande originale du film Wonderwall, réalisé par Joe Massot. Ce projet marque un tournant dans la carrière de Harrison, qui devient le premier des Beatles à sortir un album solo.

Le disque, instrumental pour l’essentiel, reflète la fascination du musicien pour la musique indienne, tout en intégrant des influences psychédéliques et rock. Wonderwall Music est ainsi un véritable laboratoire sonore, où se côtoient sitar, tablas, guitares électriques et autres instruments issus d’univers musicaux contrastés. “Ski-ing” s’inscrit dans cette dynamique expérimentale, offrant une plongée dans l’acid rock, un courant musical alors en pleine effervescence.

Clapton en invité de marque sous pseudonyme

L’un des aspects les plus notables de “Ski-ing” est la participation d’Eric Clapton à la guitare solo. À cette époque, il est déjà un musicien reconnu, ayant joué avec les Yardbirds, John Mayall & the Bluesbreakers et Cream. Toutefois, pour des raisons contractuelles, son nom n’apparaît pas sous sa véritable identité : il est crédité sous le pseudonyme d’”Eddie Clayton”. Cette pratique était courante dans les années 1960 afin d’éviter d’éventuelles complications juridiques entre labels concurrents.

Ringo Starr, compagnon de route de Harrison au sein des Beatles, assure quant à lui la batterie, tandis que le bassiste Big Jim Sullivan complète la section rythmique. L’ensemble est produit par George Harrison lui-même, avec l’aide des ingénieurs Peter Bown et Ken Scott aux studios EMI d’Abbey Road en janvier 1968.

Une alchimie musicale entre acid rock et influences indiennes

L’instrumentation de “Ski-ing” est relativement simple mais percutante. L’ouverture du morceau est marquée par un sitar joué par Harrison, qui cède rapidement la place à un déferlement de guitare électrique assuré par Clapton. Son jeu incisif, caractéristique de son style blues-rock, confère au morceau une intensité brute, contrastant avec la texture planante du sitar en arrière-plan.

Le dialogue entre ces instruments traduit bien l’état d’esprit du morceau : une fusion entre l’héritage musical occidental et l’influence indienne que Harrison affectionne tant. La rythmique énergique de Ringo Starr, couplée à la basse ronde de Big Jim Sullivan, ancre solidement la composition dans le registre du rock psychédélique.

Une version stéréo plus longue et un morceau intégré à un projet visuel

Fait notable, la version stéréo de “Ski-ing” dure 13 secondes de plus que sa version mono. Une différence qui, bien que subtile, s’inscrit dans la tradition des Beatles et de leur entourage, où les mixages mono et stéréo pouvaient contenir des variantes significatives.

Par ailleurs, “Ski-ing” ne se limite pas à son apparition sur Wonderwall Music. Des extraits du morceau ont également été utilisés dans Apple, un film promotionnel produit par Tony Bramwell en 1968. Ce dernier, collaborateur de longue date des Beatles, a supervisé de nombreux projets visuels du groupe et de leur label Apple Corps.

Un témoin d’une époque charnière

Bien que “Ski-ing” ne figure pas parmi les morceaux les plus célèbres de George Harrison, il illustre parfaitement sa période de transition entre son rôle de Beatles et son émancipation artistique. Il témoigne également de la liberté dont jouissait Harrison lorsqu’il s’est lancé dans son premier projet solo, et de son attrait pour les sonorités avant-gardistes.

Avec Wonderwall Music, Harrison a posé les bases de son langage musical personnel, explorant des styles variés avec un goût prononcé pour l’expérimentation. “Ski-ing”, avec sa structure simple mais percutante, incarne cette curiosité et cette ouverture qui définiront sa carrière solo.

Ainsi, ce titre, bien que méconnu du grand public, demeure un jalon intéressant dans l’évolution musicale de George Harrison, et un témoignage précieux d’une époque où les frontières entre les genres musicaux s’effaçaient pour laisser place à une créativité sans limites.


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