En 1978, George Harrison, alors en pleine transition après la sortie de Thirty Three & ⅓ (1976), se retire quelque temps de la scène musicale. Loin des feux des projecteurs et des pressions de l’industrie, il se réfugie à Friar Park, sa résidence, où il mène une existence plus tranquille, élevant des arbres fruitiers et s’adonnant à ses passions personnelles. L’une d’elles, la course automobile, prend une place centrale dans sa vie. L’année précédente, il assiste à de nombreux Grands Prix et se lie d’amitié avec certains des plus grands pilotes de Formule 1, dont Jackie Stewart, Niki Lauda et Emerson Fittipaldi. De cette immersion dans l’univers du sport automobile naît une chanson qui marquera son huitième album solo, George Harrison, sorti en février 1979 : « Faster ».
Sommaire
- L’inspiration derrière « Faster » : De la vitesse à l’introspection
- La production : Un équilibre parfait entre minimalisme et intensité
- La réception et le contexte de la sortie
- Le clip et l’impact visuel
- Conclusion : Une chanson de compétition et de réflexion
L’inspiration derrière « Faster » : De la vitesse à l’introspection
« Faster » est sans doute l’une des chansons les plus intrigantes de la carrière solo de Harrison. Inspirée par l’univers de la course automobile, elle ne se contente pas de décrire la vitesse effrénée des bolides. Harrison va plus loin, en en faisant une réflexion sur l’ambition, la jalousie et la pression qui frappent toute personne confrontée au succès. En particulier, la chanson s’inspire de sa rencontre avec des pilotes de Formule 1, mais aussi des autres formes de compétitions humaines. La question récurrente qui lui était posée par les membres des équipes de F1, « N’écriras-tu pas une chanson sur les courses, George ? », n’a pas échappé à l’artiste. Mais plutôt que de succomber à la facilité d’un morceau « vroom vroom », il se lance dans un défi créatif.
C’est à partir du titre « Faster », qu’il puise dans le livre de Jackie Stewart, qu’il commence à écrire les premières lignes de la chanson. Mais ce qu’il crée ne se limite pas au sport automobile. Bien que l’ajout d’effets sonores liés à la course fasse évidemment de la chanson un hommage à la vitesse et à la compétition, les paroles vont bien au-delà. Harrison y aborde des thèmes universels : la pression, l’ambition, la peur du regard des autres, les rapports entre ceux qui sont en haut de l’échelle et ceux qui luttent pour y arriver. La vitesse, dans ce contexte, devient une métaphore de la course à la réussite, où chacun, à sa manière, doit accélérer pour s’imposer, quitte à risquer de tout perdre.
Comme l’explique Harrison dans I Me Mine, son autobiographie :
« Je voulais écrire à propos de quelque chose de spécifique, comme un défi. J’ai d’abord trouvé le titre, que j’ai pris du livre de Jackie Stewart ! Puis, j’ai écrit le refrain ‘plus rapide qu’une balle tirée d’un pistolet’, etc., et ensuite j’ai travaillé le reste de la chanson d’une manière qui ne la limite pas uniquement aux voitures de course. Une fois les effets sonores ajoutés, évidemment, cela concerne la course, mais si vous enlevez ces éléments, tout ce dont il est question dans la chanson, c’est de la machine – de la vie, en somme. »
Cette approche permet à Harrison de transcender l’univers de la F1 pour en faire un message qui s’applique à quiconque se trouve sous pression, dans n’importe quelle forme de compétition.
La production : Un équilibre parfait entre minimalisme et intensité
L’enregistrement de « Faster » s’est fait en collaboration avec le producteur Russ Titelman entre mars et novembre 1978. Le titre se distingue par une production soignée, mais relativement dépouillée. Harrison y déploie une instrumentation efficace mais sans fioritures : guitare électrique, guitare acoustique, basse et piano, avec l’apport des percussions de Ray Cooper et des batteries d’Andy Newmark. Le tout s’harmonise parfaitement, donnant à la chanson un rythme soutenu qui, paradoxalement, semble ralentir au fur et à mesure de l’écoute, comme si la vitesse recherchée dans la chanson elle-même venait à perdre son sens, pour donner une place à l’introspection.
