En 1987, après une longue période de silence discographique, George Harrison revient sur le devant de la scène avec un album tant attendu, Cloud Nine. Produit en collaboration avec Jeff Lynne, ce disque marque un tournant dans la carrière de Harrison, un retour aux sonorités pop-rock des années 1960, tout en intégrant les influences de l’époque moderne. Parmi les titres mémorables de cet album, l’un des plus percutants est « Devil’s Radio », une chanson qui mêle critique sociale et énergie rock dans un mélange unique, tout en s’inscrivant dans le contexte d’une ère où la célébrité, les médias et la rumeur occupent une place centrale. « Devil’s Radio » est en réalité une dénonciation acerbe de la malveillance, des commérages et de la nature destructive des médias, qui, selon Harrison, sont des instruments du « diable ».
Sommaire
- Une inspiration inattendue : un panneau d’église
- Un morceau de rock ‘n’ roll
- Un morceau qui ne devint pas single mais marqua les esprits
- Une performance live inoubliable
- Un regard critique sur l’époque et une chanson toujours pertinente
- Héritage et influence
Une inspiration inattendue : un panneau d’église
L’inspiration derrière « Devil’s Radio » est plutôt simple, mais elle prend une ampleur étonnante dans la manière dont Harrison l’exploite. Un jour, alors qu’il conduisait son fils à l’école, George Harrison remarque un panneau à l’extérieur d’une petite église. Ce panneau affichait un message aussi direct que pertinent : « Gossip: The Devil’s Radio… Don’t Be A Broadcaster. » Ce message court et percutant, qui avertissait contre les dangers des commérages, a frappé l’imaginaire de Harrison. Selon lui, c’était une idée qui méritait d’être transformée en chanson. Et c’est exactement ce qu’il fait.
Dans une interview de décembre 1987, Harrison raconte que, après avoir vu ce panneau, il s’est rendu à un concert des Eurythmics dans le cadre de leur « Revenge Tour », et a décidé qu’il pourrait lui aussi écrire une chanson dans cette veine. Il explique que l’énergie de la tournée et le message du panneau lui ont inspiré une série de morceaux, dont « Devil’s Radio », qui, à ses yeux, ne se contentait pas de critiquer la rumeur, mais en dénonçait la superficialité et la violence qu’elle engendre.
Un morceau de rock ‘n’ roll
Sur Cloud Nine, Devil’s Radio occupe une place particulière : c’est l’un des titres les plus électriques et énergiques de l’album. Alors que l’album dans son ensemble propose un mélange de ballades et de morceaux plus influencés par les sonorités des années 1980, « Devil’s Radio » ressort comme un vrai morceau de rock pur et dur. Avec sa guitare électrique tranchante et son rythme soutenu, la chanson est une critique des excès médiatiques, des commérages et de la manière dont l’opinion publique peut être manipulée par une information superficielle et erronée.
George Harrison, qui a toujours eu un côté introspectif et spirituel, se laisse cette fois-ci aller à un exercice plus direct et un peu plus acerbe. Avec un regard acéré, il dénonce le rôle que jouent les médias et les rumeurs dans la société, notamment sur la manière dont elles peuvent détruire des vies, influencer les pensées et faire basculer des vérités en mensonges. La répétition de « Devil’s Radio » dans le refrain semble être une sorte de mantra, une dénonciation de la facilité avec laquelle les individus, mais aussi les institutions, se laissent emporter par des idées préconçues, des histoires non vérifiées.
Dans une interview de 1992, Harrison évoque son bonheur d’avoir écrit une chanson aussi énergique, avec un message fort : « Je suis heureux d’avoir écrit une chanson de rock ‘n’ roll comme ‘Devil’s Radio’, qui, en fait, dit quelque chose. » Cette citation témoigne de son plaisir d’avoir écrit une chanson non seulement divertissante mais aussi porteuse d’un message. Il est rare de voir Harrison aussi direct dans ses intentions musicales, lui qui a souvent privilégié une approche plus subtile dans ses compositions.
