Si George Harrison a marqué l’histoire de la musique au sein des Beatles, sa carrière solo a révélé un artiste singulier, à la fois introspectif et discret. Mais contrairement à ses anciens compagnons de groupe, Harrison a toujours entretenu une relation ambiguë avec la scène. Après une décennie d’éloignement des tournées, c’est aux côtés d’Eric Clapton, son ami et ancien rival, qu’il revient sur scène à la fin des années 1980 pour une série de concerts mémorables au Japon. Ce moment unique dans la carrière de Harrison est autant un retour en grâce qu’une forme de thérapie musicale.
Sommaire
- Un Artiste Retiré de la Scène
- La Tournée Japonaise : Une Collaboration Thérapeutique
- Une Setlist entre Nostalgie et Exploration
- Un Retour en Grâce et une Leçon de Courage
- L’Héritage d’un Artiste Discret
- Conclusion : Une Leçon de Grâce et d’Amitié
Un Artiste Retiré de la Scène
Après la séparation des Beatles en 1970, George Harrison s’est distingué par son œuvre monumentale All Things Must Pass, mais son aversion pour la vie de tournée s’est rapidement manifestée. Ses rares incursions sur scène, notamment avec le Concert for Bangladesh en 1971 ou sa tournée Dark Horse en 1974, furent marquées par des tensions et des critiques. Sa voix fatiguée et ses performances hésitantes à l’époque témoignaient de son désintérêt croissant pour les tournées, un contraste frappant avec son talent de guitariste et de compositeur.
Durant les années 1980, Harrison s’éloigna de la scène musicale, se concentrant sur sa vie privée et des projets ponctuels, comme la formation du supergroupe The Traveling Wilburys. Mais c’est sa collaboration avec Jeff Lynne sur l’album Cloud Nine (1987) qui marque un renouveau artistique. Boosté par le succès de titres comme Got My Mind Set on You, Harrison accepte finalement de se produire à nouveau sur scène, mais cette fois, il choisit un contexte plus intimiste : une tournée limitée au Japon, accompagné d’Eric Clapton.
La Tournée Japonaise : Une Collaboration Thérapeutique
La tournée de 1991 avec Eric Clapton n’était pas seulement une série de concerts ; elle représentait un défi personnel pour Harrison. Clapton, surnommé « Slowhand », avait lui aussi traversé des épreuves, notamment la perte tragique de son fils Connor en 1991. Ces concerts furent, en quelque sorte, une thérapie pour les deux hommes. Bien que leur amitié ait été mise à mal dans le passé par le triangle amoureux impliquant Patti Boyd, les tensions semblaient dissipées à ce stade. Harrison et Clapton partageaient désormais un respect mutuel, transformant ces performances en un dialogue musical sincère.
Selon Clapton, Harrison était terrifié à l’idée de monter sur scène : « Il était à la fois ravi et effrayé. Il a changé d’avis cinq fois avant de s’engager. » Pourtant, malgré ses doutes, Harrison s’est laissé convaincre, offrant au public une occasion rare de l’entendre interpréter des classiques des Beatles et de sa carrière solo dans un cadre live.
Une Setlist entre Nostalgie et Exploration
La setlist de la tournée japonaise était une célébration des différentes facettes de Harrison. Elle comprenait des morceaux emblématiques des Beatles, tels que Taxman, I Want to Tell You et While My Guitar Gently Weeps, ainsi que des titres marquants de sa carrière solo comme What Is Life, My Sweet Lord et Devil’s Radio. Avec Clapton et un groupe solide pour l’accompagner, ces chansons prenaient une dimension nouvelle, enrichies par des arrangements modernes et des improvisations instrumentales.
Un moment fort des concerts fut l’interprétation de Badge, un classique de Cream coécrit par Harrison et Clapton. Ce clin d’œil à leur passé commun illustrait leur complicité retrouvée. En revanche, des morceaux plus sensibles, comme Layla, furent écartés de la setlist, probablement pour éviter de raviver des souvenirs douloureux liés à leur rivalité passée.
Un Retour en Grâce et une Leçon de Courage
Malgré ses doutes initiaux, Harrison s’est montré à la hauteur de l’événement. Ses prestations, bien que parfois teintées de nervosité, reflétaient une énergie renouvelée. La tournée a permis de redécouvrir un Harrison plus détendu, capable de s’amuser sur scène tout en revisitant son répertoire avec émotion. Eric Clapton a joué un rôle crucial en le soutenant tout au long de ces concerts, lui offrant un cadre musical rassurant et stimulant.
L’album Live in Japan, sorti en 1992, immortalise ces performances. Il capture un Harrison revitalisé, jouant avec passion et redonnant vie à des morceaux qui avaient parfois été négligés dans le contexte des Beatles. Ce disque est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs albums live d’un ancien membre des Fab Four.
L’Héritage d’un Artiste Discret
La tournée japonaise ne marqua pas un retour durable de George Harrison à la scène. Après ces concerts, il se retira à nouveau de la vie publique, préférant consacrer son temps à sa famille et à ses passions personnelles, comme le jardinage et la production cinématographique. Son dernier album, Brainwashed, sorti à titre posthume en 2002, témoigne de son introspection et de sa quête spirituelle constante.
Pourtant, ces concerts avec Clapton restent un moment précieux dans la carrière de Harrison. Ils offrent un aperçu d’un homme qui, malgré ses doutes et ses peurs, a su puiser dans son talent pour partager une dernière fois sa musique avec le monde. La tournée japonaise est bien plus qu’un simple chapitre de sa carrière ; elle est une célébration de son courage, de son humilité et de son héritage musical intemporel.
Conclusion : Une Leçon de Grâce et d’Amitié
La tournée japonaise de 1991 avec Eric Clapton n’était pas seulement un événement musical, mais un témoignage de résilience et de camaraderie. Elle a permis à George Harrison de clore son histoire live sur une note positive, entouré d’amis et d’une musique qui lui tenait à cœur. Pour les fans, ces concerts restent un moment inoubliable, où le « Beatle tranquille » a prouvé une fois de plus qu’il n’avait rien perdu de sa magie.
