En 1976, Wings At The Speed Of Sound marque l’apogée du groupe Wings, en pleine tournée mondiale. Paul McCartney souhaite prouver qu’il ne s’agit pas d’un simple prolongement de sa carrière solo et partage ainsi le chant avec les autres membres. L’album, enregistré rapidement entre deux concerts, inclut les tubes “Silly Love Songs” et “Let ‘Em In”, qui assurent son immense succès commercial. Malgré des critiques mitigées sur son homogénéité, l’album s’impose comme un jalon clé de l’ère Wings.
En 1976, lorsqu’apparaît Wings At The Speed Of Sound, le groupe Wings est à l’apogée de sa notoriété. Depuis 1973, Paul McCartney, Linda McCartney et Denny Laine, rejoints plus tard par Jimmy McCulloch et Joe English, enchaînent succès après succès. L’album précédent, Venus And Mars, sorti en 1975, a été un best-seller, propulsant Wings sur les routes de la gigantesque tournée Wings Over The World. à ce moment, la formation remplit des salles dans le monde entier et fait la couverture des magazines musicaux. L’ambition affichée de McCartney depuis la création du groupe – consolider une entité démocratique et scénique – est en train de s’accomplir.
Pourtant, derrière cette façade triomphale, Wings At The Speed Of Sound se révèle un album atypique, symbole d’une dynamique interne bien différente. Paul choisit en effet de s’effacer partiellement au profit des autres membres : chacun se voit attribuer un titre à chanter. La décision vise à répondre aux critiques accusant Wings d’être « un prétexte pour McCartney ». Sur ce cinquième album de Wings, l’ex-Beatle souhaite démontrer que la formation n’est pas un simple prolongement de sa propre carrière, mais bien un groupe uni, et capable de se départager les feux de la rampe.
Sommaire
- Un cheminement entre deux tournées
- Une volonté de collégialité
- La genèse des chansons : rapidité et spontanéité
- Une place pour chaque voix
- Joe English
- Denny Laine
- Jimmy McCulloch
- Linda McCartney
- La session de cuivres : un élargissement du son Wings
- Pochette minimaliste et typographie lumineuse
- La sortie et l’accueil critique
- Deux singles phares : « Silly Love Songs » et « Let ‘Em In »
- « Silly Love Songs »
- « Let ‘Em In »
- Le track-by-track
- « Let ‘Em In »
- « The Note You Never Wrote »
- « She’s My Baby »
- « Beware My Love »
- « Wino Junko »
- « Silly Love Songs »
- « Cook Of The House »
- « Time To Hide »
- « Must Do Something About It »
- « San Ferry Anne »
- « Warm And Beautiful »
- Les sessions bonus : la version CD de 1993
- « Walking In The Park With Eloise »
- « Bridge On The River Suite »
- « Sally G »
- La tournée Wings Over The World
- Des critiques en demi-teinte
- Bilan commercial éclatant
- « Silly Love Songs »
- « Let ‘Em In »
- Une suite logique
- Rééditions et héritage
- Vue d’ensemble
- Après-coup
- La tournée comme aboutissement
- Rencontres et anecdotes
- Points de discorde
- Postérité
- Nouvelle vie dans les rééditions
- Un album ancré dans la mémoire des fans
- Réception finale et legs de l’album
- Un pont entre la scène et le disque
Un cheminement entre deux tournées
Wings At The Speed Of Sound se conçoit dans un laps de temps relativement court, entre deux segments de la tournée mondiale. Au cours de l’année 1975, Wings triomphe déjà en Australie, où le public réserve un accueil chaleureux à la nouvelle line-up (Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Jimmy McCulloch, Joe English). Après quelques semaines de repos, la formation se retrouve à Abbey Road à partir de la fin 1975 et en tout début d’année 1976. L’idée de Paul est d’enregistrer un disque assez vite, pour nourrir la tournée imminente qui va sillonner l’Europe et l’Amérique du Nord.
Ce choix du studio d’Abbey Road marque un retour au bercail : depuis Red Rose Speedway (1973), McCartney n’avait plus enregistré un album complet en Angleterre. Les projets Band On The Run et Venus And Mars s’étaient faits en partie à l’étranger (Nigeria, La Nouvelle-Orléans…), symbolisant l’errance créative de Paul et Linda pour échapper aux taxes et pour s’imprégner de nouveaux horizons. Cette fois, le calendrier impose de travailler à Londres. Wings n’a pas le loisir de partir en excursion exotique : la tournée se profile, la presse les attend, et l’album doit sortir avant l’été 1976.
