Eddie Porter, figure emblématique de Liverpool et guide passionné des lieux emblématiques des Beatles, est décédé à 78 ans. Surnommé « The Walrus », il incarnait la mémoire vivante du Fab Four et de leur ville natale.
Liverpool pleure l’un de ses fils les plus attachants. Eddie Porter, figure emblématique de la scène touristique dédiée aux Beatles et surnommé affectueusement « The Walrus », est décédé le vendredi 14 mars à l’âge de 78 ans. Véritable institution pour les passionnés du Fab Four, il fut pendant des décennies un guide inégalable, incarnant à lui seul l’âme de la ville et la magie de l’histoire beatlesienne.
Sommaire
- L’homme qui racontait Liverpool comme personne
- Le visage du « Magical Mystery Tour »
- Une passion ancrée dans la ville
- L’humour comme signature
- Une légende populaire, discrète et essentielle
- La ville se souvient
L’homme qui racontait Liverpool comme personne
Natif de Liverpool, Eddie Porter n’était pas simplement un guide touristique : il était un conteur, un passeur de mémoire, une figure chaleureuse dont les récits avaient le goût authentique du vécu. Ceux qui ont eu la chance de participer à l’une de ses visites guidées en gardent un souvenir ému, tant il savait, avec verve et tendresse, faire revivre le Liverpool des années 60, celui des clubs enfumés, des rues modestes où les Beatles ont façonné leur légende.
Dès les années 1980, Eddie devient l’un des piliers du Cavern Mecca, un musée beatlesien aujourd’hui disparu mais qui fut à l’époque l’un des hauts lieux de pèlerinage pour les fans du monde entier. C’est là qu’il commence à raconter, jour après jour, les débuts humbles de John, Paul, George et Ringo, bien avant les stades pleins à craquer et les cris hystériques. Il le fait avec une précision documentaire et un sens du détail bouleversant : les anecdotes fusent, les lieux prennent vie, et l’on comprend vite que ce qu’il partage n’est pas un simple travail, mais une passion viscérale.
Le visage du « Magical Mystery Tour »
Au fil des ans, Eddie est devenu l’un des visages les plus familiers du fameux Magical Mystery Tour, ce bus bariolé qui parcourt les rues de Liverpool en retraçant les lieux emblématiques de la jeunesse des Beatles. Il montait à bord comme d’autres entrent en scène, saluant les passagers avec un sourire malicieux et les plongeant aussitôt dans un univers à la fois drôle, tendre et profondément humain.
Eddie ne se contentait pas d’énumérer les faits ou de pointer du doigt les façades de maisons. Il racontait avec le cœur. Il parlait des souvenirs qu’il partageait avec certains proches des Beatles, évoquait des scènes presque anonymes, comme celle où il déposait l’oncle de John Lennon, Charlie Lennon, devant la poste pour qu’il y touche sa pension. Ces détails, anodins en apparence, donnaient une profondeur unique à ses récits.
Ce n’est donc pas un hasard si les témoignages affluent de toutes parts. Sur la page Facebook d’International Beatlesweek, les messages pleins d’émotion se succèdent. Roberta Glick, une touriste fidèle, se souvient : « Il avait les histoires les plus incroyables sur les Beatles, bien avant qu’ils soient célèbres. Merci pour les pintes et le craic. » Dino Vescera, quant à lui, l’avait rencontré en 1983 à Liverpool : « Toujours gentil, plein de récits… un grand ambassadeur de Liverpool et de l’univers des Beatles. »
Une passion ancrée dans la ville
Ce qui frappait chez Eddie, c’était cette double appartenance : à la ville de Liverpool, qu’il incarnait avec sincérité et humour, et à l’histoire des Beatles, qu’il portait comme un héritage sacré. Il connaissait les coins et recoins de la ville, mais aussi les petits secrets du groupe, ceux que seuls les témoins directs de l’époque pouvaient transmettre.
Il faut rappeler qu’Eddie avait côtoyé les tout premiers acteurs de l’épopée beatlesienne. À l’époque de Cavern Mecca, il travaillait aux côtés d’Alan Williams, le tout premier manager des Beatles – celui qui les fit jouer à Hambourg, et qui disait souvent : « Je les ai quittés juste avant qu’ils ne deviennent célèbres. » Il collaborait aussi avec Bob Wooler, le mythique DJ du Cavern Club, dont la voix résonnait chaque soir dans la cave de Mathew Street.
