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« Pretty Boys » de McCartney : une critique subtile de l’industrie de la mode

Publié le 20 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

« Pretty Boys » de Paul McCartney, tirée de l’album McCartney III, critique l’industrie de la mode et les abus liés aux mannequins masculins. Avec une mélodie minimale et une approche solitaire, McCartney explore un sujet contemporain encore tabou tout en adoptant un ton satirique. Cette chanson, influencée par la pandémie, illustre son regard acéré sur la société moderne, tout en restant fidèle à son style unique.


Lorsque Paul McCartney sortMcCartney IIIle 18 décembre 2020, l’album marque un retour à une approche purement solitaire de la composition et de l’enregistrement. Conçu durant le confinement imposé par la pandémie de Covid-19, ce disque est un écho aux albumsMcCartney(1970) etMcCartney II(1980), où l’ex-Beatle joue de tous les instruments. Parmi les morceaux qui composent ce recueil intime et introspectif,Pretty Boysse distingue par son sujet intrigant et sa mélodie minimaliste.

Sommaire

Une immersion dans l’univers des mannequins masculins

Paul McCartney n’a jamais été avare en commentaires sociétaux dans ses chansons, même s’il les aborde souvent de manière subtile et métaphorique.Pretty Boysen est une parfaite illustration. Inspiré par un article qu’il avait lu sur des mannequins masculins poursuivant en justice certains photographes pour harcèlement et humiliations, McCartney livre ici un morceau à la fois ironique et amer.

Le texte de la chanson évoque ces jeunes hommes sculpturaux qui, sous leurs apparences parfaites, cachent une réalité plus trouble. L’industrie de la mode, connue pour son obsession de l’image, se révèle être un milieu où la domination et l’abus de pouvoir sont monnaie courante. McCartney, qui a lui-même été photographié par certains de ces artistes mis en cause, reconnaît leur penchant pour la vulgarité et l’intimidation. Il se demande alors si ces jeunes modèles étaient conscients du monde dans lequel ils s’engageaient, un univers où les limites entre art et exploitation sont souvent floues.

Une ambiance musicale minimaliste et envoûtante

Musicalement,Pretty Boysrepose sur une structure simple, presque hypnotique. La chanson débute avec une guitare acoustique délicate, qui donne le ton intimiste du morceau. Paul McCartney joue de tous les instruments : guitare électrique et acoustique, harpsichord, piano, contrebasse et batterie. Cette approche en solo, caractéristique de l’album, permet une grande cohérence sonore et une proximité avec l’auditeur.

La mélodie, douce et mélancolique, contraste avec la charge critique du texte. Le rythme lent et la production épurée mettent en valeur les paroles, qui se veulent à la fois narratrices et accusatrices. La voix de McCartney, posée et légèrement résignée, renforce l’impression de détachement, comme s’il observait ce monde de loin, avec une certaine lassitude.

Une critique sociale dans la tradition McCartneyenne

Si Paul McCartney est plus souvent associé aux ballades romantiques et aux expérimentations pop, il n’en reste pas moins un observateur acéré de son époque.Pretty Boyss’inscrit dans la lignée de certaines de ses compositions engagées, telles queBlackbird, qui traitait de la lutte pour les droits civiques aux états-Unis, ouGive Ireland Back to the Irish, un titre plus frontal sur la question nord-irlandaise.

DansPretty Boys, il ne s’agit pas tant de dénoncer avec virulence que de pointer du doigt une mécanique bien huilée où les abus sont dissimulés derrière des clichés glamour. Loin d’un pamphlet, la chanson adopte un ton satirique et légèrement moqueur, laissant l’auditeur interpréter les vérités cachées derrière les paroles apparemment anodines.

Un album façonné dans l’intimité du confinement

L’albumMcCartney IIIest un projet né de la solitude et du temps libre imposé par le confinement. McCartney, fidèle à son habitude, ne reste pas inactif et profite de cette période pour retourner à son approche artisanale de la musique. Comme sur ses deux précédents albums solo éponymes, il enregistre lui-même chaque instrument et façonne ses morceaux avec une spontanéité retrouvée.

Selon Keith Smith, son manager technique en studio,Pretty Boysa émergé d’un riff que McCartney jouait depuis longtemps. Comme souvent, l’artiste commence par une base guitare-voix, qu’il enrichit progressivement. Cette manière de travailler donne au morceau une fluidité organique, sans surcharge instrumentale, laissant les paroles occuper le devant de la scène.

Pretty Boys, un miroir de notre époque

En s’attaquant au monde de la mode et aux dérives de certains photographes, McCartney met en lumière un sujet encore trop souvent tabou. La chanson, bien que fictive, s’ancre dans une réalité contemporaine où la parole des modèles masculins commence à se libérer, à l’image des révélations sur les abus dans le cinéma et la musique.

AvecPretty Boys, Paul McCartney prouve une fois de plus qu’il n’a rien perdu de sa pertinence ni de sa capacité à saisir l’air du temps. Derrière la douceur de la mélodie, se cache une critique incisive d’un univers où les apparences sont trompeuses. Un morceau qui, à l’image de l’ensemble deMcCartney III, témoigne du regard affûté d’un artiste qui, même après plus de six décennies de carrière, continue d’explorer le monde qui l’entoure avec lucidité et acuité.


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