Une volonté de collégialité
Parallèlement à ce contexte d’urgence, Paul nourrit la volonté de faire taire les critiques. Certains, depuis la création de Wings, estiment que le groupe n’est qu’une extension de la carrière solo de l’ancien Beatle, que Linda est une présence imposée, et que Denny Laine, Jimmy McCulloch ou Joe English sont des subalternes interchangeables. Pour démentir ces affirmations, McCartney opte pour une approche collective. Chaque membre doit briller, au moins sur un morceau.
Ainsi, sur les onze chansons de l’album, on trouve :
- Des morceaux chantés par Paul McCartney, évidemment, mais moins nombreux que d’habitude.
- Des titres offerts à Linda (« Cook Of The House »), à Denny Laine (« The Note You Never Wrote » et sa propre composition « Time To Hide »), à Jimmy McCulloch (« Wino Junko »), et même à Joe English (« Must Do Something About It »).
Cette distribution inédite renforce l’identité de groupe, tout en permettant aux individualités de s’exprimer. Dans l’esprit de Paul, c’est un rappel à l’intention du public et de la critique : Wings n’est plus seulement « Paul McCartney et son entourage ». Cette fois, c’est un véritable collectif, où la diversité des voix et des inspirations doit s’incarner sur disque.
La genèse des chansons : rapidité et spontanéité
Selon McCartney, Wings At The Speed Of Sound ne lui a « pas pris beaucoup de temps ». Il commence à ébaucher des idées juste après des vacances familiales à Hawaï fin 1975. De retour en Angleterre, il se met à composer en rafale, puis le groupe entre en studio vers janvier-février 1976 pour finaliser l’album. Une partie du travail a toutefois commencé plus tôt : en octobre 1975, la formation a déjà enregistré des bases à Abbey Road, juste avant de partir en Australie.
L’album évolue donc par à-coups, coincé entre la nécessité de répéter pour la tournée et celle de rendre le projet cohérent. Les prises se réalisent dans une ambiance studieuse mais rapide. Peter Henderson, ingénieur du son assistant, se souvient de l’efficacité de Paul : « Il faisait deux prises pour la voix, puis demandait “laquelle est la meilleure ?”. Quand il jouait de la guitare, il donnait tout. » Même si la volonté de McCartney est de partager le micro, il reste le producteur et le moteur principal, ce qui explique la cadence serrée en studio.
Une place pour chaque voix
De tous les albums de Wings, Wings At The Speed Of Sound se singularise donc par son pluralisme vocal. Paul McCartney, selon ses propres mots, veut offrir « une piste à chacun » :
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Joe English
reprend la chanson « Must Do Something About It », initialement destinée à Paul. McCartney, l’ayant entendu chanter la démo, estime que sa voix convient mieux. Joe, batteur américain, s’impose alors comme un vocaliste surprenant, doux et expressif.
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Denny Laine
se voit confier « The Note You Never Wrote », écrite par Paul, et propose également « Time To Hide », qu’il signe lui-même. Par le passé, Denny a déjà chanté sur d’autres albums de Wings (par exemple « No Words » sur Band On The Run, « Spirits of Ancient Egypt » sur Venus And Mars), mais c’est ici qu’il occupe vraiment l’espace, prouvant qu’il reste un chanteur à part entière.
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Jimmy McCulloch
, du haut de ses 23 ans, compose « Wino Junko » avec Colin Allen. Sur l’album précédent, il avait déjà participé avec « Medicine Jar ». Comme pour ce dernier, le thème aborde de façon oblique les pièges de la drogue et de l’alcool. Jimmy conserve son style rock, porté par une guitare nerveuse, et chante d’une voix juvénile mais convaincante.
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Linda McCartney
hérite de « Cook Of The House », un morceau qui met en valeur son côté chaleureux et familial. Ce titre, léger et rétro, se veut un clin d’œil au style rock’n’roll basique, voire un retour aux racines. Linda n’est pas une chanteuse virtuose, et la critique sera sévère à l’égard de cette chanson. Paul, toutefois, assume, rappelant qu’il tient à impliquer son épouse dans l’aventure.