Ces compagnonnages faisaient d’Eddie un lien direct avec les origines du mythe. Mais là où d’autres auraient pu se perdre dans la répétition ou le folklore, lui gardait toujours une fraîcheur, un enthousiasme sincère. Il ne racontait pas l’histoire pour se mettre en avant, mais pour faire revivre les Beatles dans leur humanité, leur simplicité première.
L’humour comme signature
Ceux qui ont croisé la route d’Eddie se souviennent aussi de son humour. Un humour à la scouse, typique de Liverpool, mêlant autodérision, finesse et malice. Il n’était pas rare que ses visites se terminent autour d’une bière au Grapes, ce pub légendaire de Mathew Street où les Beatles eux-mêmes avaient leurs habitudes.
Donna Earley se rappelle ainsi avoir souvent bu avec lui au Grapes, après les visites. « Il était adorable, toujours prêt à rire, à partager un souvenir. » Julie Sudbury, amie intime d’Eddie, décrit avec émotion les derniers moments passés avec lui : « Tu te levais toujours pour me dire au revoir à la porte… et tu restais là à me faire signe, jusqu’à ce que je sois au bout de la rue. Je me souviendrai toujours de cette dernière étreinte. »
Même au crépuscule de sa vie, Eddie continuait à recevoir des amis, à bavarder, à rire, à transmettre. Comme le souligne avec justesse Richard Porter, lui aussi guide beatlesien : « C’était mon mentor. Mon ‘frère Beatles’. »
Une légende populaire, discrète et essentielle
À une époque où les mythes sont souvent figés dans le marbre des statues ou les vitrines aseptisées des musées, Eddie Porter incarnait une autre manière de faire vivre la mémoire. Celle du bouche-à-oreille, du récit partagé, de l’émotion vivante. Il n’avait pas besoin de projecteurs : il brillait par sa voix, par son regard rieur, par sa capacité à faire surgir le passé au détour d’une rue.
Il était de cette trempe d’hommes et de femmes sans lesquels une ville comme Liverpool ne serait pas ce qu’elle est. Il appartenait à cette génération qui a vu les Beatles naître, non pas comme une révolution mondiale, mais comme des garçons du quartier qui jouaient du rock dans les caves. Et il a su, toute sa vie, préserver cette mémoire populaire, la transmettre, la célébrer.
Avec lui disparaît une voix précieuse, une mémoire incarnée. Mais son héritage, lui, continuera à vivre à travers tous ceux qu’il a marqués. Dans les rires échappés d’un bus du Magical Mystery Tour, dans les discussions entre fans au Cavern Club, dans les souvenirs que tant d’anonymes emportent avec eux après un passage à Liverpool.
La ville se souvient
Liverpool a vu naître des légendes. Les Beatles en sont la plus éclatante. Mais dans l’ombre de cette lumière planétaire, il y a des visages comme celui d’Eddie Porter. Des visages sans lesquels cette histoire n’aurait pas la même chaleur, la même vérité. Eddie était un cœur battant de cette mémoire collective, un homme simple, profondément généreux, qui a su donner un sens au mot « transmission ».
En ce mois de mars endeuillé, les hommages ne cessent de pleuvoir, à Liverpool et bien au-delà. Les fans reviennent sur leurs souvenirs, relisent leurs notes prises à la volée pendant ses visites, ressortent les photos où il pose, chapeau sur la tête, sourire aux lèvres, devant la maison de Paul McCartney ou à l’entrée du Penny Lane barber shop.
Darlene Jones, fan américaine, se souvient avec tendresse : « C’est lui qui m’a dit de revenir à Liverpool pour la Beatleweek… et je n’ai jamais cessé de revenir depuis. » Cette phrase résume tout : Eddie n’était pas qu’un guide. Il était un catalyseur d’amour, un déclencheur de fidélité.
Son surnom, « The Walrus », inspiré évidemment de la chanson I Am the Walrus, résume à merveille ce mélange d’humour, de mystère et de familiarité qui faisait sa personnalité. Aujourd’hui, son absence laisse un vide. Mais l’écho de sa voix, lui, résonnera longtemps dans les rues de Liverpool.
Car tant qu’on chantera Strawberry Fields Forever, tant que des passionnés feront le voyage vers le nord de l’Angleterre pour marcher dans les pas de Lennon et McCartney, le souvenir d’Eddie Porter flottera dans l’air, comme une ritournelle éternelle.
Qu’il repose en paix – ou, plus probablement, qu’il continue là-haut à raconter ses fabuleuses histoires, un sourire en coin, un verre à la main, et des Beatles plein le cœur.
