Sorti en 2004, Acoustic de John Lennon est une compilation de prises brutes où dominent la voix et la guitare, issues de démos domestiques ou d’enregistrements live. Supervisionné par Yoko Ono, l’album suscite des débats sur sa pertinence, car neuf de ses seize titres figuraient déjà dans John Lennon Anthology (1998). Malgré des critiques sur son manque de cohérence et d’inédits, Acoustic offre un aperçu du processus créatif de Lennon, entre engagement politique et intimité musicale, bien que sa qualité sonore et sa sélection puissent décevoir les non-initiés.
Sorti en automne 2004, l’album Acoustic de John Lennon constitue un assemblage de prises musicales où prédominent la voix et la guitare (acoustique, parfois dobro ou électrique débranchée). Chacune de ces seize pistes affiche un caractère « nu » : soit enregistrées en démos domestiques, soit captées en live avec un simple accompagnement. Supervisionnée par Yoko Ono, la publication comporte aussi quelques controverses quant à la redondance avec le coffret John Lennon Anthology (1998) ou l’intérêt réel de proposer des enregistrements souvent très bruts. Néanmoins, Acoustic propose un regard intéressant sur la façon dont Lennon développait ses idées et sur l’essence dépouillée de certaines de ses chansons.
Sommaire
- Contexte : un projet inattendu à partir d’archives
- Le contenu morceau par morceau
- 1. “Working Class Hero”
- 2. “Love”
- 3. “Well Well Well”
- 4. “Look At Me”
- 5. “God”
- 6. “My Mummy’s Dead”
- 7. “Cold Turkey”
- 8. “The Luck Of The Irish”
- 9. “John Sinclair”
- 10. “Woman Is The N—-r Of The World”
- 11. “What You Got”
- 12. “Watching The Wheels”
- 13. “Dear Yoko”
- 14. “Real Love”
- 15. “Imagine”
- 16. “It’s Real”
- Réception et critiques
- Intérêt musical et archivistique
Contexte : un projet inattendu à partir d’archives
Acoustic naît officiellement pour le marché japonais, en écho à un concert-hommage à Lennon. Capitol Records repère alors le projet et demande à Yoko Ono une distribution plus large. Publié en septembre 2004 au Japon, puis en novembre-décembre dans le reste du monde, Acoustic met en avant des interprétations dépouillées, souvent issues de démos censées guider ultérieurement les musiciens en studio. Certaines pistes se recoupent avec les inédits révélés dans John Lennon Anthology — neuf chansons, en fait, figurent déjà sur ce coffret. Les sept autres existaient sur divers bootlegs depuis plusieurs années.
En studio, l’équipe procède à un petit nettoyage sonore : réduction de bruits parasites, ajustement de la réverbération, afin de rendre le tout plus écoutable. Or, Lennon n’avait pas songé à une exploitation publique de ces prises ; la plupart étaient faites en mono, avec un simple micro posé près de la guitare ou sur l’ampli, dans un contexte maison.
Le contenu morceau par morceau
1. “Working Class Hero”
- Version enregistrée en 1970, pendant ou autour des sessions de John Lennon/Plastic Ono Band, la piste présente la quintessence de la protest-song dépouillée de Lennon. Sa voix, soutenue par la seule guitare acoustique, met en relief les paroles acerbes.
2. “Love”
- Autre extrait de la même période, “Love” se voit dépouillé du piano et des arrangements minimaux de l’album, se limitant ici à la guitare, renforçant la pureté du message sentimental.
3. “Well Well Well”
- Démo courte (1:14) offrant un aperçu plus brut de ce morceau cathartique, presque haché, révélant la rage latente de Lennon sans la puissance rythmique du mix final.
4. “Look At Me”
- Enregistré dans la foulée de Plastic Ono Band. On y retrouve le fingerpicking hérité de Donovan que Lennon avait appris en 1968. Cette démo semble à peine distinguable de la version finale de l’album, mais apporte un charme plus intime.
5. “God”
- Prise incomplète et sobre, où Lennon chante “God is a concept…” sur un simple arpège. Le morceau met en évidence la fragilité de sa voix lorsqu’il expurge toutes les ornementations.
6. “My Mummy’s Dead”
- Version alternative par rapport à celle sur John Lennon/Plastic Ono Band, un peu plus longue, un peu différente de ton. Cette comptine sombre, adressée à la mémoire de sa mère, résonne toujours comme un coup au cœur.
7. “Cold Turkey”
- Cette démo date de 1969, un essai acoustique (en home recording). À la différence de la version finale électrique et féroce, ici, l’émotion est plus contenue mais non moins angoissée.
8. “The Luck Of The Irish”
- Enregistré en live en 1971, lors du concert pour le militant John Sinclair à Ann Arbor (Michigan). À deux voix (avec Yoko Ono), le morceau conserve un côté folk-politique. L’harmonie est imparfaite mais authentique.