Cette distribution inhabituelle a une conséquence : McCartney lui-même ne chante que cinq titres, parmi lesquels « Let ‘Em In » et « Silly Love Songs », les futurs singles phares. Or, on peut remarquer que ces singles dominent outrageusement la suite dans les charts, ce qui accentue le paradoxe entre la volonté de partager le micro et la starification inévitable de Paul. Les autres contributions vocales, certes bienvenues, ne reçoivent pas la même exposition médiatique.
La session de cuivres : un élargissement du son Wings
Dans la foulée de Venus And Mars, Wings intègre officiellement une section de cuivres sur scène. On y retrouve Steve « Tex » Howard (trompette, bugle), Tony Dorsey (trombone), Thaddeus Richard (saxophone, clarinette, flûte) et Howie Casey (saxophone). Sur l’album, ces musiciens ajoutent couleur et puissance, soutenant la facette plus orchestrée d’un McCartney toujours friand d’arrangements cuivrés.
L’album se cale donc dans la continuité de la tournée Wings Over The World, qui exige des orchestrations plus vastes. Sur scène, l’arrivée des cuivres dynamise des morceaux comme « Let ‘Em In » ou « Silly Love Songs », qui deviennent des moments forts du show. Les enregistrements de l’époque attestent de cette vitalité scénique : cuivres résonnants, chœurs festifs, gimmicks accrocheurs. Paul cultive cette dimension pop-spectacle qui le reconnecte à la frénésie du live, loin des conditions plus minimalistes vécues à Lagos ou ailleurs.
Pochette minimaliste et typographie lumineuse
Au niveau visuel, Wings At The Speed Of Sound se démarque de l’esthétique extravagante de Venus And Mars ou Band On The Run. Ici, la pochette se veut simple : un lettrage rouge-orangé, formant les mots « WINGS AT THE SPEED OF SOUND » sur la devanture d’un cinéma londonien (le Leicester Square Theatre). L’établissement affiche alors The Return Of The Pink Panther, un clin d’œil à la vogue de la série. Dans un esprit d’efficacité, cette façade photographiée par Hipgnosis et George Hardie ne présente ni gatefold ni texte. à l’arrière, on retrouve des montages photo signés Clive Arrowsmith, présentant chaque musicien.
Contrairement à l’habitude de McCartney, l’album ne s’embarrasse pas de livrets détaillés ou de gadgets. Après tout, le temps presse : la tournée reprend, et l’ex-Beatle sait que le public achètera l’album pour son contenu musical plus que pour un packaging élaboré. Wings At The Speed Of Sound s’inscrit donc dans une ligne plus sobre, quoique la teinte colorée reste accrocheuse.
La sortie et l’accueil critique
L’album paraît le 22 mars 1976 aux états-Unis, et le 26 mars au Royaume-Uni. Dès ses premiers jours, il s’empare des hauteurs des charts. Au Royaume-Uni, il culmine à la deuxième place, juste derrière Frampton Comes Alive ! de Peter Frampton, tandis qu’aux états-Unis, il occupe la pole position sept semaines non-consécutives, sur fond d’une concurrence déloyale… signée Beatles. En effet, Apple/EMI réédite la compilation Rock’n’Roll Music, qui se classe numéro 2 au Billboard. Dans cette confrontation symbolique, Wings l’emporte, confirmant la popularité de McCartney auprès du public américain.
Les critiques, elles, se montrent plus partagées. Certaines louent la spontanéité, l’esprit collectif, la mise en avant d’autres voix, le sens de la mélodie toujours présent chez Paul. D’autres regrettent le manque d’unité et de morceaux vraiment marquants. Quelques journalistes reprochent même à McCartney d’avoir proposé des chansons « mineures » tout en confiant des plages à son entourage, comme si l’album n’était pas suffisamment porté par sa patte. Dans l’ensemble, Wings At The Speed Of Sound est apprécié pour ses tubes, mais jugé moins ambitieux que Band On The Run ou moins varié que Venus And Mars.
Deux singles phares : « Silly Love Songs » et « Let ‘Em In »
La réussite de l’album s’explique en grande partie par ses deux singles, qui vont tous deux cartonner.
