Au cours de sa carrière légendaire, Cher a offert au monde une multitude de titres pop iconiques. Cependant, même les plus grands artistes peuvent connaître des faux pas, et sa reprise de « The Long and Winding Road » des Beatles en est un exemple tristement célèbre. Extraite de l’album Half-Breed, cette interprétation démontre que certaines chansons, aussi mythiques soient-elles, ne conviennent pas à tous les artistes.
Sommaire
- Un album centré sur un single phare
- « The Long and Winding Road » : un terrain glissant
- Pourquoi cette reprise ne fonctionne pas
- L’avis de Lennon sur « The Long and Winding Road »
- Une leçon pour les reprises
- Un faux pas mémorable
Un album centré sur un single phare
« Half-Breed », l’album éponyme sorti en 1973, est avant tout une vitrine pour le single du même nom. La chanson, une réflexion sociale sur les discriminations subies par une femme mi-Cherokee, mi-blanche, a connu un certain succès à sa sortie, mais son style et ses paroles n’ont pas bien vieilli. L’album, quant à lui, semble avoir été conçu pour surfer sur la vague du single, sans offrir de réelle cohérence artistique.
Ce manque d’unité se reflète dans l’abondance de reprises de tubes récents, notamment « How Can You Mend a Broken Heart » des Bee Gees, « My Love » de Paul McCartney & Wings, et bien sûr « The Long and Winding Road » des Beatles. Si l’idée de revisiter ces classiques pouvait sembler prometteuse, la réalisation laisse à désirer.
« The Long and Winding Road » : un terrain glissant
« The Long and Winding Road », écrite par Paul McCartney et incluse dans l’album Let It Be des Beatles, est une ballade mélodramatique célèbre pour ses arrangements luxuriants. Bien que la chanson ait été un succès commercial, elle divise souvent les fans des Beatles, certains la trouvant trop précieuse ou surchargée d’émotion.
Donner cette chanson à Cher, dont la voix puissante et théâtrale excelle sur des power ballads comme « Believe », était un pari risqué. Malheureusement, l’interprétation de Cher n’apporte ni subtilité ni émotion sincère au morceau. Sa voix, ici trop imposante, accentue le côté mélodramatique de la chanson, au point de rendre certains passages presque caricaturaux.
Pourquoi cette reprise ne fonctionne pas
Le principal problème de cette reprise réside dans le mauvais mariage entre la chanson et l’interprète. Les ballades douces et introspectives comme « The Long and Winding Road » nécessitent une sensibilité vocale que Cher ne peut pas toujours offrir. Bien que sa voix soit indéniablement puissante et expressive, elle manque ici de la subtilité nécessaire pour capturer l’essence intime et mélancolique du morceau.
À plusieurs moments, Cher semble trop en faire, au point que certains passages ressemblent à ce que les critiques ont qualifié de « cri d’animal de basse-cour ». Si son intention était de magnifier la chanson, le résultat la noie sous une exagération vocale qui contraste violemment avec la douceur de l’original.
L’avis de Lennon sur « The Long and Winding Road »
Ironiquement, John Lennon, connu pour ses critiques acerbes envers les ballades sentimentales de McCartney, a donné à « The Long and Winding Road » une recommandation modeste. Dans une interview de 1980, il a décrit la chanson comme faisant partie des dernières grandes créations de Paul avant la séparation des Beatles. « Paul encore », a-t-il déclaré. « Il a eu une petite poussée juste avant notre séparation. Je pense que le choc de Yoko et de ce qui se passait lui a donné un élan créatif, notamment avec « Let It Be » et « The Long and Winding Road ». »
Bien que Lennon ait reconnu les qualités du morceau, cette reprise par Cher ne rend pas justice à l’intention originale de McCartney.
Une leçon pour les reprises
L’échec de cette reprise soulève une question essentielle : toutes les chansons sont-elles faites pour être revisitées ? Si des artistes comme Joe Cocker ou Aretha Franklin ont prouvé qu’une bonne reprise peut parfois surpasser l’original, le cas de Cher montre qu’il est essentiel de choisir des morceaux qui correspondent à sa voix et à son style.
Dans le cas de « The Long and Winding Road », l’introspection délicate de McCartney se heurte à l’interprétation théâtrale et exagérée de Cher. Le résultat est une version qui, loin d’apporter une nouvelle perspective au morceau, en accentue les défauts perçus par ses détracteurs.
Un faux pas mémorable
Cher, artiste talentueuse et innovante, a prouvé à maintes reprises qu’elle pouvait réinventer des genres et marquer les esprits. Cependant, sa reprise de « The Long and Winding Road » restera dans les mémoires comme un exemple de mauvais casting musical.
Certaines chansons, aussi iconiques soient-elles, nécessitent une interprétation adaptée. Si Cher avait su s’éloigner de ce terrain glissant, elle aurait pu éviter ce faux pas qui, aujourd’hui encore, est regardé avec perplexité par les fans des Beatles et de la chanteuse.