9. “John Sinclair”
- Du même concert, un plaidoyer pour la libération de John Sinclair, figure du mouvement contre-culturel. Lennon et Ono la délivrent en duo acoustique, dans l’énergie militante de l’instant.
10. “Woman Is The N—-r Of The World”
- Un court extrait (moins d’une minute) présenté en version démo/home, suggérant la structure du titre avant son enregistrement officiel. Très minimaliste.
11. “What You Got”
- Datant de 1974 (Walls and Bridges), on a ici une démo au feeling soul/funk originel, rendue acoustique. Suggère un autre visage du morceau, plus direct.
12. “Watching The Wheels”
- Datée de 1980, cette version acoustique, enregistrée chez lui, illustre l’état d’esprit relâché de Lennon en pré-production de Double Fantasy. Le texte reste identique, mais le climat guitare-voix est intime.
13. “Dear Yoko”
- Aussi de 1980, c’est l’un des hommages les plus tendres à Ono, ici en formule démo. Loin du rockabilly final, on y sent la spontanéité de l’écriture.
14. “Real Love”
- Prise démo de 1980, popularisée ensuite par les Beatles en 1995. Lennon la chante au piano dans d’autres versions, mais ici, la version acoustique à la guitare (ou non, car certaines sources indiquent un possible usage du piano ; la tracklist mentionne « vocals/acoustic guitar » seulement) expose la structure et les paroles à nu.
15. “Imagine”
- Captée en live en 1971 à l’Apollo Theater, lors d’un concert pour les victimes d’Attica. Contrairement à l’iconique version studio, c’est un duo guitare et voix, minimal, plus fragile, où Yoko Ono l’accompagne.
16. “It’s Real”
- Une brève piste d’une minute, enregistrée en 1979, où Lennon joue une petite mélodie à la guitare, presque improvisée. Demeure davantage un fragment qu’une chanson complète, souvenir doux-amer de l’époque Dakota.
Réception et critiques
À sa sortie, Acoustic ne parvient pas à charmer la critique spécialisée, qui pointe plusieurs éléments :
- Une forte redondance : neuf titres déjà présents dans la vaste compilation John Lennon Anthology (1998).
- L’absence de réelles nouveautés : les sept autres étaient, pour la plupart, déjà disponibles sous forme de bootlegs depuis longtemps.
- Une cohésion discutable : le disque rassemble des époques variées (1970-1980), sans fil directeur clair, ni restauration profonde pour harmoniser la prise de son.
Malgré tout, il se classe brièvement 28ᵉ aux états-Unis, signe d’un certain engouement. C’est même la meilleure performance posthume d’un disque de Lennon outre-Atlantique depuis Imagine: John Lennon (1988). Au Royaume-Uni, l’album ne rentre pas du tout dans les classements.
Intérêt musical et archivistique
Pour les collectionneurs et passionnés, Acoustic offre un choix restreint mais représentatif de la façon dont Lennon travaillait ses chansons en version « squelette » : juste la voix et la guitare, parfois agrémentées de quelques rares ajouts (dobro, etc.). On y retrouve la proximité, la chaleur, et des imperfections qui soulignent la spontanéité du geste créateur.
- Face “historique” : « Cold Turkey » en format démo, « The Luck of the Irish » et « John Sinclair » en live minimaliste, rappellent l’engagement politique et l’approche folk-protest de Lennon.
- Face “intime” : « Watching the Wheels » ou « Dear Yoko » montrent un Lennon confiant dans son écriture domestique, à l’aube de Double Fantasy.
Les fans curieux de l’acoustique pure y trouveront satisfaction. Toutefois, la brièveté ou la qualité sonore parfois hasardeuse ne s’adressent pas nécessairement au grand public, qui pourrait être déconcerté par ce matériau brut. Yoko Ono elle-même reconnaît que plusieurs pistes piano ont dû être écartées car trop difficiles à équilibrer (micro mal placé, etc.).
John Lennon – Acoustic se présente comme un companion album de second ordre, sans inédits vraiment révolutionnaires. L’intérêt principal réside dans la mise en avant de l’interprétation dépouillée, permettant de toucher le processus créatif de Lennon de manière authentique. Mais l’absence de véritable pépite jamais entendue, l’usage d’enregistrements déjà parus, et la qualité technique inégale limitent la portée de cette sortie.
Pour l’auditeur qui veut un aperçu “à la guitare sèche” de classiques comme « Working Class Hero » ou « Imagine » (en live) ou des démos de la période Double Fantasy, Acoustic peut valoir le détour. En revanche, quiconque dispose déjà de John Lennon Anthology n’y trouvera que peu de nouveautés. De plus, Ono reconnaît que d’autres prises acoustiques n’étaient pas exploitables. Au final, on comprend que l’album n’aspire pas à l’exhaustivité, ni à la qualité studio, mais sert plutôt de modeste anthologie acoustique, un brin hétéroclite, d’un Lennon artisanal.