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« Silly Love Songs »
, publié en avril 1976, s’adresse directement aux détracteurs reprochant à Paul de ne composer que des bluettes sentimentales. La chanson leur répond avec ironie : « Some people want to fill the world with silly love songs… and what’s wrong with that? » Sur un rythme disco-pop, une basse omniprésente (exécutée par Paul), et des harmonies légères, le titre grimpe numéro 1 aux états-Unis, se vendant en masse. Au Royaume-Uni, il parvient à la deuxième place. Ce coup de maître conforte McCartney dans sa posture de génie pop indémodable.
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« Let ‘Em In »
, lancé en juin 1976 (juillet au Royaume-Uni), est un hymne à l’ouverture. Musicalement simple (une intro de piccolo, un pattern rythmique répétitif), ses paroles énumèrent des noms d’invités fictifs ou réels (Sister Suzie, Brother John, Martin Luther, etc.). Au Royaume-Uni, elle se hisse au numéro 2, et aux états-Unis, à la troisième place. Cette chanson, souvent jouée en concert, devient un hymne festif où la section de cuivres brille de mille feux.
Le succès combiné de ces deux singles, tous deux signés McCartney, surpasse aisément la résonance des autres plages de l’album, qui passent plutôt inaperçues dans les charts. Parallèlement, la tournée Wings Over America démarre au mois de mai 1976, offrant une publicité sans précédent aux nouvelles chansons.
Le track-by-track
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« Let ‘Em In »
(Paul et Linda McCartney)
- Introduction douce au piano, rejointe par un piccolo, la chanson se développe sur un motif répétitif. Paroles égrainant des noms, comme si Paul invitait le monde entier à sa porte. Dotée d’un refrain accrocheur, elle devient un incontournable de la setlist en concert.
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« The Note You Never Wrote »
(Paul et Linda McCartney)
- Chantée par Denny Laine, elle dégage une ambiance mélancolique, voire brumeuse. Les fans saluent la performance vocale de Denny, qui apporte un relief plus sombre. Sur scène, le titre sera peu joué, mais apprécié de ceux qui aiment la facette plus introspective de Wings.
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« She’s My Baby »
(Paul et Linda McCartney)
- Ballade enlevée, sur un tempo moyen, où Paul reprend son rôle principal. Les arrangements sont clairs, la basse se fait discrète, et la production vise une simplicité pop. Rarement citée comme un classique, elle illustre la facette romantique de McCartney.
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« Beware My Love »
(Paul et Linda McCartney)
- Titre rock plus appuyé, culminant avec une longue section rythmique. Sur scène, la chanson gagne en intensité. Elle demeure l’un des morceaux les plus énergiques de l’album, où la voix de Paul monte en puissance. Il semble qu’une version initiale ait impliqué le batteur John Bonham (Led Zeppelin) pour une démo, mais ce dernier n’apparaît pas officiellement sur l’album final.
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« Wino Junko »
(Jimmy McCulloch, Colin Allen)
- Composée et chantée par McCulloch, abordant le thème de l’abus de substances. Son style rock bluesy correspond bien à Jimmy, qui exprime un mélange d’alerte et de dérision. Musicalement, elle s’insère dans la lignée de « Medicine Jar » (sur Venus And Mars).
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« Silly Love Songs »
(Paul et Linda McCartney)
- Numéro 1 américain en 1976. Incontournable du répertoire de McCartney, c’est le manifeste pop par excellence, parsemé d’un riff de basse clair et répétitif, de chœurs légers et d’un pont discoïde. Paul s’y moque gentiment de ses critiques, tout en offrant un tube imparable. Sur scène, la chanson s’étire en un moment de liesse collective, soutenue par la section cuivres.
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« Cook Of The House »
(Paul et Linda McCartney)
- Chantée par Linda, qui s’y met en valeur sur un registre sciemment rétro. Enregistrée avec Paul à la contrebasse, la piste renvoie à une ambiance années 50. La critique se montre globalement peu enthousiaste, pointant des faiblesses vocales de Linda, mais McCartney s’en amuse, assumant la dimension légère et familiale.
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« Time To Hide »
(Denny Laine)
- Composée, chantée et jouée à l’harmonica par Denny Laine. Rock direct, à la rythmique nerveuse, devenu un incontournable en concert où Denny se met en avant. Sur la tournée Wings Over America, « Time To Hide » figure parmi les moments marquants pour les fans qui apprécient voir Denny briller.
