Parmi les nombreuses pépites que recèle All Things Must Pass, Out Of The Blue occupe une place singulière. Cet instrumental, né d’une improvisation en studio, est non seulement le plus long morceau de l’album, mais aussi une incursion fascinante dans l’univers sonore que George Harrison explorait alors. Avec une formation de musiciens prestigieux, une atmosphère libre et un saxophone envoûtant, cette jam session a su traverser les décennies en conservant son aura de mystère et d’inventivité.
Sommaire
- Une improvisation qui devient un monument
- Un casting de musiciens prestigieux
- Une place particulière dans All Things Must Pass
- Un morceau atypique mais essentiel
Une improvisation qui devient un monument
Enregistré le 2 juillet 1970 aux studios EMI d’Abbey Road, Out Of The Blue s’inscrit dans une série de morceaux improvisés lors des sessions de All Things Must Pass. Initialement intitulée Jam 3, la pièce repose sur un riff à un seul accord autour duquel les musiciens se sont laissés emporter dans un élan créatif spontané. Ce type d’expérimentation était courant dans les sessions produites par Phil Spector, qui privilégiait souvent une approche organique et dynamique.
Le morceau s’étire sur plus de onze minutes et dévoile une progression lente, dominée par un dialogue instrumental où chaque musicien trouve sa place. La contribution du saxophoniste Bobby Keys est particulièrement marquante, son jeu éclatant offrant une montée en intensité remarquable. Jim Price à la trompette ajoute également des nuances cuivrées qui confèrent à l’ensemble une atmosphère proche des improvisations jazz-rock de l’époque.
Un casting de musiciens prestigieux
George Harrison s’est entouré pour ces sessions de musiciens talentueux, dont plusieurs allaient jouer un rôle majeur dans les scènes rock et blues des années 1970. Si l’on retrouve bien sûr Harrison à la guitare, la section rythmique est assurée par Klaus Voormann à la guitare (et non Eric Clapton, malgré une erreur de crédit ultérieure), Carl Radle à la basse et Jim Gordon à la batterie. Gary Wright et Bobby Whitlock complètent le tableau avec leur jeu respectif à l’orgue et au piano, ajoutant une profondeur harmonique à la jam.
La présence de Bobby Keys et Jim Price, deux musiciens qui allaient bientôt collaborer étroitement avec les Rolling Stones, est également notable. Leur jeu énergique et expressif apporte une dimension supplémentaire au morceau, lui conférant une texture à la fois brute et sophistiquée. Out Of The Blue est ainsi un témoignage vibrant de la symbiose entre ces instrumentistes d’exception.
Une place particulière dans All Things Must Pass
Lors de la sortie de l’album le 30 novembre 1970 au Royaume-Uni (et trois jours plus tôt aux États-Unis), Out Of The Blue ouvrait le troisième disque du triple LP, intitulé Apple Jam. Ce dernier regroupait plusieurs jams instrumentales captées pendant les sessions, illustrant la volonté d’Harrison de proposer un projet ambitieux et ouvert aux expérimentations musicales.
En janvier 2001, à l’occasion de la réédition de All Things Must Pass, Harrison a modifié l’ordre des morceaux pour que Out Of The Blue clôture l’album. Ce choix, qu’il avait envisagé dès l’origine, confère au morceau une fonction de conclusion audacieuse, contrastant avec les compositions plus structurées qui précèdent. La réédition a également permis de préciser les crédits des musiciens ayant participé à l’enregistrement, bien que certaines confusions subsistent, notamment concernant la présence supposée d’Eric Clapton.
Un morceau atypique mais essentiel
Si Out Of The Blue n’est pas le titre le plus célèbre de All Things Must Pass, il demeure une pièce incontournable pour comprendre la démarche artistique de George Harrison à cette époque. Son amour pour l’improvisation, son désir de s’entourer de musiciens d’exception et son ouverture aux influences blues et jazz transparaissent dans chaque note de cette jam session mémorable.
Ce morceau incarne ainsi une facette moins connue, mais tout aussi essentielle du talent de Harrison : celle d’un musicien prêt à se laisser porter par l’instant, sans contrainte ni format prédéfini. C’est précisément cette liberté qui confère à Out Of The Blue son charme intemporel et sa place unique dans l’histoire du rock.