Un morceau qui ne devint pas single mais marqua les esprits
Bien que Devil’s Radio ne soit pas sorti en single, elle a trouvé son chemin dans les cœurs des auditeurs et s’est hissée au sommet des charts américains, atteignant la quatrième position du classement Billboard Album Rock Tracks après qu’un single promotionnel ait été envoyé aux stations de radio. Ce succès montre que, malgré son absence de campagne promotionnelle massive, la chanson résonnait profondément avec l’audience. Elle s’impose comme l’un des morceaux les plus mémorables de Cloud Nine, non seulement pour son côté rock, mais aussi pour l’intensité de son propos. La chanson fait écho aux préoccupations sociales et politiques de l’époque, mais elle possède également une intemporalité qui touche encore les auditeurs d’aujourd’hui, confrontés aux mêmes dérives médiatiques.
Une performance live inoubliable
En 1991, lors de sa tournée au Japon, Harrison interprète « Devil’s Radio » sur scène, enregistrant cette performance au Tokyo Dome le 15 décembre de cette année-là. L’enregistrement live, qui apparaîtra plus tard sur l’album Live In Japan sorti en 1992, apporte une nouvelle dimension au morceau. En concert, l’énergie brute de la chanson s’amplifie, portée par la puissance de l’ensemble du groupe. La guitare d’Eric Clapton, également présent sur cette tournée, se marie parfaitement avec celle de Harrison, et l’interprétation live donne au morceau une vitalité et une intensité encore plus fortes.
Lors de cette même tournée, Harrison expliquera que « Devil’s Radio » était particulièrement agréable à jouer en raison de ses nombreux arrangements et de son solo de guitare qu’il considérait comme un moment fort du concert. La performance live capture non seulement l’esprit de la chanson mais aussi la complicité palpable entre Harrison et ses musiciens. Clapton, qui était un collaborateur de longue date de Harrison, brille ici par ses interventions à la guitare, apportant une touche personnelle à cette chanson qui s’imbrique parfaitement dans le répertoire de Harrison en solo.
Un regard critique sur l’époque et une chanson toujours pertinente
« Devil’s Radio » est un morceau qui, plus que tout autre, reflète l’état d’esprit de George Harrison dans les années 1980. Après une longue période de silence musical, il revient avec un album où il se libère des contraintes du passé tout en restant fidèle à ses valeurs. Cloud Nine est l’album d’un homme qui retrouve son plaisir de jouer, mais aussi qui cherche à comprendre le monde qui l’entoure. La critique sociale, dans cette chanson, se fait sous une forme décalée mais très directe. Harrison se plaît à observer la société, ses dérives, et la manière dont certains mécanismes – comme les commérages et les médias – façonnent une réalité qui n’a rien de juste. En ce sens, « Devil’s Radio » est une chanson visionnaire qui touche des sujets encore plus d’actualité aujourd’hui.
En abordant les thèmes du pouvoir des médias, de la rumeur et de la superficialité, Harrison se positionne comme un observateur lucide de la société. Mais au-delà de ce propos, la chanson nous rappelle que George Harrison, malgré son côté spirituel et introspectif, n’a jamais hésité à utiliser la musique comme un moyen de s’adresser au monde, d’y réfléchir et de proposer une alternative plus saine à ce qu’il considérait comme une dérive de la société.
Héritage et influence
Aujourd’hui, Devil’s Radio continue de résonner comme une chanson à la fois intemporelle et prophétique. Si elle appartient à une époque précise de l’histoire musicale de George Harrison, elle porte un message universel qui traverse les décennies : celui de la nécessité de se libérer des chaînes des rumeurs et de la déformation de la réalité, pour pouvoir mieux comprendre et vivre dans la vérité. Une leçon que l’on pourrait appliquer à nos sociétés contemporaines où les fake news et la culture du commérage continuent de prospérer à une échelle mondiale.