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« Must Do Something About It »
(Paul et Linda McCartney)
- Au départ, Paul avait posé la voix, mais une version a été enregistrée avec Joe English au chant. Conquis par le timbre de Joe, Paul lui laisse la version définitive, en signe de confiance. Sur album, la chanson est douce, mid-tempo, racontant un mal-être devant la nécessité de se bouger.
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« San Ferry Anne »
(Paul et Linda McCartney)
- Ballade courte, à l’ambiance feutrée, évoquant un petit vent jazzy. Le titre est un jeu de mots dérivé du français « Ça ne fait rien ». L’orchestration subtile laisse entendre des touches de cuivre légères. Le tout se veut atmosphérique.
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« Warm And Beautiful »
(Paul et Linda McCartney)
- Titre final, ballade à la fois romantique et solennelle, où Paul livre une performance vocale épurée. Très courte (3:13), elle conclut l’album sur une note tendre. Certains y voient un écho à la tradition de l’album-closer émouvant, démarche fréquente chez McCartney (on songe à « Nineteen Hundred and Eighty Five » sur Band On The Run ou « Warm And Beautiful » elle-même comme un élan final de douceur).
Les sessions bonus : la version CD de 1993
Dans la réédition de 1993 (The Paul McCartney Collection), trois titres sont ajoutés, tous enregistrés en 1974 à Nashville :
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« Walking In The Park With Eloise »
, crédité à James McCartney (le père de Paul), un instrumental country.
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« Bridge On The River Suite »
, un autre instrumental.
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« Sally G »
, face B du single « Junior’s Farm » (1974), un country typique de l’escapade nashvillienne.
Ces bonus confirment la versatilité de Paul, mais n’appartiennent pas au corps initial de l’album.
La tournée Wings Over The World
La sortie de l’album coïncide avec le grand départ de la tournée mondiale. à partir de mars 1976, Wings sillonne l’Europe, puis traverse l’Atlantique pour la première fois depuis la période Beatles (Paul n’était pas retourné en Amérique du Nord depuis 1966). Le public réserve un accueil triomphal. Paul y joue plusieurs chansons de Wings At The Speed Of Sound :
- « Let ‘Em In »,
- « Silly Love Songs »,
- « Time To Hide »,
- « Beware My Love ».
Chacune prend une ampleur scénique incontestable, renforçant l’idée que l’album est conçu pour la scène, a fortiori avec la présence de la section de cuivres. Les live sont documentés par l’album triple Wings Over America (décembre 1976), où figurent d’ailleurs plusieurs extraits de Wings At The Speed Of Sound interprétés devant un public en liesse.
Des critiques en demi-teinte
Malgré le triomphe commercial, la presse est partagée. Certains considèrent l’album comme trop hétéroclite, bâti à la hâte. Rolling Stone y voit une forme de concept humoristique, « un jour passé avec les McCartney », où l’on nous invite à déjeuner (« Cook Of The House »), à découvrir leurs amis (Denny, Jimmy, Joe), avant de terminer sur un final de douceur (« Warm And Beautiful »). Les auteurs saluent la production soignée mais pointent un manque de profondeur dans certaines pistes. On reproche en particulier à Linda un chant approximatif sur « Cook Of The House », ou à Jimmy McCulloch de manquer de présence sur « Wino Junko ».
D’autres observateurs saluent justement cette diversité. Il n’est pas si fréquent qu’un grand nom du rock partage autant la vedette. Denny Laine et Joe English reçoivent un temps de parole inespéré, illustrant la camaraderie interne. L’argument de McCartney est clair : depuis le début, il clame que Wings n’est pas un groupe de session mené par un tyran, mais un ensemble, comme jadis les Beatles, capables de se dédier des plages sur album. Wings At The Speed Of Sound en est l’aboutissement.
Bilan commercial éclatant
Malgré les avis nuancés, l’album s’écoule par millions. Au Royaume-Uni, il reste classé 35 semaines, atteignant la deuxième place, et figure en quatrième position des meilleures ventes de l’année 1976. Aux états-Unis, il s’affiche 51 semaines dans le classement, occupant la première place durant sept semaines non consécutives. Les deux singles y cartonnent :
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« Silly Love Songs »
: un tube radiophonique qui devient l’une des meilleures ventes de 1976.
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« Let ‘Em In »
: solide top 3 américain, top 2 britannique.
