Magazine Culture

« Kansas City » : quand Paul McCartney ressuscite l’âme du rock’n’roll

Publié le 17 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Avec Kansas City, Paul McCartney rend un hommage vibrant aux racines du rock’n’roll. Enregistrée en 1987 pour Choba B CCCP, cette version réinterprète l’énergie brute du standard immortalisé par Little Richard et les Beatles. Entre puissance vocale et retour aux sources, McCartney insuffle à ce classique une intensité unique, prouvant que l’esprit du rock’n’roll traverse les époques sans perdre de sa magie.


Le rock’n’roll, avec sa fusion d’énergie brute et de mélodies endiablées, ne serait pas ce qu’il est sans ses racines profondes dans les traditions du rhythm and blues, du blues, et du rockabilly. L’une des chansons emblématiques de cette époque, « Kansas City », a été immortalisée par une multitude d’artistes. Paradoxalement, ce morceau a traversé les décennies et les époques, offrant une texture fascinante de réinterprétations. Si les Beatles en ont offert une version mémorable en 1964, c’est finalement Paul McCartney, plusieurs décennies plus tard, qui insuffle à ce morceau une énergie nouvelle et personnelle. C’est à travers son enregistrement de 1987, dans le cadre de l’albumChoba B CCCP, que la chanson prend une nouvelle dimension. Cette relecture solo de McCartney mérite d’être explorée à la lumière de son héritage et de la carrière en constante évolution du musicien.

Sommaire

Les origines de « Kansas City » : De Leiber et Stoller à Little Richard

L’histoire de « Kansas City » remonte à 1952, lorsque le duo de compositeurs Jerry Leiber et Mike Stoller, déjà célèbres pour leur contribution au rock’n’roll, écrivirent ce qui allait devenir l’un des standards les plus repris de l’histoire du genre. La chanson a d’abord été enregistrée par Little Willie Littlefield cette même année, mais c’est en 1959 que « Kansas City » connut un véritable succès grâce à la version de Wilbert Harrison. Ce dernier propulsa le morceau en tête des charts américains, marquant l’imaginaire collectif de l’époque.

Un autre géant du rock, Little Richard, apporta sa propre touche à « Kansas City » avec deux enregistrements distincts en 1955. Le premier, resté inédit jusqu’en 1970, fut suivi d’un second dans lequel il ajouta une section rythmique audacieuse : le désormais célèbre « Hey, hey, hey, hey ». Ce refrain devint une marque de fabrique du rock’n’roll, et c’est cette version qui influença les Beatles.

Les Beatles et « Kansas City » : Un hommage vibrant au rock’n’roll

Les Beatles, toujours avides de s’inspirer de la musique qui façonnait leur époque, apprirent cette chanson de Little Richard et l’introduisirent dans leur répertoire dès 1960. Ils en livrèrent une première version lors de leurs concerts à Hambourg, avant d’enregistrer un morceau pour leur albumBeatles For Saleen 1964. La version des Beatles marqua l’histoire du groupe par sa rythmique effervescente et son énergie contagieuse. « Kansas City » se transforma alors en une pièce incontournable de leur répertoire, un hommage vibrant à l’esprit du rock’n’roll pur et dur.

La chanson est également un témoignage de l’affection que les Beatles portaient à Little Richard, une influence clé dans leur formation musicale. Mais « Kansas City » ne devait pas en rester là. Quoi de plus naturel que Paul McCartney, l’un des grands héritiers de ce son, n’enregistre une nouvelle version, plusieurs décennies plus tard, dans une époque de transition musicale marquée par l’expansion des genres et des influences ?

L’enregistrement de 1987 : Paul McCartney et le retour aux sources

L’année 1987 marque un tournant dans la carrière de Paul McCartney, qui s’essaie à une multitude de projets. Après la fin des années 1980 qui l’avaient vu naviguer entre albums solo et collaborations avec son groupe Wings, McCartney s’adonne à un projet particulier :Choba B CCCP, un album qu’il enregistre en Union Soviétique. Ce projet est une véritable ode aux anciennes gloires du rock’n’roll et du rhythm and blues. Parmi les chansons qui y figurent,Kansas Cityse distingue comme l’une des plus saisissantes.

Enregistré dans le studio Hog Hill Mill en Angleterre, le 20 juillet 1987,Kansas Citys’inscrit dans une série de reprises de morceaux classiques, comme « Lucille », « Summertime », ou encore « I’m In Love Again ». Le morceau ouvre l’album et fait office de prélude à une collection de chansons inspirées par l’âme du rock’n’roll. McCartney est entouré de musiciens talentueux : Mick Green à la guitare, Mick Gallagher aux claviers, et Chris Whitten à la batterie. Ensemble, ils insufflent à ce morceau une énergie brute qui capte à la fois l’esprit du passé tout en y ajoutant la signature personnelle du bassiste des Beatles.