Il est important de noter que cette chanson, bien que centrée autour de la vitesse et de la course, n’est en rien une glorification de la compétition. Harrison, dans son analyse du morceau, semble bien plus préoccupé par les conséquences psychologiques de la réussite, et en particulier par l’isolement qu’elle peut engendrer. Les effets sonores typiques des courses automobiles viennent, certes, appuyer cette thématique de la vitesse, mais ils ne sont en aucun cas les véritables acteurs de la chanson.
La réception et le contexte de la sortie
Sorti en février 1979, George Harrison était un album qui marquait un retour à la musique après quelques années de silence. La chanson « Faster », en particulier, a immédiatement attiré l’attention des fans de l’artiste, mais aussi des amateurs de Formule 1, du fait de la notoriété de Harrison dans ce milieu. Le single, bien qu’il n’ait pas eu un grand impact commercial, a été une véritable déclaration d’intention : Harrison voulait faire un pont entre ses deux passions, la musique et la course automobile. Il a même dédié la chanson à plusieurs figures emblématiques de la F1 de l’époque, en particulier à Jackie Stewart et Niki Lauda, deux pilotes qu’il admirait. L’album contient également un hommage à Ronnie Peterson, un pilote suédois décédé tragiquement en 1978 après un accident survenu au Grand Prix d’Italie.
La version du single, sortie le 13 juillet 1979, comportait une mention spéciale qui ne laissait aucune ambiguïté sur l’engagement de Harrison envers la cause de la F1 : les royalties de ce disque étaient en effet reversées au Gunnar Nilsson Cancer Fund, un organisme caritatif lancé par le pilote suédois Gunnar Nilsson, qui avait perdu la vie des suites d’un cancer. Cette démarche montre la sincérité de Harrison et son désir de contribuer à la cause, bien au-delà de la musique.
Le single fut également édité en édition limitée sous forme de picture disc, un format rarissime pour un disque d’un ancien membre des Beatles. Ce disque, qui présentait des portraits de légendes de la F1, allait devenir un collector très recherché par les fans.
Le clip et l’impact visuel
Le clip de « Faster », réalisé par Harrison lui-même, reste l’un des plus marquants de sa carrière solo. Celui-ci montre des images filmées lors du Grand Prix du Brésil à São Paulo, en février 1979. Le clip mêle des séquences de courses de F1 à des scènes où l’on voit Harrison, mimant la chanson dans une voiture conduite par Jackie Stewart. Ce clip est un reflet parfait de l’union entre les deux mondes chers à Harrison : la musique et la vitesse.
Le moment où Harrison se retrouve dans le rôle du passager, laissant un autre prendre le volant, semble symboliser la perte de contrôle, une idée qui résonne fortement avec les thèmes de « Faster ». Le sentiment d’impuissance, face à la violence de la compétition ou face à l’accélération de la vie, se fait toujours plus tangible.
Conclusion : Une chanson de compétition et de réflexion
Si « Faster » n’a pas marqué l’histoire des charts comme d’autres chansons de Harrison, elle demeure l’une des plus originales et introspectives de sa carrière. Son exploration de la vitesse comme métaphore de la réussite et de la pression fait écho à des expériences humaines universelles, et sa production soignée lui permet de s’épanouir au-delà de sa simple origine dans l’univers de la course automobile. En écrivant cette chanson, George Harrison a réussi à mêler deux aspects de sa personnalité et de ses passions tout en délivrant un message puissant sur les illusions de la vitesse et du succès.
Finalement, « Faster » est une œuvre complexe et profondément personnelle, qui montre un Harrison plus que jamais prêt à se confronter à l’absurdité de la compétition, tout en célébrant la beauté et la brutalité de l’extrême.