Ce succès massif s’explique aussi par la dynamique de la tournée : le public, séduit par les concerts, se rue dans les bacs pour découvrir le nouveau disque. L’album obtient la certification Platine dans plusieurs pays (dont les états-Unis, la France et le Royaume-Uni). Il se vendra, au final, à plus de 3,5 millions d’exemplaires dans le monde.
Une suite logique
Après Wings At The Speed Of Sound et la tournée victorieuse, Wings ne ralentit pas la cadence. Fin 1976 sort Wings Over America, un triple album live qui immortalise cette période flamboyante. En 1977, Paul enregistre « Mull Of Kintyre », énorme succès qui triomphe au Royaume-Uni. La longévité de la formation, pourtant souvent critiquée pour ses changements de personnel, tient bon jusqu’en 1979-1980, avant que Paul ne mette Wings en sommeil pour se consacrer à d’autres projets.
De son côté, Denny Laine poursuivra sa propre route après 1981, tandis que Jimmy McCulloch, déjà rongé par des problèmes personnels, décèdera tragiquement en 1979. Joe English, quant à lui, quittera Wings pour d’autres horizons musicaux, notamment le rock chrétien, emportant avec lui sa voix inattendue.
Rééditions et héritage
En 1993, Wings At The Speed Of Sound est inclus dans la série The Paul McCartney Collection, agrémenté de bonus issus des sessions de Nashville de 1974. Puis, en 2014, l’album est réédité dans la Paul McCartney Archive Collection, avec un nouveau remaster, un DVD contenant des séquences filmées à Wembley ou à Venise, un second CD compilant démos et raretés, dont une version de « Beware My Love » avec John Bonham à la batterie, ou des démos de « Silly Love Songs », etc.
Ces ressorties suscitent de l’intérêt pour des morceaux moins exposés. Par exemple, « Must Do Something About It » en version chantée par Paul circule dans ces bonus, tout comme un enregistrement plus brut de « Let ‘Em In ». Les fans découvrent le processus de création, une spontanéité parfois mieux mise en valeur dans les démos que sur le mix final.
Vue d’ensemble
La nature singulière de Wings At The Speed Of Sound réside dans son équilibre entre la volonté de McCartney de diriger (il reste producteur, écrit la majorité des chansons) et son désir d’ouvrir l’espace à ses coéquipiers. Cette dimension collective a beau être saluée dans le principe, elle ne convainc pas toujours les critiques, qui estiment que l’album manque d’un fil conducteur ou d’une grande inspiration. Néanmoins, le public ne boude pas son plaisir : l’époque est à la musique festive, la radio diffuse en boucle les hits, et Wings profite d’un engouement rare.
L’album se veut également un instantané des préoccupations de McCartney en 1976. Les influences disco affleurent dans « Silly Love Songs », marquant la curiosité de Paul pour les rythmiques dansantes de l’époque. Le thème du couple, du foyer (Linda cuisine, ou Paul se moque des « chansons d’amour gnan-gnan »), reflète sa vie paisible en dehors des tournées. Le ton se veut souvent léger, familial, comme si Wings invitait l’auditeur à partager leur quotidien.
Après-coup
Au fil des ans, de nombreux fans estiment que Wings At The Speed Of Sound fait partie des albums mineurs de McCartney, loin de l’excellence de Band On The Run ou du charme de Ram. D’autres, au contraire, y voient une étape cruciale pour comprendre l’apogée scénique de Wings en 1976. Les titres, parfaitement calibrés pour le live, fonctionnent à merveille en concert. L’album ne manque pas de pépites : « Beware My Love » conquiert son statut de rock intense, « Time To Hide » demeure l’un des meilleurs moments de Denny Laine, et « Must Do Something About It » prouve que Joe English est loin d’être un simple batteur.
Par ailleurs, du strict point de vue commercial, c’est un succès massif, l’un des plus retentissants de McCartney dans les années 70. Ce triomphe valide la stratégie du groupe : un album vite fait, tourné vers la simplicité, agrémenté de deux singles imparables. D’ailleurs, « Silly Love Songs » demeure aujourd’hui un des morceaux emblématiques de McCartney, régulièrement repris en concert ou sur les compilations.