L’albumChoba B CCCPa une histoire tout aussi fascinante que les morceaux qu’il contient. Il est l’un des rares albums de McCartney à être lancé spécifiquement en Union Soviétique, une démarche à la fois symbolique et stratégique dans le contexte de la Guerre Froide. L’album se veut un pont musical entre l’Est et l’Ouest, un échange culturel où la musique des Beatles et de leurs contemporains rencontre les aspirations de l’époque.

La performance vocale de McCartney : Une transformation personnelle

McCartney lui-même a évoqué la difficulté et le défi de rendre hommage à Little Richard, l’un des géants du rock’n’roll qui avait insufflé toute sa folie et sa puissance à « Kansas City ». « Je pouvais imiter la voix de Little Richard, une voix sauvage, éraillée, un cri qui dépasse les limites du corps », raconte McCartney. Ce défi vocal, il l’assume pleinement dans cette reprise, où sa voix déploie toute sa puissance et son énergie. Ce n’est plus seulement une interprétation, mais une véritable immersion dans l’univers de Little Richard. Le processus est une expérience presque mystique, une sortie de soi-même pour incarner l’âme du rock’n’roll.

Le résultat est frappant : McCartney parvient à capter la furie et l’âme de la chanson sans jamais se laisser submerger par son modèle. à l’inverse, il réussit à transposer la vitalité de la chanson tout en y apportant sa propre touche, son style singulier qui mêle respect et innovation.

L’impact de « Kansas City » dans la discographie de McCartney

L’albumChoba B CCCP, sorti le 31 octobre 1988 en Union Soviétique, représente un moment clé de la carrière de Paul McCartney. C’est une exploration du passé musical du rock’n’roll, mais aussi un moyen pour lui de renouer avec ses racines.Kansas Cityy joue un rôle central, non seulement comme un hommage à Little Richard et aux pionniers du genre, mais aussi comme un moyen pour McCartney de se réapproprier la chanson à sa manière, en l’adaptant aux sonorités des années 1980.

Ce morceau se distingue de l’original des Beatles par son approche plus fluide et moins brutale, mais il conserve toute l’énergie vitale qui avait fait la magie de la version de 1964. La reprise de McCartney illustre sa capacité à se réinventer sans jamais renier les fondations qui ont fait sa grandeur. En cela, il s’inscrit dans la lignée de ses propres évolutions musicales, de ses années avec les Beatles à sa carrière solo, marquée par un désir constant d’explorer de nouveaux horizons musicaux tout en restant fidèle à ses influences.

Le souvenir et la continuité : « Kansas City » en concert

La version studio deKansas Cityn’est pas la seule à avoir traversé les années. En 1993, McCartney enregistra une version live de la chanson pour l’albumPaul Is Live, un disque qui retrace ses performances sur scène. Cette réinterprétation témoigne de la longévité du morceau dans le répertoire de McCartney, mais aussi de la manière dont le musicien réinvente sans cesse ses classiques, offrant au public une expérience toujours renouvelée.

« Je n’ai jamais cessé de jouer Kansas City », a déclaré McCartney, soulignant l’importance de cette chanson dans son héritage musical. « Elle incarne l’esprit même du rock’n’roll et de ce qui a façonné ma propre carrière. » Cette chanson, dans son évolution à travers les différentes étapes de la carrière de McCartney, représente un point de passage entre les époques, entre l’ombre des Beatles et la lumière de sa carrière solo.

L’héritage de « Kansas City » : Une passerelle entre les générations

Aujourd’hui encore, « Kansas City » reste l’une des chansons les plus populaires et les plus appréciées des fans de McCartney. Que ce soit dans sa version des Beatles, dans son interprétation solo ou en concert, la chanson incarne l’essence même du rock’n’roll, cette énergie débordante et ce besoin constant de réinventer le passé tout en honorant les traditions.

Pour McCartney, « Kansas City » n’est pas simplement un morceau à reprendre ; c’est un hommage à son propre parcours musical, à ses inspirations, à ses racines. Et cette chanson, traversant les décennies et les styles, continue de vivre à travers l’œuvre d’un artiste dont le génie réside dans sa capacité à toujours revenir à l’essentiel : la musique.


Retour à La Une de Logo Paperblog