En 1989, alors que George Harrison s’apprête à conclure une décennie marquée par des projets solo contrastés et une aventure musicale fructueuse avec les Traveling Wilburys, il publie la compilation Best Of Dark Horse 1976–1989. Cet album récapitulatif met en lumière la richesse de son catalogue post-Apple, marquant ainsi son parcours au sein de son propre label, Dark Horse Records. Parmi les trois inédits qui y figurent, Poor Little Girl se distingue comme une composition vibrante et emblématique de cette période.
Genèse et enregistrement
Poor Little Girl est enregistrée en mars 1989, dans la continuité du travail entrepris avec Jeff Lynne, le complice musical qui avait largement contribué à l’album Cloud Nine deux ans plus tôt. Le morceau reflète ainsi les sonorités riches et sophistiquées qui caractérisent cette association : une production soignée, des arrangements méticuleux et une énergie pop-rock teintée de nostalgie.
Sur le plan instrumental, George Harrison assure non seulement la guitare électrique, mais introduit également le banjo dans l’arrangement, ajoutant une touche originale à la composition. Jeff Lynne, outre ses chœurs reconnaissables entre mille, prend en charge la basse et les claviers, tandis que Richard Tandy, ex-Electric Light Orchestra, enrichit la texture musicale avec son jeu au piano. Le saxophone de Jim Horn apporte un souffle jazzy et Ian Paice, batteur légendaire de Deep Purple, assure une rythmique efficace, conférant au morceau une assise solide.
Une sortie discrète et un parcours atypique
Lors de sa sortie le 27 novembre 1989, Poor Little Girl n’est pas mise en avant comme un single à part entière. Elle figure cependant sur la face B du 45 tours britannique de Cheer Down, un titre lui-même tiré de la bande originale du film L’Arme Fatale 2. Le 12 pouces de ce même single inclut également Crackerbox Palace, un classique de Thirty Three & 1/3 (1976), créant ainsi une connexion entre les différentes époques de la carrière solo de Harrison.
Malgré cette exposition limitée, Poor Little Girl trouve une place notable dans la discographie de George Harrison grâce à son intégration à Best Of Dark Horse 1976–1989, une compilation qui vise à retracer l’évolution de son style musical sur plus d’une décennie. Ce morceau devient ainsi le premier titre original d’Harrison à voir le jour après le succès de Cloud Nine et avant sa collaboration avec Eric Clapton sur l’album Live In Japan (1992).
Analyse musicale et thématique
D’un point de vue stylistique, Poor Little Girl incarne parfaitement le son de la fin des années 1980, où la production ample et réverbérée s’allie à une mélodie accrocheuse. L’influence de Jeff Lynne est palpable dans le soin apporté aux harmonies vocales et à la construction du morceau, qui alterne passages doux et montées en puissance plus marquées.
L’écriture de Harrison, fidèle à son habitude, mêle une apparente simplicité à des nuances plus profondes. Le texte semble raconter l’histoire d’une jeune fille perdue, peut-être une métaphore de l’innocence malmenée par le temps et les désillusions. Ce thème récurrent chez Harrison, où il questionne la fragilité humaine face aux contingences de la vie moderne, renvoie à ses explorations philosophiques et spirituelles.
Un titre qui mérite une redécouverte
Si Poor Little Girl ne jouit pas de la notoriété de certains standards de George Harrison, elle demeure une pièce essentielle pour comprendre l’évolution de son style à la fin des années 1980. Son association avec Jeff Lynne lui confère une production efficace et raffinée, témoignant de la volonté de l’ancien Beatle de moderniser son approche musicale sans renier ses racines.
Aujourd’hui, le morceau reste relativement confidentiel, apparaissant principalement sur Best Of Dark Horse 1976–1989 et, indirectement, sur certaines éditions de Live In Japan. Pourtant, à l’écoute, il s’inscrit dans la lignée des meilleures compositions de Harrison, avec cette même sensibilité qui a toujours fait de lui un compositeur unique et inspiré.
Alors que l’héritage musical de George Harrison continue d’être redécouvert et réévalué, Poor Little Girl mérite sans doute une attention renouvelée. Elle illustre à merveille la période de transition entre le renouveau qu’a représenté Cloud Nine et l’aboutissement de ses explorations scéniques avec Live In Japan. Un joyau discret, mais précieux, dans l’œuvre d’un artiste qui n’a jamais cessé d’évoluer.
