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John Lennon et ses rivalités : entre admiration, mépris et provocations

Publié le 08 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

John Lennon était un homme de paradoxes. Génie créatif, voix engagée, personnalité iconoclaste, il a façonné la musique du XXe siècle en tant que Beatle et en solo. Mais son tempérament impulsif, sa langue acérée et sa vision tranchée du monde lui ont valu de nombreuses inimitiés. Il n’hésitait jamais à exprimer ses opinions, quitte à froisser des pairs, des fans ou des critiques.

Ses désaccords avec d’autres artistes allaient bien au-delà d’un simple mépris musical : ils reflétaient ses propres contradictions, ses évolutions et ses luttes internes. Lennon ne détestait pas toujours un artiste dans l’absolu ; il pouvait le critiquer sévèrement à un moment donné et l’admirer à un autre. Ses ennemis étaient souvent des reflets de ses propres obsessions.

Sommaire

Paul McCartney : Une amitié devenue confrontation publique

Si John Lennon a eu un adversaire de taille dans sa carrière, c’est bien Paul McCartney. Leur amitié de jeunesse et leur alchimie musicale ont propulsé les Beatles au sommet, mais dès la fin des années 1960, leur relation s’est tendue.

Leurs différences artistiques et personnelles se sont exacerbées à partir de 1968, notamment autour de la gestion financière du groupe. Lorsque les Beatles se séparent officiellement en 1970, les tensions explosent : McCartney accuse Lennon d’avoir précipité la fin du groupe et Lennon voit en McCartney un artiste conventionnel et prétentieux.

Le conflit atteint son paroxysme en 1971 avec un échange de chansons venimeuses :

  • “Too Many People” de McCartney (sur Ram) critique l’attitude de Lennon et Yoko Ono.
  • “How Do You Sleep?” de Lennon (sur Imagine) est une attaque cinglante, avec des paroles comme “The only thing you done was Yesterday”.

Pourtant, malgré cette guerre médiatique, les deux hommes restent liés. Avec le temps, Lennon reconnaît que leur rivalité était aussi une façade : “Tout ce que j’ai fait, c’est réagir à Paul. On était comme un couple qui se dispute après un divorce”. En privé, dans les derniers mois de sa vie, il parle même de reformation des Beatles.

Blood, Sweat & Tears : Une vision du rock opposée

Dans les années 1970, le rock devient plus sophistiqué, incorporant des éléments de jazz et de fusion. Des groupes comme Blood, Sweat & Tears incarnent cette tendance. Lennon, attaché à un rock brut et sincère, déteste cette approche, la qualifiant de “baratin musical” et de “tentative de rendre le rock trop technique”.

Il ne cache pas non plus sa frustration lorsque leur album remporte un Grammy Award, devançant Abbey Road. Pour lui, le rock ne devait pas être un exercice intellectuel mais une expression viscérale.

Joan Baez et la folk traditionnelle : Une approche trop académique

Lennon a toujours eu une relation complexe avec la musique folk. D’un côté, Bob Dylan est une influence majeure sur ses textes et sa conscience politique. De l’autre, il méprise une folk trop académique ou élitiste, représentée selon lui par Joan Baez et Judy Collins.

En 1971, il ironise : “Je ne peux pas écouter ces trucs. Pour moi, la folk, c’est Dylan ou les chants de mineurs de Newcastle”. Cette déclaration illustre son rejet d’une musique perçue comme prétentieuse et déconnectée du réel.

Frank Zappa : Entre respect et agacement

Frank Zappa et John Lennon partagent un point commun : une méfiance absolue envers l’industrie musicale et les critiques. Pourtant, Lennon le voit aussi comme trop cérébral, un artiste qui sur-analyse la musique au lieu de la ressentir.

“Je comprends ce que ressent Zappa. Il veut prouver son génie au monde, et il est enragé quand on ne le reconnaît pas”, explique Lennon. Il l’admire, mais trouve son approche trop intellectuelle, lui préférant un rock plus instinctif.

Bob Dylan : Une amitié devenue froide

Dylan et Lennon ont partagé une amitié fascinante et compliquée. Dylan initie Lennon à la marijuana, et leur rencontre en 1964 influence des albums comme Rubber Soul.

Mais dans les années 1970, Lennon devient de plus en plus sceptique sur l’évolution artistique de Dylan, en particulier son virage vers la musique chrétienne avec Slow Train Coming en 1979.

Lennon se moque de “Gotta Serve Somebody”, disant que “les paroles sont embarrassantes et la musique médiocre”. Pour lui, Dylan trahissait son propre héritage rebelle en se tournant vers la religion.

Les Rolling Stones et Mick Jagger : Entre admiration et rivalité

La rivalité Beatles-Stones a toujours été alimentée par la presse, mais Lennon avait un respect ambigu pour Mick Jagger.

D’un côté, il reconnaissait leur importance, mais il critiquait leur tendance à imiter les Beatles. Il affirmait que chaque innovation des Beatles était suivie d’une copie par les Stones :

  • Sgt. Pepper → Their Satanic Majesties Request
  • All You Need Is Love → We Love You

Lennon n’appréciait pas non plus le positionnement des Stones comme plus “rebelles” que les Beatles. Il déclara en 1970 : “Les Stones ne sont pas plus révolutionnaires que nous. Ce sont juste des suiveurs”.

Pourtant, malgré ces attaques, Lennon et Jagger resteront en contact. Dans les années 1970, Lennon ironisera sur leur rivalité, reconnaissant que “Mick fait son show, et moi le mien”.

Pourquoi Lennon était-il si tranchant avec ses pairs ?

Lennon était un homme en quête perpétuelle de vérité. Il détestait l’hypocrisie, l’imitation et le conformisme. Ses critiques n’étaient pas toujours justes, mais elles reflétaient son besoin de se démarquer et d’affirmer son individualité.

Il était aussi un homme en constante évolution :

  • Il méprisait les conventions, mais adorait briser les codes.
  • Il rejetait les figures d’autorité, mais voulait être reconnu comme une voix influente.
  • Il adorait provoquer, mais cherchait l’amour et l’authenticité.

Ses relations avec ses pairs oscillent entre admiration et mépris, car Lennon était profondément humain et contradictoire. Il pouvait critiquer violemment un artiste et, quelques années plus tard, reconnaître ses qualités.

Un héritage indélébile

Aujourd’hui, les critiques de Lennon font partie de son histoire fascinante et tumultueuse. Elles montrent qu’il n’était pas un simple artiste de légende, mais un homme passionné, torturé, et engagé.

Même lorsqu’il attaquait ses contemporains, Lennon restait fidèle à lui-même : honnête, direct et intransigeant. Et c’est peut-être pour cela qu’il continue d’être aussi fascinant des décennies après sa disparition.

Comme il le disait lui-même : “Je suis un égoïste, un rêveur et un révolutionnaire. Et c’est pour ça que je suis encore là.”


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