La tournée comme aboutissement
Pour comprendre pleinement la résonance de l’album, il faut garder à l’esprit la tournée Wings Over America. à partir du printemps 1976, Wings se lance dans un périple gigantesque, survolant l’Europe, l’Australie, puis traversant l’Atlantique pour la première fois depuis 1966 pour McCartney. L’album Wings At The Speed Of Sound tombe à pic, fournissant des titres neufs pour la scène. Le show se compose d’un savant mélange : chansons emblématiques des Beatles, succès de Wings, et donc extraits de l’album. Sur place, les salles sont combles, l’ambiance euphorique.
En décembre 1976, McCartney sort l’album live Wings Over America, triple vinyle qui inclut justement des versions fougueuses de « Let ‘Em In », « Silly Love Songs », « Time To Hide » ou « Beware My Love ». Le public qui découvre l’opus live se rend compte de la puissance scénique de ces titres. C’est alors que la popularité de Wings At The Speed Of Sound se prolonge, car l’album studio bénéficie du relais des concerts.
Rencontres et anecdotes
Au fil de l’enregistrement, Paul croise divers collaborateurs. Certains instruments, comme le bugle, la flûte, ou le trombone, sont joués par la section de cuivres qui accompagne Wings sur scène. Tony Dorsey, Thaddeus Richard, Steve Howard, Howie Casey… tous ces noms apparaissent déjà sur Venus And Mars, et poursuivent leur collaboration. L’ingénieur du son principal, Geoff Emerick, habituel complice de Paul depuis Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, n’est pas présent à plein temps, mais participe à finaliser le son.
Dans l’urgence de l’enregistrement, la tension est moins forte que pour Band On The Run, car le groupe ne se trouve pas dans un environnement hostile. Abbey Road est familier, Londres est la base de repli, et la dynamique scénique donne de l’énergie. Paul s’appuie sur l’expertise de Peter Henderson et d’autres ingénieurs pour obtenir un rendu clair et direct, sans trop de prise de tête.
Points de discorde
Malgré l’ambiance positive, certaines critiques n’épargnent pas Linda, régulièrement moquée pour sa chanson « Cook Of The House ». Les détracteurs estiment qu’elle n’a pas le niveau pour figurer en lead vocal sur un album grand public. Par ailleurs, la chanson se révèle courte, anodine, au point d’être considérée comme un « filler ». Mais dans l’esprit de Paul, c’est un moment de fraîcheur, rappelant que Linda est la maîtresse de maison, la partenaire depuis le début de Wings, et qu’elle a toute légitimité à s’exprimer.
Au sein du groupe, on note quelques divergences artistiques. Jimmy McCulloch, jeune guitariste talentueux, aspire parfois à un rock plus dur, alors que McCartney privilégie la pop accessible. Denny Laine, quant à lui, est ravi de chanter, mais reste dans l’ombre du charisme de Paul. Joe English se plaît à la fois comme batteur et vocaliste d’appoint, même s’il sait que la star reste McCartney. Finalement, ce pluralisme n’est pas exempt de tension, mais se déploie dans une ambiance globalement positive.
Postérité
Aujourd’hui, Wings At The Speed Of Sound n’est pas toujours cité parmi les incontournables de Paul McCartney. Il se place souvent derrière Band On The Run, Ram ou même Venus And Mars dans les préférences des fans et critiques. Cependant, il recèle deux tubes majeurs, « Silly Love Songs » et « Let ‘Em In », qui ont marqué la culture pop des années 70. On retient également qu’il est le seul album de Wings où tous les membres chantent un titre, un fait unique dans la discographie de McCartney, toutes époques confondues.
Pour certains, c’est précisément cette variété vocale qui fait son charme, révélant la dimension collaborative qui fut si chère à Paul. D’autres estiment qu’il s’agit d’un album trop hétéroclite, qui part dans toutes les directions et manque d’une vision artistique forte. Pourtant, l’impact commercial prouve que le public a suivi, souvent grâce à la puissance des deux singles. L’album se classe numéro 1 aux états-Unis, numéro 2 au Royaume-Uni, vendant plus de 3 millions d’exemplaires et confirmant la popularité de Wings en pleine ère disco/pop.
Nouvelle vie dans les rééditions
Après la première sortie CD en 1984, puis la version enrichie de 1993, l’année 2014 voit la parution d’une édition Archive Collection. Accompagné d’un DVD et d’un second CD de démos et inédits, ce coffret ravive l’intérêt. Les fans découvrent une démo de « Silly Love Songs », une version de « Beware My Love » avec John Bonham, un enregistrement de Paul sur « Must Do Something About It », etc. Cette plongée dans les coulisses éclaire le processus collectif et rapide qui a présidé à la création de l’album.
Les historiens de la musique se plaisent à replacer ce disque dans le contexte de 1976 : la fulgurante ascension de Wings en live, la montée du disco, la presse avide de nouvelles du tandem Paul/Linda, et l’émergence d’autres phénomènes pop/rock. Wings At The Speed Of Sound incarne un certain état d’esprit, celui d’une légèreté estivale, où le plus gros effort est mis sur la séduction du grand public.
Un album ancré dans la mémoire des fans
Indéniablement, Wings At The Speed Of Sound est associé à la tournée Wings Over America, qui aboutit à un triomphal album live en fin d’année 1976. Les versions scéniques de « Time To Hide », « Let ‘Em In » ou « Beware My Love » marquent durablement l’imaginaire collectif. L’album, par lui-même, est peut-être moins révolutionnaire que Band On The Run, mais il remplit sa fonction : donner à Wings un répertoire apte à soutenir une vaste tournée mondiale, tout en mettant en avant chacun des membres.
Cette perspective historique montre l’importance de la cohésion de groupe, cherchant à prouver que Wings n’est pas qu’un faire-valoir. Le fait que Joe English, batteur, ait un solo vocal dénote l’ouverture de Paul, même si, dans l’absolu, la notoriété du groupe reste intimement associée au charisme et au talent de McCartney. Denny Laine affirme plus tard que cette dynamique de partage était réelle, mais pas toujours simple à gérer quand Paul, en studio, reprenait in fine le rôle du chef d’orchestre.
Réception finale et legs de l’album
En fin de compte, Wings At The Speed Of Sound symbolise la maturité de Wings en 1976, un groupe désormais rodé à la scène, confiant dans sa popularité, et emporté par une effervescence commerciale. Les critiques sévères disent que c’est un album « de transition » ou qu’il s’apparente à un agrégat de singles. Les fans plus indulgents y voient un moment d’unité et de convivialité, où chacun s’exprime dans un style distinct.
Quoi qu’il en soit, la présence de deux grands hits – « Silly Love Songs » et « Let ‘Em In » – suffit à maintenir l’album dans la mémoire collective. Ces morceaux figurent fréquemment sur les compilations de McCartney, sont repris sur certaines setlists de concert, et ont été samplés ou réinterprétés par d’autres artistes.
En définitive, si l’on devait dresser un panorama de la discographie de Wings, Wings At The Speed Of Sound apparaît comme l’album d’un groupe au faîte de son succès scénique, composant vite, jouant la carte de la diversité, et récoltant un large soutien public grâce à des mélodies imparables. L’absence de prise de risque notoire n’empêche pas l’œuvre d’occuper une place privilégiée dans le parcours de McCartney, cristallisant sa volonté de défendre l’ADN de Wings : un collectif bigarré, soudé autour d’une pop légère et avenante, qu’on aime fredonner, danser, écouter en voiture ou en stade géant.
Un pont entre la scène et le disque
En 1976, la scène est le véritable terrain de jeu de McCartney. L’album n’existe, en quelque sorte, que pour soutenir la tournée. Les plus grandes joies résident dans l’interprétation live. Au niveau discographique, ce parti pris explique peut-être le ton direct des chansons et l’impression d’urgence dans la production. Cependant, l’album n’en demeure pas moins un succès incontestable, alignant sept semaines en tête du classement américain, une deuxième place anglaise, et plus de cinquante semaines de présence dans les charts.
Pour conclure, Wings At The Speed Of Sound n’est pas le chef-d’œuvre de McCartney, mais un jalon incontournable pour quiconque cherche à comprendre le phénomène Wings au milieu des années 70. Il témoigne d’une ouverture artistique où chacun prend la parole, d’une dynamique scénique qui rayonne dans les enregistrements, et d’une écriture visant la simplicité mélodique. Les tubes phares, on le sait, ont perduré jusqu’à nos jours, témoignant du talent mélodique toujours intact de Paul McCartney, roi de la pop approachable et fédératrice.
En somme, c’est un album qui, certes, ne révolutionne pas la musique, mais assoit définitivement Wings comme un groupe de premier plan, tant sur disque que sur scène, à la vitesse du son.
